Poutine suggère aux autorités arméniennes de soumettre le choix entre l’UEE et l’UE à un référendum

Փութին

Le président russe Vladimir Poutine a proposé aux dirigeants arméniens de clarifier par voie de référendum l’orientation du pays, partagé entre l’Union économique eurasiatique (UEE) et l’Union européenne (UE). Le chef de l’État russe a formulé cette idée le 9 mai, jour de la Victoire, lors d’un échange avec des journalistes.

La perspective d’adhésion à l’UE et le facteur économique

Évoquant les ambitions européennes de l’Arménie, M. Poutine a indiqué que ce sujet nécessitait une étude approfondie : « J’ai abordé cette question à plusieurs reprises avec le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, et nous n’y voyons rien d’extraordinaire. Dans les faits, il peut confirmer ce que je lui ai déjà dit et que je répète publiquement aujourd’hui : nous soutiendrons tout ce qui s’avérera bénéfique pour le peuple arménien. Nous entretenons des relations privilégiées avec lui depuis des siècles, et s’il juge telle ou telle décision avantageuse, il va de soi que nous ne nous y opposerons pas. »

D’un autre côté, il a insisté sur le poids des liens économiques bilatéraux : « Mais, bien entendu, nous devons prendre en compte certains paramètres cruciaux, tant pour nous que pour nos partenaires. À titre d’exemple, bien que nos échanges commerciaux avec l’Arménie aient diminué, ils s’élevaient tout de même à 7 milliards de dollars en 2025. Rapporté à un produit intérieur brut national de 29 milliards de dollars, c’est un chiffre très significatif. »

Le président russe a également rappelé que l’Arménie tirait des avantages substantiels de son appartenance à l’UEE, notamment dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie, des tarifs douaniers ou encore de la politique migratoire.

Un « divorce » civilisé et la proposition de référendum

Selon Vladimir Poutine, il serait judicieux que l’Arménie se positionne le plus rapidement possible : « Cela ne nous regarde pas, mais sur le principe, il serait logique d’organiser un référendum pour demander aux citoyens arméniens quel est leur choix. En fonction des résultats, nous tirerions nos propres conclusions et pourrions nous diriger vers un « divorce » à l’amiable, civilisé et mutuellement avantageux. »

Les leçons de l’Ukraine et les parallèles historiques

Dans ce contexte, M. Poutine a dressé un parallèle avec l’Ukraine, soulignant que les événements qui se déroulent actuellement sur le front ukrainien trouvent leur origine dans la volonté de Kiev de rejoindre l’Union européenne.

Il a raconté qu’aux prémices de ce processus, Moscou avait tenté de négocier avec les Européens, les alertant sur l’incompatibilité des marchés et des normes (notamment phytosanitaires), ce qui aurait contraint la Russie à fermer son propre marché aux produits ukrainiens. Les Européens avaient alors catégoriquement refusé la moindre concession.

« À l’époque, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, après avoir étudié le dossier, avait déclaré qu’il n’était probablement pas prêt à intégrer l’UE dans l’immédiat, car le préjudice pour l’économie ukrainienne aurait été trop lourd. Il n’avait pas renoncé à l’adhésion, il affirmait simplement devoir tout réévaluer. Or, cette posture a conduit au coup d’État, aux événements de Crimée et aux opérations militaires », a exposé M. Poutine.

En guise de conclusion, il a mis en garde contre les dérives extrêmes : « C’est une question sérieuse, il ne faut pas aller aux extrêmes. Il est nécessaire de dire les choses à temps, de clarifier la direction que l’on souhaite prendre. Tout doit être calculé, tant du côté arménien que du nôtre. »

Le président russe n’a d’ailleurs pas exclu que ce point soit abordé lors du prochain sommet de l’Union économique eurasiatique.