Le mantra « Poutine va se mettre en colère et nous punir » dépasse les capacités réelles de l’économie russe

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Vahram ATANESSIAN

«1in.am», Erevan, le 13 mai 2026

Dans un entretien accordé au quotidien « Vedomosti »[1], le Vice-premier ministre russe Alexandre Novak a déclaré que les prévisions de croissance en Russie du PIB pour cette année avaient été revues à la baisse, passant de 1,3 % à 0,4 %. Selon ces mêmes prévisions, le volume des investissements dans l’économie russe devrait diminuer davantage que l’an dernier (2,3 %). Le recul du PIB en Russie a naturellement engendré de graves difficultés budgétaires. Les experts estiment que la réforme de la législation fiscale mise en place a eu l’effet inverse. La hausse des taux d’imposition a réduit les rentrées financières des petites et moyennes entreprises de plus de huit mille milliards de roubles.

Selon le Vice-premier ministre russe, le gouvernement « a des difficultés à prioriser les dépenses budgétaires, notamment dans les secteurs de la défense et de la sécurité ». Cela signifie que le gouvernement est contraint de réduire, ou de reporter, les dépenses sociales et d’allouer les fonds existants au ministère de la Défense et au complexe militaro-industriel, ou, en d’autres termes, d’appliquer le slogan stalinien « tout pour le front, tout pour la victoire ». Selon le quotidien « Nezavissimaïa Gazeta »[2], la hausse de la pression fiscale a contraint autour de 65 % des petites et moyennes entreprises à se requalifier en tant qu’auto-entrepreneurs. Depuis le début de l’année, le coût des services publics pour la population russe a également fortement augmenté. Le gouvernement prévoit une hausse de 12,5 % des tarifs d’électricité, puis de 13,5 % dès l’année prochaine, tandis que le prix des services publics en général augmentera d’environ 10 %. Il convient de préciser que l’information fournie est officielle et figure dans le document relatif aux prévisions économiques du gouvernement russe jusqu’en 2030. Il faut également admettre qu’au-delà des statistiques officielles, il existe une « économie réelle » où la situation n’est sans aucun doute pas meilleure que celle présentée par le Vice-premier ministre Novak. L’image présentée par la presse russe sans aucune modification n’est donc ni de la propagande, ni, a fortiori, « anti-russe ». Seul le strict minimum, ce qui a été « censuré » en Russie, est retranscrit. La viabilité de tout pays, et particulièrement de la Russie, en guerre depuis cinq ans, dépend évidemment de son économie.

Il est évident que le programme de Poutine, selon lequel « le complexe militaro-industriel profitera aux autres secteurs de l’économie », ne se vérifie pas dans les faits.

La Russie est à ce jour le premier partenaire économique de l’Arménie.

L’Arménie devrait donc se concentrer non pas sur la possibilité que « Poutine se fâche et nous maudisse », mais plutôt sur la question suivante : « Que ferons-nous si l’économie russe continue de décliner de manière systémique ? » .

Sans doute ne devrions-nous ne pas attendre l’« apocalypse » ….

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  1. « Vedomosti » -littéralement « Les Nouvelles » – est un quotidien économique russe. Il a été créé en 1999 à l’initiative conjointe du « Financial Times », du « Wall Street Journal » et du groupe de presse « Sanoma » (éditeur du « Moscow Times »). Ce media a une ligne éditoriale « médiane », critiquant de temps à autres les positions des milieux économiques proches du pouvoir.

  2. « Nezavissimaïa Gazeta » est un quotidien russe de « gauche »  publié par « Izvestia ». Le titre est publié dans tout le pays depuis 1990.