Jérusalem : le quartier arménien devenu l’épicentre de la haine antichrétienne en Israël

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Un rapport alarmant documente la recrudescence des attaques contre les chrétiens à Jérusalem. La moitié des incidents antichrétiens recensés entre avril et juin 2025 se sont concentrés dans le seul quartier arménien. Nous avions déjà évoqué ce phénomène dans notre édition du 19 mai (n° 2293). Voici de plus amples détails et des informations supplémentaires.

Le Centre de données sur la liberté religieuse (RFDC) a publié son dernier rapport trimestriel, faisant état de 50 actes de haine perpétrés contre des chrétiens en Israël au cours du deuxième trimestre 2025. La majorité de ces agressions ont eu lieu dans la Vieille ville de Jérusalem, et plus précisément dans le quartier arménien, qui concentre à lui seul très exactement 50 % des incidents documentés.

Selon les données du Centre, 64 % des attaques se sont produites à l’intérieur des murs de la Vieille ville. Le Patriarcat arménien de Jérusalem s’avère être le site chrétien le plus fréquemment ciblé. Les autres zones touchées comprennent la porte de Jaffa et la rue David (25 %), la Via Dolorosa (13 %), ainsi que les rues Habad et HaAshurim (6 % chacune). Hors de la Vieille ville, 22 % des incidents ont été enregistrés sur le mont Sion, 10 % à Jérusalem-Ouest, avec quelques cas isolés à Gethsémani et dans d’autres zones périphériques.

La forme d’agression la plus courante est le crachat (78 %), un harcèlement quotidien dénoncé tant par le clergé que par les résidents chrétiens. À cela s’ajoutent les insultes (8 %), les actes de vandalisme (4 %), les intrusions illégales et la profanation de lieux saints. De nombreuses agressions ont été commises lors de processions, de cérémonies religieuses ou à l’encontre de personnes portant l’habit ecclésiastique. Le rapport mentionne également des menaces d’incendie visant des prêtres arméniens ainsi que des attaques verbales coordonnées. Les victimes comptent des membres du clergé arménien, franciscain, orthodoxe et catholique, de même que des fidèles laïcs.

Le Centre souligne que depuis janvier 2025, à peine 22 de ces incidents ont été officiellement signalés à la police israélienne. Sur ces plaintes, seules deux ont donné lieu à des poursuites judiciaires, six ont été classées sans suite et quatorze demeurent sans réponse, illustrant ainsi une inquiétante culture de l’impunité. Lors d’auditions à la Knesset (le parlement israélien) en mai, la police a reconnu qu’en moyenne, seuls un à trois actes d’accusation sont prononcés chaque année dans ce type d’affaires.

Ce rapport a été présenté au Parlement israélien lors de deux séances présidées par le député Gilad Kariv, en présence de membres du clergé chrétien, de diplomates et de représentants de la société civile. Une réunion de suivi est prévue dans la Vieille ville afin de recueillir les témoignages des victimes. L’expert israélien des affaires arméniennes, Yaron Weiss, a exprimé sa vive inquiétude face à la multiplication des attaques contre la communauté arménienne de Jérusalem, établissant un lien direct entre ces incidents et les tentatives répétées de s’approprier le terrain dit du « Pré des Vaches » (Cow’s Garden) situé dans le quartier arménien.

Lors d’une interview accordée à la Radio publique d’Arménie, il a appelé les autorités à réagir fermement. « Il est temps de protéger cette petite communauté arménienne et de mettre fin à l’impunité des agresseurs », a déclaré M. Weiss, déplorant le fait que même les suspects interpelés sont généralement relâchés sans la moindre conséquence.

Afin de prendre des mesures concrètes face à cette situation, le Centre de données sur la liberté religieuse recommande de renforcer la présence policière lors des périodes religieuses sensibles, d’installer des caméras de surveillance dans les zones à risque, d’intégrer des programmes éducatifs dans les écoles et de mieux reconnaître la présence chrétienne dans l’espace public de Jérusalem. Rappelons que ce centre a été fondé en 2023 par Yisca Harani, universitaire juive israélienne, historienne du christianisme et figure de longue date du dialogue interreligieux. Son objectif était de créer une plateforme indépendante pour documenter et dénoncer les attaques antichrétiennes, trop souvent minimisées dans le débat public israélien. Son engagement courageux souligne que ce combat n’est pas d’ordre confessionnel, mais relève d’un impératif de justice.

Le rapport met en lumière une réalité trop souvent passée sous silence : la persistance et l’aggravation des violences antichrétiennes en Israël, et plus particulièrement à Jérusalem. Le quartier arménien, cœur historique de la présence chrétienne, devient aujourd’hui le symbole de ce douloureux phénomène. Le silence des autorités et l’impunité des coupables ne font qu’exacerber le sentiment d’abandon des chrétiens locaux. Sans une réaction forte, c’est la survie même de ces communautés millénaires qui est aujourd’hui menacée.