L’histoire méconnue des véhicules électriques

Ելեկտրական կառք

L’expérience arménienne dans les années 1970

Beaucoup considèrent les véhicules électriques comme une révolution récente. Pourtant, il y a plus d’un demi-siècle, des ingénieurs en Arménie en concevaient déjà. Au début des années 1970, un laboratoire spécialement dédié aux véhicules électriques a vu le jour à l’Institut polytechnique d’Erevan. Selon l’ingénieur Vardan Petrossian, qui y a travaillé pendant plus d’une décennie, il n’existait à l’époque qu’une poignée de centres similaires dans le monde.

L’importance de ce centre dépassait largement les frontières de l’Arménie. Financé par Moscou, il suscitait l’intérêt des États-Unis, de la France et du Canada, et a même accueilli, en 1979, un congrès international sur les véhicules électriques à Aghveran. L’équipe y transformait de petits camions de la marque « ErAZ » (acronyme de Erevani Avtomobilayin Zavod, l’Usine automobile d’Erevan) en véhicules électriques : deux d’entre eux l’étaient entièrement, tandis que le troisième associait une batterie électrique à un moteur thermique (modèle hybride).

Vint ensuite l’heure du véritable défi : les essais. Les véhicules ont sillonné Erevan, Etchmiadzine et Sevan, allant même jusqu’à la ville de Pitsounda, sur les bords de la mer Noire. Les ingénieurs cherchaient à évaluer leurs performances à différentes altitudes et sous diverses conditions climatiques. Les passants s’arrêtaient, stupéfaits : un véhicule se déplaçant dans un silence total était un phénomène inédit pour la plupart d’entre eux. Bien entendu, ces tests ne se déroulaient pas toujours sans accroc. V. Petrossian se souvient de moments où les freins lâchaient, obligeant l’équipe à alerter les autres conducteurs pour qu’ils dégagent la voie.

Néanmoins, le projet a livré des résultats précieux. Les recherches du laboratoire ont profité non seulement au secteur des transports, mais également à d’autres domaines tels que la fabrication de semi-conducteurs et les technologies spatiales. Puis sont arrivées les années 1990. L’Union soviétique s’est effondrée, les financements ont été coupés, et le laboratoire a malheureusement dû fermer ses portes.

Aujourd’hui, il n’en reste que des photographies, des documents et des souvenirs. Même les ingénieurs ayant œuvré sur ce projet ignorent ce que sont devenus ces prototypes. Cette histoire constitue cependant une preuve éclatante qu’en Arménie, l’avenir se dessinait bien avant que les véhicules électriques ne fassent partie de notre quotidien.