Le secret jamais révélé…

6000-1378

Pourquoi le secret concernant le citoyen russe, membre d’un groupe de reconnaissance et de sabotage des forces armées azerbaïdjanaises, n’a-t-il jamais été révélé ?

Vahram ATANESSIAN

« 1in.am », Erevan, le 29 juillet 2026

Hikmet Hadjiev, conseiller du président azerbaïdjanais, a diffusé sur la plateforme «X» un documentaire en anglais présentant des actes de « violence et de torture infligés à des captifs azerbaïdjanais » dans la prison de Chouchi. Comme le dit l’adage, « nous ne pouvons-nous en prendre qu’à nous-mêmes » . Pendant près de trente ans, tant Erevan et surtout que Stepanakert, ont négligé la question de l’opération « Goltso » (Anneau), menée contre la population arménienne du Haut-Karabakh[1], ainsi que le sort de ses victimes, laissant le tout tomber dans l’oubli. Quant à la nature de la prison de Chouchi et des forces soviéto-azerbaïdjanaises de répression, un seul exemple suffit, celui du commandant Hratchik Chahbazian, chef de l’unité de service au département des affaires intérieures de Stepanakert, qui avait été enlevé sur son lieu de travail. Trois jours plus tard, son corps mutilé était remis à ses proches, depuis la prison de Chouchi, par l’intermédiaire du commandement militaire soviétique.

Mais tournons-nous vers une époque plus récente. Le 10 juillet 2014, le service de presse de l’Armée de défense de la République du Haut Karabakh publiait un communiqué signalant que l’adversaire avait « tenté une nouvelle incursion de reconnaissance et de sabotage ». Toujours selon ce communiqué officiel, « grâce aux mesures opérationnelles prises par les unités de première ligne de l’Armée de défense, le groupe de reconnaissance et de sabotage [avait] été repéré à temps ; certains de ses membres [avaient] été capturés tandis que d’autres [avaient] pris la fuite, et la partie arménienne [n’avait] déploré aucune perte ». La seule affirmation exacte concernant ces informations émanant de l’Armée de défense est que « la partie arménienne [n’avait] subi aucune perte ». Le reste n’était que pure invention. L’affaire concernait deux Azerbaïdjanais : Dilham Askerov et Chahbaz Guliev, à l’encontre desquels le parquet de la République du Haut Karabakh avait formulé des accusations le 24 juillet de cette même année, en lien avec le meurtre du commandant Sarkis Abrahamian et de Smbat Tsakanian, tous deux habitants du village de Nor Erkech, et des graves blessures infligées à Kariné Davtian.

On ignore toujours comment Askerov et Guliev, qui avaient pourtant été « repérés à temps » par les unités de première ligne de l’Armée de défense, avaient réussi à tuer Abrahamian et Tsakanian et à infliger de graves blessures à Kariné Davtian. Naturellement, personne n’avait alors exigé d’explications du commandement de l’Armée de défense. De même, le Service de la sécurité nationale de la RHK n’avait fourni aucune explication sur la façon dont deux Azerbaïdjanais avaient pu passer près de deux semaines à Karvachar en se faisant passer pour des Arméniens, puis tués deux d’entre eux et laissant un troisième invalide à vie.

Askerov et Guliev qui avaient naturellement été condamnés à la réclusion à perpétuité sont restés détenus à la prison de Chouchi jusqu’aux premiers jours de novembre 2020. On peut affirmer sans risque que le « film d’auteur » de Hadjiev relate également l’histoire de « leurs souffrances ». En six ans, les services spéciaux de la RHK ne sont jamais parvenus à déterminer avec précision quelle mission Askerov et Guliev accomplissaient, ni comment ils s’étaient retrouvés loin derrière les lignes de l’Armée de défense. Ou peut-être ne le voulaient-ils tout simplement pas ?

Mais pour information, l’un des deux azerbaïdjanais était également citoyen de la Fédération de Russie…

______

  1. Officiellement présentée par le gouvernement soviétique comme une simple opération de « contrôle des passeports » et de « désarmement des milices paramilitaires arméniennes » du Haut-Karabakh, l’opération кольцо [Goltso] – « anneau » en russe – réalisée en mai 1991, s’était avérée être une véritable campagne d’expulsion des Arméniens locaux, plus particulièrement de la région de Chahoumian, au nord de la région autonome. Les troupes de l’armée soviétique encerclaient méthodiquement les villages arméniens, créant ainsi un « anneau » , et les bombardaient à l’artillerie lourde. Une fois la zone isolée, les unités d’élite de la police azerbaïdjanaise (OMON) pénétraient dans les localités. Elles s’adonnaient à des pillages, des violences physiques, des meurtres et prenaient des otages pour forcer les civils à signer des déclarations de départ « volontaire ». Les populations locales ont ensuite été déportées de force par hélicoptères, ou par bus, vers l’Arménie voisine ou Stepanakert.