Crimée : Une église arménienne médiévale au bord de l’effondrement
L’église arménienne des Saints Apôtres de Théodosia, l’ancienne ville de Caffa en Crimée datant du XVe siècle, est menacée d’effondrement et nécessite une intervention urgente. Le 12 janvier dernier, c’est le clocher qui s’était effondré.

Construit en 1408, le sanctuaire est classé monument historique. Sa dernière restauration remonte à 1968. En 1848, c’est dans cette église que s’était déroulée la cérémonie de mariage du célèbre peintre Hovhannes Aivazovsky et de Julia Graves.

Depuis l’occupation de la Crimée par la Russie en 2014, l’église qui dépendait jusque-là du diocèse d’Ukraine était administrée par l’association religieuse « Saint Sarkis » de Théodosia, qui relève du diocèse russe et de Nouvelle-Nakhitchevan de l’Église apostolique arménienne (1).






Au cours des siècles, l’église a subi de nombreuses épreuves : le narthex situé sur la façade ouest avait été détruit par un tremblement de terre de 1927 et une partie de la façade s’était effondrée en 1962. Des travaux de reconstruction y avaient été entrepris : l’entrée avait été restaurée, les encadrements de portes et de fenêtres remplacés, la toiture réparée et les fissures colmatées. Depuis 1968, aucun autre chantier de restauration d’envergure n’avait été réalisé sur le bâtiment. Timur Yan, le président de l’association « Arméniens de Crimée », a déclaré à cette occasion « La Crimée se classe au quatrième rang mondial en termes de nombre de monuments d’architecture médiévale arménienne, après l’Artsakh, l’Arménie occidentale (actuellement en Turquie) et l’Arménie ».
En février dernier, le chef de l’administration de Théodosia, Vladimir Kim, avait annoncé que des mesures prioritaires pour la préservation de l’église étaient à l’étude : il était prévu d’inspecter l’édifice et d’établir un rapport technique sur son état. Le 7 mars, les médias locaux avaient rapporté que le Comité d’enquête russe (le parquet) avait ouvert une enquête pénale pour négligence, en vertu de l’article 243.1 du Code pénal russe. Selon l’enquête, malgré les fissures dans les murs et l’effondrement du clocher, aucune mesure n’avait été prise pour organiser des travaux de restauration.
On ne peut naturellement que s’interroger sur les responsabilités des uns et des autres, en particulier des responsables religieux et laïcs du diocèse de Russie et des oligarques russes d’origine arménienne du pays, sans doute beaucoup plus occupés à s’ingérer dans la vie politique de la République d’Arménie qu’à se préoccuper du devenir des fidèles et du patrimoine historique de leur diocèse.
Gorune
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(1) Dont le primat est l’archevêque Yezras Nercissian, frère du catholicos Karékine II.
