La promesse du Secrétaire général turc de l’OSCE de soutenir l’éviction du Catholicos
Feridun Sinirlioğlu
L’indignation et l’appel des défenseurs des droits de l’homme arméniens
Déclaration concernant les propos tenus par le Secrétaire général de l’OSCE, Feridun Sinirlioğlu, à l’égard de la Sainte Église Apostolique Arménienne
« Le Centre arménien pour les droits politiques, le Comité Helsinki d’Arménie, le Forum pour la liberté religieuse en Europe et Christian Solidarity International expriment leur profonde préoccupation et condamnent les déclarations enregistrées du Secrétaire général de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), le citoyen turc Feridun Sinirlioğlu. Dans ces propos, il a exprimé, sur le fond, la volonté de son bureau d’apporter son soutien au gouvernement arménien dans sa campagne visant à évincer le chef de la Sainte Église Apostolique Arménienne, Sa Sainteté le Catholicos de tous les Arméniens, Karékine II. Le fait que le plus haut responsable d’une organisation, dont l’engagement fondamental est la protection des droits de l’homme, se dise prêt, ne serait-ce qu’en passant, à soutenir une telle requête, est profondément inquiétant et exige une clarification publique et immédiate.

Nous sommes conscients du contexte dans lequel ces déclarations ont été faites. Elles ont été extorquées par des farceurs russes (prankers) qui, lors d’un appel téléphonique, se sont fait passer pour le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian. L’entretien a été rendu public le 8 juillet. Ces farceurs ont pour habitude avérée de cibler des personnalités politiques et des fonctionnaires afin de leur soutirer des déclarations sur des sujets publics sensibles. Nous ne justifions pas le recours à une telle tromperie. Cependant, bien que nous sachions que la conversation ait été provoquée par une ruse, les mots du Secrétaire général révèlent une posture incompatible avec les obligations de sa fonction.
Au cours de l’échange, le Secrétaire général a accusé le Catholicos de tous les Arméniens de politiser la Sainte Église Apostolique Arménienne. Il a ensuite accepté d’« examiner » comment l’OSCE pourrait aider la personne se faisant passer pour le Premier ministre arménien dans sa démarche visant à destituer le Catholicos. Lorsque le Secrétaire général a demandé s’il pouvait « changer le Catholicos », le faux Premier ministre a répondu qu’il « envisageait toutes les voies possibles ». Il a sollicité l’appui du Secrétaire général au cas où cette mesure susciterait des critiques publiques, ce à quoi ce dernier a répondu : « D’accord, je ferai de mon mieux, j’essaierai. » À aucun moment de l’entretien le Secrétaire général n’a objecté que la destitution forcée d’un chef religieux par l’État violerait précisément les libertés fondamentales que l’OSCE est censée protéger.
Le septième principe de l’Acte final d’Helsinki de 1975 définit l’engagement fondamental de l’OSCE : « le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, y compris la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction ». Cet engagement a été réaffirmé à de multiples reprises et s’impose aux 57 États membres de l’OSCE, dont l’Arménie. L’autonomie des organisations religieuses et leur liberté de gérer leurs affaires internes et canoniques de manière indépendante constituent des composantes essentielles de cette garantie. Étant donné que le Secrétaire général est chargé de veiller au respect de cet engagement, il ne devrait fournir aucun soutien, même discret, à un gouvernement déterminé à destituer le chef d’une Église.
Ces déclarations ne sauraient être considérées de manière isolée. Depuis mai 2025, le gouvernement arménien mène une campagne systématique et continue contre la Sainte Église Apostolique Arménienne, qui s’inscrit dans une attaque plus large contre la démocratie et l’État de droit. Le Premier ministre Pachinian a publiquement appelé à l’éviction du Catholicos Karékine II, a publié une « feuille de route » des étapes pour le destituer et a proféré des accusations infondées à l’encontre du Catholicos et de hauts dignitaires. Des restrictions de sortie du territoire ont été imposées au Catholicos et à plusieurs évêques, et des membres du haut clergé ont été arrêtés sous des chefs d’inculpation pénaux qui, selon toute apparence, revêtent des motivations politiques. Dans leur ensemble, ces actes constituent des efforts orchestrés par l’État visant à soumettre l’Église à la volonté du gouvernement, mettant ainsi en péril le principe de séparation de l’Église et de l’État inscrit dans la Constitution arménienne.
La Sainte Église Apostolique Arménienne n’est pas une partie ordinaire à un conflit politique. Depuis que l’Arménie a adopté le christianisme comme religion d’État en 301, l’Église a joué un rôle crucial dans la préservation de la langue, de la culture et de l’identité nationale du peuple arménien. Ce rôle est reconnu par l’article 18 de la Constitution arménienne comme sa « mission exclusive ». Contrairement à l’affirmation du Secrétaire général selon laquelle le Catholicos politise l’Église, ce dernier a en réalité cherché à accomplir précisément cette mission constitutionnelle, en défendant les droits du peuple arménien, y compris ceux de la population victime d’un nettoyage ethnique au Haut-Karabakh en 2023. Par conséquent, toute tentative de l’État de destituer le Catholicos viole non seulement les obligations internationales de l’Arménie en matière de liberté religieuse, mais aussi l’ordre constitutionnel du pays.
À la lumière de ce qui précède, nous appelons le Secrétaire général Sinirlioğlu à clarifier publiquement et à retirer toute suggestion selon laquelle l’OSCE pourrait soutenir la destitution du Catholicos de tous les Arméniens ou s’ingérer de quelque manière que ce soit dans la gouvernance interne de la Sainte Église Apostolique Arménienne. Nous exigeons également la réaffirmation de l’engagement de l’OSCE envers la protection de la liberté de religion ou de conviction en Arménie, conformément aux obligations assumées dans le cadre de sa dimension humaine, ainsi que l’ouverture d’un dialogue avec le Catholicos de tous les Arméniens afin de garantir la pleine protection des droits de l’Église arménienne, de son clergé et de ses fidèles.
Nous nous déclarons prêts à rencontrer des représentants de l’OSCE pour présenter des informations supplémentaires et faire part de nos préoccupations, et nous continuerons à suivre attentivement les actions de la direction de l’organisation. Le dirigeant de l’OSCE doit être un rempart contre les violations de la liberté religieuse, et non un complice volontaire. Au vu des déclarations publiées, le Secrétaire général Sinirlioğlu a échoué à cet examen et se doit désormais de clarifier sa position ».
- John Eibner – Président de Christian Solidarity International
- Ján Figeľ – Président du Forum pour la liberté religieuse en Europe
- Rafael Ishkhanyan – Président du Centre arménien pour les droits politiques
- Siranush Sahakyan – Présidente du Comité Helsinki d’Arménie
