Les déclarations choc de Pachinian
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« Le Karabakh ne nous a jamais appartenu, il a été utilisé pour que l’Arménie ne nous appartienne pas non plus »
Le vendredi 8 mai, lors d’un rassemblement électoral dans le village frontalier de Kornidzor (région du Syunik), le Premier ministre Nikol Pachinian a tenu des propos retentissants concernant la question de l’Artsakh. Arborant une chemise flanquée du chiffre 16, le numéro de son parti, il a qualifié le mouvement du Karabakh d’« erreur fatale ».
Revenant sur la perte de l’Artsakh et le débat autour de son appartenance historique, M. Pachinian a vivement critiqué la rhétorique des années passées.
Voici l’intégralité du passage prononcé par le Premier ministre :
« Aujourd’hui, on ne cesse d’entendre parler de ça, on nous dit : « Et le Karabakh, et l’Artsakh ? ». Dans le passé aussi, on disait : « Et le Karabakh, et l’Artsakh… ». Et finalement, qu’est-ce qu’il s’est avéré ? On dit que nous avons perdu des terres.
En quoi ces terres nous ont-elles appartenu ? En quoi sont-elles les nôtres ? Expliquez-moi une bonne fois pour toutes : en quoi étaient-elles les nôtres ? Je ne veux pas parler sur le dos des morts, mais disons-le : si quelques généraux en prenaient le contrôle pour y semer du blé… admettons que ce soit cela. En quoi cela nous appartenait-il ? Expliquez-moi : nous y avons construit des écoles, des jardins d’enfants, des usines, nous y avons vécu, c’était un lieu de vie… Mais au fond, qu’est-ce qui faisait de ce territoire le nôtre ?
Il ne nous a jamais appartenu. Non seulement il ne nous a jamais appartenu, mais cette question a été instrumentalisée dans l’unique but d’empêcher que l’Arménie elle-même ne nous appartienne.
Je le déclare en toute responsabilité, et oui, je l’affirme : j’ai moi-même suivi ce chemin. Ce n’est pas comme si j’avais manqué de dévouement envers cet idéal. Bien au contraire, c’est précisément ce dévouement total à la cause qui m’a conduit à cette conclusion.
Quand on entend dire « Le Karabakh nous appartenait, ce n’est plus le cas »… c’est un mensonge. La réalité, c’est que l’Arménie ne nous appartenait pas. Aujourd’hui, elle nous appartient bel et bien, car vous êtes devenus les véritables maîtres de la République d’Arménie… »
Il a par ailleurs ajouté que « le mouvement du Karabakh a été une erreur fatale pour nous ».
Édouard Charmazanov : « Pachinian, si l’Artsakh ne nous appartenait pas, pourquoi as-tu sacrifié 5 000 de nos si brillants garçons ? »
On devine aisément le tollé provoqué par les déclarations de M. Pachinian. Citons pour exemple la publication sur les réseaux sociaux d’Édouard Charmazanov, membre de l’Organe suprême du Parti républicain d’Arménie (HHK, la formation de Serge Sarkissian). Son message résume bien la vague d’indignation soulevée par ces propos :

« Pachinian, si l’Artsakh ne nous appartenait pas, pourquoi as-tu sacrifié 5 000 de nos brillants garçons ?
Pourquoi clamais-tu : « L’Artsakh, c’est l’Arménie, et point final ! » ?
Pourquoi disais-tu : « Je négocierai sur ce qu’il faut » ?
Pourquoi affirmais-tu aux députés de l’Artsakh que même Aliev avait compris que ce territoire ne fesait pas partie de l’Azerbaïdjan ?
Pourquoi as-tu envoyé ton propre fils y faire son service militaire ?
Pourquoi criiez-vous : « Nouvelle guerre, nouveaux territoires » ?
Et souviens-toi toujours des mots de ton cher responsable de l’UE, Josep Borrell : « Pachinian est le premier dirigeant arménien à avoir reconnu le Haut-Karabakh comme faisant partie de l’Azerbaïdjan ».
L’Artsakh, c’est toi qui l’as livré, un point c’est tout. »
