Les zones d’ombre de la réunion de Sankt Pölten
Du 17 au 19 février 2026, à Sankt Pölten en Autriche, à des milliers de kilomètres du Saint Siège d’Etchmiadzine, l’Assemblée épiscopale organisée par le Catholicos Karékine II a achevé ses travaux.
Comme s’y attendaient les fidèles au service de l’Église apostolique arménienne, qui considèrent le Saint Siège comme le lieu sacré entre tous, les Évêques ont pris position dans une déclaration en accord avec leurs vœux et leur vocation, témoignant d’une attitude inébranlable de fidélité envers Saint-Etchmiadzine et le Catholicos de Tous les Arméniens. « Nous, les vingt-cinq évêques du Catholicossat de Tous les Arméniens – Saint Siège d’Etchmiadzine –, du Patriarcat arménien de Jérusalem et du Patriarcat arménien de Constantinople, rendons grâce et gloire au Seigneur céleste, qui nous a accordé la grâce de renouveler, au début du Grand Carême, dans l’unité de la prière devant le Saint-Autel de la Descente, nos vœux épiscopaux… »
Les explications fournies au sujet de la tenue de cette assemblée épiscopale en Autriche, loin du Saint Siège d’Etchmiadzine, soulèvent davantage de questions qu’elles n’apportent de solutions et d’éclaircissements. Même en admettant que le gouvernement arménien ait exercé des pressions sur certains ecclésiastiques, si l’Église apostolique arménienne se sent à ce point impuissante à résister aux exigences du gouvernement – à supposer que celles-ci soient fondées –, est-ce là toute la force spirituelle, toute la résilience de cette institution vieille de 1 700 ans ? Sous un joug étranger, il était possible de tenir et de résister – sur le sol de la patrie, non ?
Pourquoi les Patriarches de Jérusalem et de Constantinople n’ont-ils pas participé à cette assemblée, et pourquoi le Catholicos Aram n’y a-t-il pas participé non plus ? Si l’Église apostolique arménienne est réellement à ce point persécutée en Arménie, l’ensemble du corps de l’Église apostolique arménienne aurait dû se mobiliser pour la défendre contre son propre État.
Pourquoi Saint-Etchmiadzine n’a-t-il pas saisi la Cour constitutionnelle pour faire condamner les mesures anticonstitutionnelles du gouvernement et bloquer sa politique « anti-ecclésiale », si telle était réellement la préoccupation principale ?
Pourquoi condamner le gouvernement alors qu’il est constitutionnellement en droit de protéger la plus importante institution fondatrice de l’identité nationale, consacrée par la Constitution – l’Église apostolique arménienne –, face à la décision de tenir hors du pays son assemblée épiscopale, à un moment où l’État a besoin du soutien de toutes les institutions nationales pour faire face à toutes sortes d’attaques hostiles et de guerres hybrides ?
Même si l’assemblée devait se tenir à l’étranger, pourquoi ne s’est-elle pas tenue dans l’un des trois autres sièges de la hiérarchie de l’Église apostolique arménienne – Jérusalem, Constantinople ou Antélias – ou dans un diocèse relevant de l’Église apostolique arménienne ? Était-ce pour attirer davantage l’attention de l’opinion internationale ? À des fins de propagande ?
L’ordre du jour de l’assemblée épiscopale soulève lui aussi de grandes interrogations. Hormis l’exposé de l’Archevêque Hovnan Derderian – qui faisait partie du groupe réformiste ayant réclamé la démission du Catholicos – portant sur « La mission de l’Église à l’époque contemporaine et les défis actuels dans la patrie et la diaspora », qui aborde la question de la mission de l’Église en ces temps modernes, les autres sujets demeurent purement politiques, loin d’un véritable ordre du jour touchant à la foi, à la vie religieuse et spirituelle. Les deux dernières Assemblées épiscopales avaient été consacrées à la canonisation des martyrs du Génocide et à la réforme du rite du Baptême. La présente assemblée n’a malheureusement pas abordé les questions que le public se pose depuis des décennies sur la conduite des hauts responsables de l’Église – jusqu’au moment où le Premier ministre Pachinian les a rendues publiques.
Les autres points examinés lors des sessions de trois jours étaient :
– « La situation actuelle des relations Église-État et la conjoncture créée autour de l’Église en Arménie »
(rapporteur : Mgr Grigor Khachatryan;
– « La protection de l’autonomie de l’Église contre les instrumentalisations politiques et les voies pour surmonter la situation créée » (rapporteur : Mgr Achot Mnatsakanian).
J. Tch.■
