Le nouvel appel des tartuffes de Bakou

L'assemblée des religieux d'Azerbaïdjan

Alors que l’ensemble du peuple arménien s’apprête à honorer le souvenir des victimes du pogrom de Soumgaït du 28 février 1988, la propagande azerbaïdjanaise instrumentalise  une nouvelle fois la religion et les religieux du pays en leur faisant condamner le « génocide de Khodjaly » et en les contraignant à signer le 24 février un appel adressé aux « chefs religieux du monde entier, aux organisations internationales, aux parlements et la communauté internationale » dénonçant les « crimes de l’Arménie ».

Du fait des très nombreuses contre-vérités  qu’il contient et de l’outrance de ses propos,  ce texte que nous publions ne mérite aucun commentaire. Nous le présentons simplement comme un nouveau document qui vient s’ajouter à l’épais dossier d’une histoire sans cesse révisée et falsifiée par le pouvoir de Bakou. Le rhétorique et le ton de ce texte sont extrêmement surprenants de la part de religieux car ils n’invitent ni à au recueillement, ni à une réflexion sur les événements passés qui ont été sources de souffrances pour les deux peuples, ni surtout à une authentique et sincère réconciliation.

Mais dans le même temps, on  ne peut qu’être qu’impressionné, et envieux, de l’unité de ces responsables religieux azerbaïdjanais autour de leur État, alors qu’en Arménie nul, à commencer par la hiérarchie de l’Église arménienne qui se présente pourtant comme l’ultime gardienne des valeurs nationales et de l’identité arménienne, ne songe à fédérer les responsables religieux des différentes confessions à l’occasion de la commémoration du souvenir des victimes du pogrom de Soumgaït. Ce massacre qui inaugura l’une des plus vastes et « efficaces » opérations d’épuration ethnique de la période contemporaine, entrainant en moins de 35  ans l’exode des 500 000 Arméniens qui vivaient dans les frontières de la République d’Azerbaïdjan.

GORUNE

Au nom du Tout-Puissant !

Nous, les chefs des confessions religieuses opérant en Azerbaïdjan, portons cet appel à votre attention à l’occasion du 34ème anniversaire du génocide de Khodjaly, l’une des tragédies les plus sanglantes du XXe siècle.

Le génocide de Khodjaly est le plus horrible des crimes de guerre commis contre la population civile azerbaïdjanaise lors de l’agression militaire arménienne contre l’Azerbaïdjan. 

Quelques jours avant ce massacre, le 17 février 1992, les forces armées arméniennes avaient perpétré un massacre de masse contre la population azerbaïdjanaise locale dans le village de Garadaghly, dans la région de Khodjavend en Azerbaïdjan, et, poursuivant leurs crimes avec une cruauté sans précédent, dans la nuit du 25 au 26 février, en collaboration avec le 366ème régiment de fusiliers motorisés de l’ancienne armée soviétique, ils ont perpétré un génocide dans la ville de Khodjaly. 

Suite aux massacres perpétrés à l’aide de l’artillerie militaires lourde, la ville de Khodjaly a été entièrement détruite, rasée. 613 Azerbaïdjanais, dont 63 enfants, 106 femmes et 70 personnes âgées, ont été sauvagement assassinés en raison de leur nationalité. Avec une cruauté inimaginable, 8 familles ont été anéanties, 25 enfants ont perdu leurs deux parents et 130 enfants ont perdu l’un de leurs parents. D’une brutalité inouïe, les extrémistes ont décapité des gens, mutilé des individus, crevé les yeux de bébés, ouvert le ventre de femmes enceintes, enterré ou brûlé vifs des corps et commis des outrages barbares sur les cadavres. Parmi les survivants, 487 civils ont été handicapés à la suite de graves blessures. Sur les 1 275 citoyens pris en otage, le sort de 150 d’entre eux, dont 68 femmes et 26 enfants, demeure inconnu.

En raison des revendications territoriales infondées de l’Arménie et de sa politique agressive à l’encontre de l’Azerbaïdjan depuis de nombreuses années, 20 % des territoires internationalement reconnus de la République d’Azerbaïdjan étaient occupés depuis près de 30 ans, et une politique de nettoyage ethnique, de terreur physique et morale était menée contre le peuple azerbaïdjanais. Plus d’un million de personnes ont alors été expulsées de leurs terres ancestrales en Arménie et dans la région du Karabakh en Azerbaïdjan et contraintes de vivre en tant que réfugiés et personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, leurs droits humains ont été gravement bafoués, des centaines de villes et de villages, ainsi que l’ancien et riche patrimoine culturel du peuple azerbaïdjanais, ont été détruits et pillés.

Lors de la sainte Guerre patriotique déclenchée en réponse aux nouvelles provocations militaires arméniennes, conformément au droit international et aux résolutions 822, 853, 874 et 884 du Conseil de sécurité des Nations unies, l’Azerbaïdjan a libéré ses terres ancestrales de trente ans d’occupation, rétabli son intégrité territoriale et la justice historique à l’intérieur des frontières reconnues par la communauté internationale. L’opération antiterroriste de septembre 2023 a mis fin au régime séparatiste et la souveraineté de l’Azerbaïdjan a été pleinement restaurée.

Nous souhaitons porter à l’attention de la communauté internationale qu’outre sa politique d’agression, de nettoyage ethnique et de génocide, l’Arménie a également commis des crimes de guerre et des actes de vandalisme contre le patrimoine religieux, culturel et historique de l’Azerbaïdjan durant ses trente années d’occupation. Des mosquées et autres lieux de culte, ainsi que des cimetières situés sur ces territoires, ont été victimes de vandalisme arménien, et une politique visant à nier l’origine des églises orthodoxes russes et des anciennes églises chrétiennes albanaises a été mise en œuvre.

Sur les 67 mosquées officiellement enregistrées dans la région avant l’occupation par les extrémistes arméniens, 65 ont été entièrement détruites, les mosquées ont été transformées en étables et des animaux proscrits en Islam y ont été parqués, insultant ouvertement la dignité de l’ensemble du monde islamique.

Les visiteurs étrangers venus dans nos territoires libérés en mission d’observation qualifient ces lieux d’« Hiroshima du Caucase », de « villes fantômes ». Au moment où ils quittaient les terres azerbaïdjanaises, les occupants y ont appliqué la politique de la terre brûlée et semé des centaines de milliers de mines. 

Au lendemain de la guerre, des chefs religieux arméniens, tenant des discours revanchistes, appellent leur peuple non à la paix, pourtant indispensable à la région, mais à une nouvelle guerre.

Alors que la dynamique positive s’intensifie dans le processus de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, les dirigeants de l’Église arménienne font appel aux organisations internationales et religieuses pour diffuser de fausses informations et des calomnies concernant la destruction présumée par l’Azerbaïdjan de monuments chrétiens dans les territoires libérés, et tentent de dissimuler la vérité afin de détourner l’attention des actes de vandalisme commis par l’Arménie au Karabakh.

Depuis de nombreuses années, nous appelons toutes les communautés progressistes à ne pas rester indifférentes au génocide de Khodjaly et à exiger que les responsables de cette terrible tragédie soient poursuivis en justice. L’expérience internationale montre que traduire en justice les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité est un processus juridique et politique complexe qui, dans la plupart des cas, dépasse les capacités des États.

Suite à la victoire du Karabakh, les dirigeants du régime séparatiste arménien du Karabakh, les terroristes dont les mains sont tachées du sang du peuple azerbaïdjanais, notamment les meurtriers de Khodjaly, sont traduits en justice devant la justice et le peuple azerbaïdjanais et condamnés aux peines qu’ils méritent. Le peuple azerbaïdjanais exige légitimement que les responsables des crimes graves commis lors de l’agression arménienne contre l’Azerbaïdjan soient traduits en justice et que les criminels de Khodjaly reçoivent le châtiment qu’ils méritent. Le procès des auteurs de crimes de guerre contre l’humanité est un triomphe de la justice universelle, et la communauté internationale se doit de soutenir ce processus.

En ce 34e anniversaire de la tragédie de Khodjaly, nous commémorons avec un profond respect les victimes innocentes de ce drame. Aujourd’hui, la ville de Khodjaly se reconstruit, nos traditions spirituelles renaît et les habitants de Khodjaly retournent sur leurs terres natales. Cependant, à l’instar des victimes innocentes de Khatyn, Guernica, Song My et autres tragédies humaines similaires, la douleur et la souffrance des victimes de Khodjaly restent gravées dans nos cœurs, et le destin brisé d’enfants, de femmes et de personnes âgées innocentes demeure vivace. Ces tragédies ne doivent pas être oubliées ; elles doivent être condamnées au niveau international et leurs auteurs dûment punis afin que le monde ne connaisse plus jamais de tels drames.

L’Azerbaïdjan élabore actuellement des projets économiques susceptibles de contribuer au bien-être de la région, y compris de l’Arménie. Alors que les dirigeants azerbaïdjanais et arméniens prennent des mesures concrètes en faveur de la paix, la communauté internationale ne saurait ignorer les propos et appels racistes de certains milieux politiques et religieux arméniens qui incitent le peuple arménien à de nouvelles guerres, à la haine, à l’occupation et au séparatisme.

Les confessions religieuses d’Azerbaïdjan déclarent soutenir la fin de toute agression militaire, des appels à la guerre et à la haine, de l’intolérance religieuse et ethnique, et des tendances au revanchisme dans notre région, et plaident pour l’instauration de bonnes relations de voisinage, de la paix et de la tranquillité entre les États et les peuples.

Nous appelons une fois de plus les chefs religieux du monde entier, les organisations internationales, les parlements et la communauté internationale à unir leurs efforts pour atteindre ces nobles objectifs. 

Que le Tout-Puissant nous aide tous à accomplir de bonnes œuvres et à être justes ! 

Amen !

La déclaration de l’évêque Vladimir Fekete, ordinaire des catholiques d’Azerbaïdjan

Dans le cadre de la campagne d’instrumentalisation des religieux, la palme de la servilité revient sans doute cette année à l’évêque catholique du pays. Ci-dessous, un extrait de sa déclaration à l’occasion des commémorations du « génocide de Khodjaly » [1].

« Chaque année, nous nous réunissons pour honorer la mémoire des victimes de la tragédie de Khodjaly, qui a profondément marqué le peuple azerbaïdjanais. Trente-quatre ans se sont écoulés, mais la douleur demeure vive dans le cœur de beaucoup. Cette année, cette date funeste a coïncidé avec la période de jeûne et de pénitence, durant laquelle, par la mystérieuse Providence divine, musulmans et chrétiens sont entrés simultanément…. Nous y voyons un symbolisme particulier et en même temps, un appel qui nous est adressé, à nous, croyants : prier ensemble et jeûner pour le repos des âmes des défunts, pour la guérison des cœurs meurtris de ceux qui ont perdu des êtres chers lors de cette terrible nuit, et aussi pour les hommes politiques et tous ceux qui exercent une influence significative sur l’opinion publique, car des tragédies comme celle de Khodjaly ne surviennent pas inopinément : elles sont le fruit amer de cœurs privés de la crainte de Dieu … Puisse le Tout-Puissant panser ces plaies, apporter consolation et paix à ceux qui ont souffert et bénir le peuple d’Azerbaïdjan ».

Le 27 janvier dernier, le même évêque était intervenu lors d’un évènement organisé dans la capitale azerbaïdjanaise par le Centre international du multiculturalisme de Bakou (CIMB), l’Ambassade d’Israël en Azerbaïdjan et la Maison de la tolérance. Intitulé « L’Holocauste à travers le regard des contemporains », cette manifestation s’inscrivait dans le cadre de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Dans son discours d’ouverture, Aytan Gahraman, conseillère auprès du CIMB avait déclaré que l’objectif de l’événement était de « rappeler l’essence historique de la tragédie de l’Holocauste, d’examiner les différentes perceptions de ce crime contre l’humanité, d’attirer l’attention sur des notions telles que le génocide, l’islamophobie, l’antisémitisme, les discours de haine et la xénophobie, ainsi que de mettre en avant l’importance de la défense des valeurs de tolérance, de multiculturalisme et de coexistence ». 

Une approche de ces questions effectivement d’actualité et nécessaire dans un pays qui s’est en grande partie construit sur l’élimination des « minorités », dont les Arméniens, et qui plus est soutenu par un État génocidaire et négationniste.

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[1]  Site de l’Église catholique en Azerbaïdjan : https://www.catholic.az/en/archives/4221