Élections municipales 2026 : La représentation franco-arménienne confirme son ancrage local
Dans nos précédentes publications, nous avions commencé à esquisser les premiers contours de la représentation franco-arménienne à l’issue des élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Nous vous proposons aujourd’hui un tour d’horizon beaucoup plus complet de ce nouveau paysage politique local. Toutefois, une précision s’impose : cet aperçu n’a aucune prétention d’exhaustivité. Le volume de données issu de ce scrutin est colossal, avec près de 500 000 conseillers municipaux élus et répartis dans environ 35 000 communes. Il est donc matériellement impossible d’éplucher une base de données nationale aussi massive pour en extraire chaque élu sur des critères purement étymologiques ou patronymiques. Néanmoins, l’observation détaillée des bastions historiques de la diaspora permet de dégager des tendances claires et fortes.
De la gestion des métropoles aux mairies de proximité, les élus d’ascendance arménienne sont présents sur l’ensemble de l’échiquier politique. Ce scrutin a été marqué par le maintien de figures historiques – à de rares exceptions près –, de nouvelles percées, mais aussi par des basculements symboliques.
Dans les grandes métropoles, cette élection a rebattu les cartes pour deux figures politiques majeures d’origine arménienne. À Strasbourg, la maire sortante écologiste Jeanne Barseghian a perdu son fauteuil à l’issue du second tour. Toutefois, avec les sièges obtenus par son groupe, elle reste une voix incontournable et siégera désormais sur les bancs de l’opposition au conseil municipal et à l’Eurométropole. À Lyon, l’ancien maire Georges Képénékian voit sa page politique locale se tourner. Sa liste n’ayant recueilli qu’un faible pourcentage des suffrages, il n’obtient aucun siège et quitte la nouvelle assemblée municipale et métropolitaine.
C’est en région parisienne que la présence franco-arménienne reste la plus structurée, avec Alfortville en figure de proue. La nouvelle équipe municipale intègre une représentation plurielle de la communauté, reflétant un large éventail d’appartenances politiques sur le plan national et communautaire. La ville compte désormais quatre adjoints au maire d’origine arménienne : Victoria Simonian (Parti Socialiste – PS), Déborah Zabounian (Société Civile – SC), Garo Khatchikian (Fédération Révolutionnaire Arménienne – FRA) et Saro Mardiryan (Parti Social-Démocrate Hentchakian – PSDH). Ils sont épaulés par plusieurs conseillers municipaux très actifs, dont Lena Melkonian (PSDH), ainsi qu’Arax Der Kevorkian, déléguée à l’Intelligence artificielle, et Frédérik Kosdikian, délégué à la Prévention des risques, tous deux issus des rangs de la FRA. D’autres communes franciliennes historiques confirment cet ancrage. Dans le Val-d’Oise, la ville d’Arnouville voit l’élection de Mesrop Altounian, Nektar Balian et Rose-Marie Abousefian au sein de son nouveau conseil municipal. Dans les Hauts-de-Seine, à Issy-les-Moulineaux, Arthur Khandjian conserve sa place au conseil municipal sur la liste majoritaire d’André Santini, tandis qu’au Plessis-Robinson, Marianna Adamyan a été élue dès le premier tour au sein de la majorité de Philippe Pemezec.
Dans le couloir rhodanien, l’engagement politique de la diaspora ne faiblit pas, avec une présence notable tant dans les majorités que dans les oppositions locales. La ville de Décines-Charpieu voit l’élection de plusieurs personnalités clés. Dans la majorité de Laurence Fautra, on retrouve l’incontournable Denis Djorkaeff, aux côtés de Dany-Claude Zartarian, Anaïs Dolmadjian et Armand Grigoryan. L’opposition n’est pas en reste, avec l’élection de Doriane Roux-Mouradian et Isabelle Dervahanian sur des listes concurrentes. Plus au sud, dans la Drôme, Franck Diratzonian a été élu au conseil municipal de Valence sur la liste du maire reconduit Nicolas Daragon. La commune voisine de Bourg-lès-Valence maintient également ses liens étroits avec l’Arménie grâce à l’élection de Rosaline Aslanian-Habrard, nommée conseillère déléguée à la coopération pour l’Arménie, et de Georges Ishacian, également membre du nouveau conseil. À Vienne, dans l’Isère, Lévon Sakounts, a été élu 1er adjoint, en charge de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de l’alimentation et du pouvoir d’achat.
Enfin, dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et plus particulièrement à Marseille, la culture et la présence arméniennes demeurent des composantes incontournables et historiques de l’identité locale. Lors de ce scrutin municipal, les personnalités d’ascendance arménienne ont continué d’animer le débat démocratique au sein des différentes coalitions. Du côté de la gauche et des écologistes, on retrouve des élus actifs tels qu’Éric Semerdjian, conseiller municipal en charge de l’innovation sociale, et Julien Harounyan. L’opposition locale et les mairies de secteur comptent également des figures bien ancrées, à l’image de Didier Parakian, conseiller municipal et métropolitain, de Philippe Khozian, premier adjoint des 11e et 12e arrondissements, ou encore d’Aurore Bruna, très impliquée par ailleurs dans le tissu associatif arménien de la cité phocéenne. Parallèlement, d’autres candidatures ont rythmé la campagne, comme celle de Sébastien Delogu, député dont le père est d’origine arménienne. Tête de liste LFI au premier tour, il s’est ensuite désisté au profit de Benoît Payan pour faire barrage au RN. L’engagement citoyen de la communauté dans la cité phocéenne, s’étendant historiquement de la gauche à la droite de l’échiquier politique, continue ainsi de s’investir pleinement dans la gestion quotidienne et l’avenir des territoires de la République.
