Le renouveau tant attendu
Depuis sept ans, la grande fête champêtre annuelle de la communauté des Arméniens catholiques pour célébrer la Sainte Croix — appelée Khatchverats dans la tradition arménienne — n’avait plus lieu dans ce centre spirituel des Pères Mekhitaristes du Collège arménien Samuel-Moorat. Cette année, grâce à l’action déterminée de l’Association Sainte-Croix, il a été possible d’organiser ce rassemblement annuel dans le jardin, sous le cèdre bienveillant de l’école, symbole de résilience et de continuité face à l’effacement de la mémoire ancestrale et à la menace pesant sur la transmission de ce patrimoine. Comme l’a rappelé à juste titre Mgr Élie Yéghiayan dans son homélie, c’est avec une grande joie que la communauté arménienne retrouve ce haut lieu éducatif et spirituel.
Rappelons que, suite au génocide de 1915, de nombreux Arméniens déportés avaient élu domicile à Sèvres, Meudon et Issy-les-Moulineaux, où ils avaient trouvé du travail. Dès 1928, géré par la congrégation catholique des Pères Mekhitaristes, le collège était devenu un centre d’excellence, accueillant en pensionnat les enfants de la diaspora venus du monde entier : Liban, Égypte, Turquie, etc. Le collège a éduqué des générations de jeunes, qui se reconnaissent sous le nom d’« anciens de Mekhit ». Encore aujourd’hui, ils sont prêts à servir leur collège et la communauté arménienne.
Après l’indépendance de l’Arménie, la Congrégation des Mekhitaristes a connu des années sombres. Le collège de Sèvres n’a pas été épargné : il a traversé des épisodes controversés — un projet immobilier contesté sur son site historique protégé depuis 1846, une bataille de gouvernance, une assemblée générale contestée en justice, un jugement défavorable à l’autorité de tutelle de la Congrégation, un revers judiciaire important pour les partisans du projet immobilier, une procédure d’appel jusqu’en 2024, ainsi que des actes de vandalisme répétés —, le tout cristallisant les tensions autour de l’avenir de ce lieu symbolique pour la diaspora arménienne de France.
Bien que le collège ait cessé ses activités d’enseignement à la fin des années 1990, le site reste un point de ralliement et de projets pour la diaspora. Sa réhabilitation est souhaitée et soutenue par la communauté arménienne dans son ensemble. Après les turbulences, la phase concrète de revitalisation paraît proche, sous l’égide de l’Association du Collège arménien – Fondation Samuel-Moorat et de la Congrégation des Pères Mekhitaristes. L’Éparchie et l’Association Sainte-Croix, fortes de leur réussite dans la réhabilitation et la rénovation de la cathédrale Sainte-Croix des Arméniens catholiques, soutiennent ce projet. Cette année, la reprise de la fête a donné le coup d’envoi. Elle annonce le renouveau.
L’objectif prioritaire est la restauration du château (la maison de plaisance du XVIIIᵉ siècle), puis des autres structures attenantes. À terme, le site est destiné à devenir un pôle majeur pour la diaspora, avec l’installation d’une bibliothèque de référence (un espace dédié à la conservation et au rayonnement de la richesse littéraire et historique arménienne) ; d’un pôle mémoriel et culturel destiné à accueillir des conférences, des séminaires et des congrès internationaux ; et enfin d’une reprise éducative, avec le rétablissement de cours et d’activités pédagogiques pour pérenniser la transmission de la langue et de la culture arméniennes.
J. Tch.■
