Azerbaïdjan : La communauté juive au secours d’Aliev
Les dirigeants de la communauté juive d’Azerbaïdjan ont appelé les membres du Parlement israélien à ne pas soutenir l’initiative visant à reconnaître le génocide des Arméniens. Selon un argumentaire bien rodé et largement diffusé par le pouvoir azerbaïdjanais, le texte stipule que cette initiative « pourrait nuire au processus de paix et de stabilité qui se dessine actuellement dans le Caucase du Sud ».

L’appel a été signé conjointement par Milikh Yevdayev, président de la communauté juive des montagnes, Alexander Sharovsky, président de la communauté ashkénaze, et Zamir Isayev, président de la communauté séfarade de Bakou.
La déclaration précise que « les initiatives politiques prises par des États tiers concernant des questions historiques aussi sensibles pourraient entraver le processus de paix et ne pas favoriser la réconciliation, la compréhension mutuelle ni le renforcement de la confiance entre les peuples ». Ils estiment que « les événements historiques complexes et délicats devraient faire l’objet de recherches universitaires menées par des historiens et des experts, plutôt que de décisions politiques »[1]. À leurs yeux, la politisation de ces questions risquerait de susciter des tensions inutiles parmi les « amis sincères d’Israël».

Le rabbin Shneur Segal, grand-rabbin de la communauté juive ashkénaze d’Azerbaïdjan a également adressé une lettre personnelle au député Ofir Katz, président de la coalition du Likoud dans laquelle il écrit « Je vous écris au nom des Juifs de la ville et de la communauté juive, avec une demande sincère : entendez notre voix et tenez-en compte avant de soumettre à la Knesset la reconnaissance de ce que l’on appelle le “génocide arménien” ». Et de poursuivre : « La communauté juive fait partie intégrante de la société azerbaïdjanaise et jouit, depuis des générations, de sécurité, de respect et d’une totale liberté religieuse … À une époque où, dans de nombreux pays du monde, les Juifs craignent d’afficher ouvertement des symboles juifs, nous pouvons ici parcourir les rues de Bakou en portant une kippa, en toute sécurité et sans crainte …. Cette réalité témoigne, plus que tout, de la profondeur de l’amitié et du respect que le peuple azerbaïdjanais porte au peuple juif».
Segal écrit un peu plus loin « Le génocide arménien est une question sensible pour les Azerbaïdjanais … Nous ne cherchons pas à trancher des différends historiques, ni à aborder des questions qui relèvent des recherches des historiens … Toutefois, nous sommes pleinement conscients de la sensibilité de ce sujet pour le peuple azerbaïdjanais, ainsi que de la douleur causée par la décision prise en Israël à ceux qui se considèrent comme de véritables amis d’Israël et du peuple juif ».
Mais le texte de l’appel révèle peut-être surtout une certaine inquiétude que l’on peut comprendre dans le contexte d’un État autoritaire où aucun droit fondamental n’est garanti, indépendamment de votre appartenance ethnique ou confessionnelle :« De nombreux membres de la communauté juive locale éprouvent également un certain malaise face à cette décision …. Nous vous demandons, en tant que membres de la Knesset et dirigeants israéliens, d’entendre aussi la voix de la communauté juive d’Azerbaïdjan et de tout mettre en œuvre pour empêcher que cette décision ne soit entérinée par la Knesset. …. Nous estimons que prendre en compte notre voix témoignerait de responsabilité, de sensibilité, de gratitude et d’un engagement à renforcer sans cesse l’amitié profonde unissant Israël et la République d’Azerbaïdjan ».
S’agit-il uniquement de préserver « l’amitié profonde » qui unit les deux pays ou d’une quelconque crainte concernant la sécurité des membres de la communauté ?
Pourquoi l’auteur de cet appel oublie-t-il de préciser qu’à Bakou, il y a 6 jours[2], son pays a signé une résolution dont le point 4 précise : « Nous réaffirmons la centralité de la cause palestinienne pour l’ensemble de la Oumma islamique et notre soutien aux droits inaliénables du peuple palestinien, dont les plus importants sont son droit à l’autodétermination, le retour des réfugiés palestiniens, sa souveraineté sur ses ressources naturelles et son droit à l’indépendance et à la création d’un État palestinien indépendant et souverain à l’intérieur des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, et que la solution à deux États est la seule solution viable pour parvenir à la paix et à la stabilité dans la région pour tous ».
« Collaborateurs » ou otages, les membres de la communauté juive servent toujours avec un zèle enviable le pouvoir aliévien dont la propagande présente sans cesse l’Azerbaïdjan comme un paradis où les cultures et les religions cohabitent dans une parfaite harmonie mais que les « minorités » ne cessent de quitter à l’image de la communauté juive qui compte aujourd’hui autour de 9 000 membres alors qu’ils étaient encore 31 000 à la veille de l’indépendance[3]. Où sont donc passés tous ces Juifs « heureux comme Dieu en Azerbaïdjan » ?
Sahag SUKIASYAN
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Une position intéressante dans un pays qui a réalisé une des plus importantes opérations de nettoyage ethnique en chassant plus de 500 000 Arméniens de leurs territoires historiques du Nakhitchevan, du Karabakh, du Shamakh et de la région de Bakou. Un pays qui de surcroit accuse les Arméniens de « génocide » au Haut-Karabakh. ↑
- Lors de la 20e session de la Conférence de l’Union Parlementaire des États Membres de l’OCI, réunie à Bakou du 22 au 25 Juin. ↑
Les statistiques concernant les Tates sont très imprécises, car elles incluent des Tates chrétiens, membres de l’Église arménienne mais ayant massivement fui l’Azerbaïdjan à la fin des années 80, des musulmans et des juifs. ↑
