Vigilance et sang-froid
L’engagement du Catholicos, de son frère et d’une partie de la hiérarchie aux côtés de l’opposition soutenue par la Russie de Poutine ne fait malheureusement plus aucun doute pour personne.
À trois jours d’un scrutin qui s’annonce capital pour l’Arménie, paniqués par la perspective d’une victoire du parti de Nikol Pachinian, ces derniers ont décidé de se jeter à corps perdu dans ce qu’ils vivent vraisemblablement comme « la mère des batailles ». Car il s’agit désormais pour eux d’une question existentielle. Tous les moyens sont donc bons pour déstabiliser le pays, délégitimiser à l’avance le résultat des élections, créer le chaos, voire provoquer une réaction brutale de la Russie.
Curieusement, la dernière initiative de ces milieux que dénonce Vahram Atanessian dans le billet que nous publions ci-après, apparait au moment même où l’agence TASS publie une information émanant des services secrets russes selon laquelle « les dirigeants de l’UE poussent de manière agressive Erevan à chasser d’Arménie l’Église orthodoxe russe en exigeant d’elle de rompre totalement les liens religieux et spirituels qui les lient depuis des siècles »[1]. Une expression supplémentaire de la guerre hybride tous azimuts que mène Moscou contre l’Arménie parallèlement aux sanctions économiques annoncées ces derniers jours.

Étrangement, c’est plus particulièrement le prêtre de la base militaire russe de Gyumri, le père Thimotée Gazarian, un « Arménien russe-orthodoxe », qui serait «ciblé » par des activistes du bureau de surveillance des accords d’Helsinki de Vanatzor et l’association des « citoyens informés ». Cet Arménien de confession russe-orthodoxe serait accusé par les membres des deux organisations de profiter de sa position d’ecclésiastique pour influencer les citoyens à quelques jours des élections législatives.
Le prétexte idéal pour une intervention de la Russie au moment même où le parlement russe vient de voter une loi qui permet désormais au président de recourir à l’armée pour « protéger les citoyens russes à l’étranger ».
La plus grande prudence s’impose à tous. l’État arménien doit prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir le maintien de l’ordre constitutionnel et la sécurité du pays, avant, comme après ce scrutin.
Toute déstabilisation de la République d’Arménie pourrait avoir des conséquences imprévisibles qui ne profiteraient qu’aux ennemis de l’Arménie, quels qu’ils soient, et d’où qu’ils viennent.
Gorune
Qui a en Russie a reproduit le monument « Nous sommes nos montagnes », symbole de l’Artsakh ?
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 3 juin 2026
Plusieurs médias rapportent qu’une reproduction du monument « Nous sommes nos montagnes », le symbole du Haut-Karabakh, a été installée dans la cour de l’église Sainte-Hripsimé à Iessentouki, dans le territoire de Stavropol (Russie), et consacrée par l’évêque Movsès Movsisyan, primat du diocèse de Krasnodar et du Caucase du Nord de l’Église apostolique arménienne. Des membres du clergé arménien venus de Vladikavkaz, Mineralny- Vody, Novorossiïsk, Kislovodsk, Stavropol, Krasnodar, Armavir et Slaviansk, dans le Kouban, ont également participé à l’événement.
Il ressort des informations recueillies que l’initiative d’installer cette reproduction du monument « Nous sommes nos montagnes », sur le territoire de la Fédération de Russie, émane de l’Église apostolique arménienne. Cet événement, qui survient à un moment crucial de la campagne pour les élections législatives en Arménie, a clairement un objectif de propagande : montrer que les autorités arméniennes « ont clos le dossier de l’Artsakh, tandis que la Russie ne l’oublie pas ».
Les auteurs de l’initiative n’ont sans doute pas imaginé la réaction que cette mesure susciterait à Bakou ; mais d’ores et déjà Arif Hajiki, le secrétaire exécutif du parti Musavat, a interpellé les autorités azerbaïdjanaises et suggéré que le monument « Nous sommes, nos montagnes » soit « démantelé, puisqu’une copie existe déjà en Russie ».
L’Église apostolique arménienne a-t-elle consulté les représentants du Haut-Karabakh avant de prendre une telle décision ? Les députés de l’Assemblée nationale d’Artsakh ont-ils consenti à l’érection d’une réplique du monument « Nous sommes, nos montagnes » dans la cour de l’église Sainte-Hripsimé à Yessentuki ?
Si l’Église apostolique arménienne a obtenu l’accord des représentants d’Artsakh, alors le chef de facto de l’Église apostolique arménienne, Karékine II, et le président par intérim d’Artsakh, Achot Danielian, sont conjointement responsables de cette grave erreur et sont tenus d’y remédier au plus vite.
L’original de ce monument a été érigé en toute légalité et avec l’accord du gouvernement azerbaïdjanais à l’entrée de Stepanakert durant la période soviétique. Il symbolise l’identité singulière des Arméniens d’Artsakh et ne saurait être copié. Il doit demeurer à son emplacement d’origine.
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