La diaspora n’appartient à personne
Par Krikor KHODANIAN
Président de la section de la côte ouest des Etats-Unis du Parti Social démocrate Hentchakian
Article paru dans le quotidien « Ararat » de Beyrouth
La crise profonde que traverse actuellement l’Église arménienne continue d’émouvoir tous les Arméniens qui espèrent toujours que le Catholicos qui se trouve sur le trône du Saint-Siège trouvera en lui le courage pour répondre aux appels à la rénovation de l’Église, afin qu’en tant que nation, nous puissions sortir de cette situation aussi triste que déplorable
Récemment, des voix se sont élevées pour imputer l’entière responsabilité de la crise actuelle aux autorités arméniennes en place, ignorant les causes profondes de cette crise, alors qu’elle n’est pas le fruit d’un simple hasard.
Un groupe de personnalités arméniennes de la diaspora, dont messieurs Noubar Afeyan, Vatché Manoukian, Berdj Setrakian et plusieurs autres qui partagent ce point de vue, ont publié une lettre ouverte. Ils y affirment que « toute attaque ou ingérence d’un individu, d’un gouvernement ou de tout organisme extérieur à la gouvernance ou aux activités de l’Église a un impact direct sur les Arméniens du monde entier ». Ils prétendent parler au nom de toute la diaspora, sans avoir la moindre autorité en la matière.
Non seulement eux, mais aucun individu, aucune structure ou organisation politique n’a le droit de parler au nom de l’ensemble de la diaspora. La diaspora a toujours été et demeure un ensemble pluriel et multiforme, uni par l’appartenance nationale et l’existence de la patrie.
Les signataires de la lettre vont même plus loin et exigent que les Arméniens de la diaspora fassent appel aux gouvernements des pays dans lesquels ils vivent afin qu’ils prennent des mesures pour « protéger leurs droits religieux ».
Une telle absurdité est inattendue de la part de personnalités arméniennes qui ont connu une très importante réussite dans leur vie personnelle, qui auraient dû mieux comprendre le sens de chacune de leurs paroles, lesquelles atteignent ici le comble de l’irresponsabilité.
Les auteurs de la lettre écrivent « Le gouvernement exige la démission du chef de l’Église, malgré la légitimité de son élection», feignant d’ignorant le fait que cette crise a débuté lorsque le chef de l’Église, le premier, a commencé à exiger la démission du chef du gouvernement, alors même que ce dernier avait été légalement élu par la majorité du peuple. Ces mêmes compatriotes étaient pourtant restés silencieux lorsque des évêques ont prononcé des discours enflammés lors de rassemblements de l’opposition, lorsque des religieux ont été contraints de participer à des manifestations avec des membres de leur famille, lorsqu’un archevêque, primat d’un diocèse, est devenu le héraut du renversement du pouvoir et a conduit une « lutte sainte » contre l’État, qu’un autre archevêque appelait à un coup d’État militaire. À cette époque, nombreux étaient ceux, y compris le Parti social-démocrate Hentchakian, qui avertissaient que l’ingérence du Saint-Siège dans la vie politique du pays et son comportement partial étaient lourds de conséquences imprévisibles.
Si des membres du haut clergé sont aujourd’hui emprisonnés, toute la responsabilité incombe à la hiérarchie de l’Église.
Les auteurs de la lettre ignorent une autre réalité importante : l’Église est actuellement en difficulté non seulement à cause du conflit entre le Premier ministre et le Catholicos, mais aussi à cause des exigences présentées par un groupe de hauts dignitaires du clergé en vue de réformer et de rénover l’Église, en raison des négligences et des décisions arbitraires prises par le titulaire du Saint-Siège.
Les auteurs de la lettre cherchent à répandre l’idée que la « campagne menée contre l’Église » aurait provoqué une rupture entre la diaspora et l’État arménien. Cette opinion est loin de correspondre à la réalité, et nos compatriotes, aussi respectables soient-ils, ne devraient pas prétendre représenter l’ensemble de la diaspora arménienne, et devraient, la prochaine fois, essayer de faire preuve d’une approche plus équilibrée, en évitant la tentation de protéger le Catholicos à tout prix.
