L’adresse du patriarche Sahak à la réunion des évêques de Vienne

Mashalyan

A Sa Sainteté Karékine II, Catholicos de tous les Arméniens,

A Sa Sainteté Aram 1er, Catholicos de la Grande Maison de Cilicie,

A sa Béatitude  Nourhan 1er, Patriarche de l’Église apostolique arménienne à Jérusalem,

Éminences, cher Frères 

À l’occasion de la Conférence épiscopale de Vienne, je vous adresse mon salut et ma bénédiction et vous souhaite plein succès lors des prochaines sessions.

Cette réunion, tenue hors du Saint-Siège, à l’étranger, met en lumière un problème qui préoccupe et émeut le monde arménien depuis près d’un an, qui a débuté par la confrontation entre les autorités arméniennes et le Saint-Siège. Cette réunion, initialement envisagée comme un synode des évêques, s’est malheureusement transformée, du fait de l’absence des évêques d’Arménie, de Sa Sainteté le Catholicos et des patriarches, en une assemblée d’évêques à vocation consultative. Cela n’empêche toutefois pas cette réunion de faire également entendre une voix autorisée sur la situation actuelle.

En tant que patriarche de Constantinople, j’ai perçu dès le premier jour cette situation regrettable comme une réponse aux tensions politiques internes de l’Arménie et à l’approche d’élections  politiques. En même temps que la quasi-totalité des églises de la diaspora où les choses étaient ressenties avec une plus grande acuité, face à cette campagne politique anti-canonique, j’ai aussi adressé à Sa Sainteté le Catholicos un message appelant à l’unité et à la solidarité de l’Église. Dans ces circonstances critiques et troublées, il me semblait primordial de maintenir la discipline ecclésiastique, sans céder à l’agitation, en gardant notre sang-froid. J’ai notamment défendu la position et le principe de l’immunité de Sa Sainteté Karékine II, Catholicos de tous les Arméniens, jusqu’à ce que la situation politique intérieure en Arménie soit tranchée par les élections. J’ai insisté sur la nécessité de convoquer une Assemblée ecclésiastique nationale, qui est  la seule instance pan-ecclésiale légitime habilitée à réexaminer le statut du Catholicos.

Le problème est grave et il ne cesse de s’accroitre. Des prêtres et des évêques « d’opposition » s’expriment, et certains d’entre eux, malgré des sanctions disciplinaires, continuent d’exercer leur  ministère avec le soutien de l’État. Des évêques sont détenus sous prétexte d’activités politiques. Devant tous ces faits, nous, Arméniens de la diaspora, sommes pour la plupart d’entre nous relégués au rôle d’observateurs désemparés. Les deux piliers sacrés de la nation arménienne, l’Église et l’État, qui sont liés par une alliance à travers l’histoire arménienne afin d’offrir le meilleur à la nation, ont aujourd’hui des comportements qui s’opposent et s’affaiblissent mutuellement. Les provocations et les déclarations faites de part et d’autre, creusent ce fossé et nous conduisent à une impasse. Le Saint-Siège a plus que jamais besoin de la sagesse du Seigneur en ces temps difficiles.

J’ai mon humble opinion, une solution de compromis, que je souhaite partager avec cette honorable assemblée et soumettre à l’attention de Sa Sainteté le Catholicos. Je suis certain que des idées comparables  s’exprimerons lors de cette réunion.

En cette période troublée, le Conseil spirituel suprême a malheureusement perdu son autorité et, par des décisions hâtives et désordonnées, est devenu la cause de l’aggravation progressive du conflit, aboutissant à une impasse. Ce fut le cas pour la décision de destituer l’évêque Kevork. La bonne décision aurait été de suspendre cette décision, d’aborder lors de cette réunion des évêques le cas de l’évêque Kevork et des autres évêques « d’opposition ». En ces jours, le Catholicos a besoin d’une assemblée faisant autorité, capable de lui inspirer autorité et prudence, un synode, incluant y compris certains frères  « d’opposition ». Ce système synodal pourrait préparer le terrain pour rechercher et trouver des solutions avec le gouvernement. Sa Sainteté a toujours souhaité établir une telle structure, je le sais personnellement, mais ce projet n’a jamais abouti.

C’est une occasion pour cette Conférence épiscopale d’élire douze évêques de haut rangpour épauler Sa Sainteté dans la gouvernance du Saint-Siège durant cette période.

Si le Saint-Siège n’entreprend pas cette réforme administrative, je crains que l’autorité de Sa Sainteté le Catholicos et de l’actuel Conseil spirituel suprême, ne soit malheureusement affaiblie. La synodalité pourrait constituer une solution transitoire en vue de la réconciliation avec les autorités et pour une période de transition jusqu’à la convocation de l’Assemblée ecclésiastique nationale.

Ma deuxième suggestion serait la suivante : il serait bon que cette assemblée des évêques fixe une date et constitue un comité d’organisation en vue de la tenue del’Assemblée ecclésiastique nationale, désormais impérative. Cela pourrait contribuer à apaiser certaines tensions.

Je souhaite à Sa Sainteté patience, la paix du cœur et sérénité. 

La réflexion collective exprimée lors de ces réunions, si bénéfique à notre Église, est précieuse pour étudier les problèmes et trouver des solutions. 

Je suis convaincu que cette réunion épiscopale portera également de tels fruits. 

Mes meilleurs vœux de réussite et bon travail à tous ! 

Sahak II

Patriarche arménien de Turquie

Constantinople le 17.02.2026