La politique étrangère arménienne au cœur d’une conférence à la Sorbonne Nouvelle
Au cœur d’une région en pleine recomposition géopolitique, la République d’Arménie s’efforce de redéfinir les contours de sa diplomatie et de faire entendre sa voix sur la scène internationale. C’est pour analyser ces défis majeurs que l’Université Sorbonne Nouvelle, à Paris, a accueilli ce mardi 17 mars une conférence dédiée à la politique étrangère actuelle de l’Arménie.
Organisée à l’initiative de la FDNU (Fédération pour la Diplomatie des Nations Unies), dans le cadre de son partenariat avec YereMUN, cette rencontre a mis à l’honneur S.E. M. Arman Khachatryan, ambassadeur d’Arménie en France. Mené et animé conjointement par Silvio Fasciano, président de la FDNU, et Vruyr Hlghatyan, président de YereMUN, cet échange de haut niveau a permis de décrypter en profondeur les enjeux qui animent aujourd’hui le Caucase, l’évolution des relations d’Erevan avec ses partenaires internationaux, ainsi que les nouvelles perspectives portées par la diplomatie arménienne. Preuve du vif intérêt suscité par ces questions, la salle affichait complet pour l’occasion, rassemblant un auditoire particulièrement ciblé : de nombreux étudiants se destinant à la carrière diplomatique, de futurs ambassadeurs venus se confronter à la réalité du terrain.
Une diplomatie redéfinie par les bouleversements régionaux
L’ambassadeur a souligné que la politique étrangère de l’Arménie est aujourd’hui profondément marquée par les événements tragiques liés au Haut-Karabakh et par l’instabilité régionale (guerre des 44 jours en 2020, attaques azerbaïdjanaises en 2022 et déplacement forcé des Arméniens du Haut-Karabakh en 2023). Dans ce contexte, la priorité absolue de l’Arménie est de stabiliser la situation, de garantir une paix durable et d’assurer sa sécurité nationale dans le respect de son intégrité territoriale et de sa souveraineté.
Une stratégie de « diversification » et non de rupture
Face à l’affaiblissement des institutions multilatérales et aux défis posés par ses alliances traditionnelles, l’Arménie a opté pour une politique de « diversification » de ses relations diplomatiques et sécuritaires. L’ambassadeur a insisté sur le fait que cette démarche n’est pas un pivot brutal (« pas de changement définitif ») contre la Russie, mais plutôt une nécessité vitale de créer de nouveaux partenariats stratégiques et flexibles. Cette ouverture se traduit par le renforcement des liens avec des pays comme la France, les États-Unis, l’Inde, la Chine, et par un rapprochement notable avec l’Union européenne.
La France : un partenaire stratégique de premier plan
Les relations entre l’Arménie et la France ont été décrites comme historiques, étroites et fortes. L’ambassadeur a salué le soutien historique de la France, devenue aujourd’hui l’un des partenaires les plus importants de l’Arménie dans le domaine de la défense. Il a d’ailleurs annoncé qu’un accord de partenariat stratégique entre les deux pays est en cours de finalisation et devrait être officiellement conclu au mois de mai. Le rôle de la France a également été jugé crucial durant les périodes de crise, notamment lorsqu’elle coprésidait le Groupe de Minsk.
Le projet de « Carrefour de la Paix » (Crossroads of Peace)
Pour assurer sa croissance économique et sa stabilité, l’Arménie souhaite restaurer la connectivité régionale. L’ambassadeur a présenté le projet de « Carrefour de la Paix », qui vise à ouvrir les voies de communication, de commerce et d’énergie entre l’Arménie et ses voisins (notamment l’Azerbaïdjan et la Turquie). Cependant, il a fermement rappelé que cette ouverture doit se faire dans le respect absolu de la souveraineté et de la juridiction de l’Arménie sur son propre territoire.
Un engagement résolu envers le multilatéralisme et le droit international
Enfin, l’ambassadeur a réaffirmé l’attachement de l’Arménie au multilatéralisme et au droit international. Pour un petit État comme l’Arménie, entouré de pays aux ambitions impériales, le respect des normes internationales est considéré comme la meilleure garantie de survie et de prospérité. Il a également évoqué les défis liés à la justice post-conflit, soulignant que des compromis ont dû être faits lors des négociations de paix avec l’Azerbaïdjan, mais que des questions humanitaires, comme le retour des prisonniers de guerre, restent en suspens.
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En guise de conclusion, rappelons que la FDNU (Fédération pour la Diplomatie des Nations Unies) est une association académique française vouée à la promotion du multilatéralisme et des valeurs de l’ONU. Elle forme les étudiants à la diplomatie, aux relations internationales et à la géopolitique à travers l’organisation de conférences et de simulations des Nations Unies.
Quant à YereMUN (Yerevan Model United Nations), cette initiative éducative vise à impliquer la jeunesse dans les affaires mondiales. Elle organise des simulations de l’ONU en Arménie et à l’international pour initier les étudiants aux rouages de la négociation diplomatique et du droit international.
Schanth VOSGUERITCHIAN





