Le gouvernement israélien approuve un projet de loi sur la reconnaissance du génocide des Arméniens

Իսրայէլ

Le 28 juin, le gouvernement israélien a approuvé à l’unanimité un projet de loi présenté par le ministre des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, visant à reconnaître officiellement le génocide des Arméniens. L’information a été relayée par le quotidien israélien Haaretz.

« Il n’est jamais trop tard pour faire ce qui est juste », a déclaré Gideon Sa’ar lors de la réunion du cabinet.

Le média précise que l’exécutif informera officiellement la Knesset (le Parlement israélien) de cette décision et s’efforcera d’inscrire la question à l’ordre du jour des votes en séance plénière. À noter que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait déjà exprimé son soutien à ce projet de loi.

La réaction immédiate de la Turquie

Le jour même, la réaction d’Ankara ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué officiel, le ministère turc des Affaires étrangères a déclaré :

« Le gouvernement israélien, qui exerce une répression systématique contre le peuple palestinien sous les yeux du monde entier et qui comparaît devant la Cour internationale de justice sous l’accusation de génocide à l’encontre de la population de Gaza, tente de dissimuler ses propres crimes par cette décision politique concernant les événements de 1915.

Cette initiative malveillante, dénuée de tout fondement juridique et historique, illustre également l’impasse dans laquelle se trouvent Netanyahou et ses complices. Rappelons qu’ils font l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale dans le cadre de l’enquête sur les crimes commis contre les Palestiniens.

La Turquie continuera résolument d’œuvrer pour mettre fin à la politique expansionniste et déstabilisatrice menée par Israël dans la région, et pour que le gouvernement Netanyahou réponde de ses actes devant la justice, notamment pour les crimes commis contre le peuple palestinien et la population civile. »

« Justice » tardive ou calcul politique ?

Les démarches israéliennes et l’impératif d’un enthousiasme mesuré

Lorsque le rétablissement de la justice historique sur l’échiquier politique international croise les intérêts géopolitiques du moment, il devient impératif d’évaluer les développements non pas sous le coup de l’émotion, mais avec lucidité. C’est dans cette optique que l’ « analyste politique Nataly Aleksanyan » a publié, le 28 juin sur sa page Facebook, une analyse particulièrement percutante, perspicace et d’actualité.

(Ouvrons ici une parenthèse pour souligner qu’une certaine part d’ombre entoure la véritable identité de Nataly Aleksanyan. De l’avis de beaucoup, ce nom ne serait qu’un pseudonyme utilisé par une tierce personne ou un groupe d’intérêts. Quoi qu’il en soit, nous jugeons les idées qui y sont développées dignes d’intérêt. Partageant le point de vue et les inquiétudes de l’« auteure », nous reproduisons ci-dessous ce texte remarquable).

(Il convient également de souligner un fait curieux : la publication en question a été rédigée en arménien mais aussi en TURC. Or, la version turque semble plus authentique et précise que la version arménienne… à tel point que pour « déchiffrer » certaines tournures confuses, nous avons dû nous référer au texte turc et procéder à quelques ajustements) :

« Une nouvelle circule largement aujourd’hui dans la presse, affirmant qu' »Israël a reconnu le génocide des Arméniens ». Permettez-moi d’apporter quelques précisions :

Tout d’abord, le projet de loi approuvé par le gouvernement israélien n’en est qu’au stade du processus parlementaire et ne constitue pas encore une reconnaissance officielle de l’État ayant force de loi. Il a été transmis à la séance plénière de la Knesset pour un examen final ; il s’agit donc d’un processus en cours, et non d’une décision entérinée.

Le fait qu’Israël soulève aujourd’hui la question du génocide des Arméniens, au niveau des déclarations politiques, donne avant tout l’impression d’une prise de position tardive et sélective.

Pendant des décennies, alors que les faits historiques étaient largement connus et documentés, Israël a évité toute formulation claire au niveau officiel, manifestement en considération de ses relations diplomatiques et stratégiques avec la Turquie. Aujourd’hui, la réactivation de ce sujet, particulièrement à la lumière des nouvelles recompositions politiques régionales, peut difficilement être perçue comme une simple démarche morale ou historique. Cette approche manque d’éthique à un moment où la République d’Arménie et la Turquie tentent de trouver un terrain d’entente pour la paix.

Dès lors, une question légitime se pose : s’il s’agissait véritablement d’un « devoir moral », pourquoi cette question a-t-elle été passée sous silence pendant des années, et pourquoi refait-elle surface précisément maintenant ?

Dans ce contexte, le sujet revêt inévitablement une dimension politique, liée non seulement à la justice historique, mais aussi aux fluctuations des intérêts de politique étrangère.

L’État d’Israël essaierait-il d’utiliser l’Arménie pour se positionner face à la Turquie ? (N.D.L.R. : L’idée sous-jacente est de savoir si Israël brandit la carte du génocide des Arméniens dans le seul but d’arracher des concessions, d’exercer des pressions ou de s’assurer une position plus favorable dans ses relations avec la Turquie).

P.S. C’est pourquoi de telles déclarations doivent être évaluées non pas comme une révélation morale tardive, mais comme relevant de calculs politiques conjoncturels. Israël a fait un calcul habile, mais nous ne nous laisserons pas faire : la République d’Arménie n’est pas une carte à jouer pour se positionner face à la Turquie (N.D.L.R. : Selon la même logique susmentionnée). 

La prochaine fois, je ne serai pas aussi clémente. »