Cent ans du Melkonian :
Nicosie célèbre un siècle d’héritage arménien
Nicosie, juin 2026 — Cette semaine, des centaines d’anciens élèves, connus sous le nom de Melkoniantsis, se sont rassemblés, venus du monde entier, pour marquer le centenaire de l’une des institutions les plus emblématiques de la diaspora arménienne : le Melkonian Educational Institute de Nicosie, à Chypre.
Le Melkonian Educational Institute a ouvert ses portes en 1926, et pendant des décennies, il a été bien plus qu’une simple école — un foyer, un refuge et un creuset où l’identité arménienne s’est forgée et renforcée pour des générations de jeunes venus du Moyen-Orient, d’Europe et d’ailleurs. Un siècle plus tard, ses anciens élèves sont revenus à Chypre pour honorer cet héritage à travers quatre jours de commémoration, de réflexion et de célébration.
Les fondateurs et leur vision
L’institut fut créé comme orphelinat au lendemain du génocide arménien de 1915-1923. Les frères Krikor et Garabed Melkonian, importants négociants en tabac établis en Égypte, nés et élevés à Césarée, liquidèrent l’ensemble de leur fortune pour fonder le Fonds Melkonian, confiant la gestion de l’institut à l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance (UGAB) à perpétuité. Au décès de Krikor Melkonian en 1920, suivi de celui de Garabed en 1925, leur testament révéla un legs extraordinaire — leur fortune entière, estimée à plus d’un million de livres sterling à l’époque —, consacrée à l’éducation d’orphelins arméniens et d’enfants issus de familles démunies.
Le programme du centenaire
Les commémorations ont débuté le jeudi 25 juin au soir, avec une réception au Palais présidentiel pour le lancement de l’Album du Centenaire de l’Institut Éducatif Melkonian, en présence de la ministre chypriote de l’Éducation, du Sport et de la Jeunesse, Dr Athena Michaelidou, de la directrice du Bureau de la Presse et de l’Information de Chypre, Mme Aliki Stylianou, ainsi que du représentant de la Communauté arménienne au Parlement chypriote, M. Vartkes Mahdessian. Cet événement a réuni responsables communautaires et membres du clergé aux côtés de représentants officiels chypriotes et de l’Ambassade d’Arménie à Chypre — témoignage de la profondeur des liens unissant la communauté arménienne, la République de Chypre et le monde entier.

Après cet événement inaugural, les Melkoniantsis venus du monde entier se sont réunis à l’hôtel Semeli de Nicosie, de 19h00 à 21h00, autour d’un repas léger.


Le vendredi 26 juin a réuni deux temps forts. Les Melkoniantsis étaient conviés à visiter l’école, qui rouvrait exceptionnellement ses portes pour l’occasion. Dès les premières heures, ils se sont pressés pour parcourir les bâtiments, fermés définitivement depuis 2005. Une visite chargée de souvenirs nostalgiques et, pour beaucoup, douloureux, au moment de revoir leur institution chérie fermée de manière incompréhensible pour des raisons dites financières — alors même que les frères Melkonian avaient, par leur legs, prévu les financements nécessaires pour subvenir à ses besoins matériels. Le soir, les terrains de l’école Melkonian se sont animés pour le grand concert du Chœur de l’Église arménienne, un événement commémoratif du centenaire se déroulant de 20h00 à 22h00. Ce concert historique se voulait un hommage poignant à une institution ayant façonné des générations de jeunes Arméniens, avec des anciens élèves dispersés à travers les continents, revenus dans le lieu qui avait marqué leurs années de formation.

Le samedi 27 juin fut consacré à une journée de retrouvailles et d’excursion, avec une sortie matinale à Kakopetria pour un café et un déjeuner composé d’un mezzé local complet — accompagné de bière et de vin locaux — à la Taverne Chrysanthis, avant un retour à Nicosie vers 17h00. La journée s’est achevée par le point d’orgue de l’ensemble du centenaire : le dîner de gala célébrant le centenaire à l’hôtel Cléopâtre, se déroulant de 21h00 à 1h00 du matin — un grand adieu à un siècle d’histoire, partagé par ceux qui l’ont vécu.

Le dimanche 28 juin revêtait un caractère plus solennel et profondément symbolique. La matinée a débuté par un Hokehankisd — un service commémoratif — à la cathédrale arménienne de la Sainte Mère de Dieu, célébré en mémoire de Krikor et Garabed Melkonian eux-mêmes, ainsi que des anciens directeurs, des enseignants et de tous les anciens élèves défunts. Les participants se sont ensuite rendus sur le campus de l’école Melkonian pour déposer des fleurs au mémorial des frères Melkonian, où le bosquet de cyprès du domaine — planté par les élèves orphelins dans les premières années de l’institut en mémoire de leurs proches et des millions de victimes du génocide — demeure un lieu de mémoire d’une valeur historique et sentimentale unique, sans équivalent parmi les autres mémoriaux du génocide arménien dans le monde.

Le week-end du centenaire s’est conclu par un « Dîner d’adieu en bord de mer » à Ayia Napa, autour d’un mezzé de poisson accompagné de bière et de vin locaux.
Un héritage qui perdure
Les diplômés de l’école sont devenus des leaders, des intellectuels, des artistes et des professionnels ayant largement contribué aux communautés arméniennes du monde entier. Bien que l’institut ait fermé ses portes en tant qu’école active en 2005 — une décision qui avait suscité controverse et chagrin dans toute la diaspora arménienne — son centenaire a démontré que l’esprit Melkonian perdure, porté par les Melkoniantsis qui le gardent dans leur cœur où qu’ils se trouvent dans le monde.
Cent ans plus tard, Nicosie demeure le foyer spirituel d’une génération à qui l’on a offert non seulement une éducation, mais une identité.
Jiraïr Tcholakian ■
