La présence militaire américaine dans le Golfe en péril
La 23e Coupe du monde de football n’a pas réussi à mettre un terme à la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Dans ce contexte, le mémorandum signé entre Washington et Téhéran a été bafoué en premier lieu par les Israéliens, qui ont poursuivi leurs frappes sur le Liban. Bien qu’Israël soit l’un des acteurs principaux de la guerre contre l’Iran, l’État hébreu n’étant pas signataire de ce mémorandum n’était donc pas tenu de s’y conformer, n’en déplaise aux injonctions américaines.
De leur côté, les pays du golfe Persique sont globalement opposés à la guerre, mais se retrouvent impuissants face aux décisions du tandem américano-israélien. Bien que l’Iran ne soit pas un ennemi pour ces monarchies, Téhéran les avait d’ores et déjà prévenues : toute attaque lancée contre son territoire depuis les bases militaires américaines implantées sur leur sol entraînerait des représailles directes. Et c’est précisément ce qui s’est produit. Ces derniers temps, l’Iran a concentré ses frappes bien davantage sur les bases américaines du Golfe d’où partaient les offensives que sur Israël.
Dans ce conflit, l’atout majeur de la République islamique reste le contrôle du détroit d’Ormuz. Si, aux prémices de la guerre, l’objectif principal des frappes américano-israéliennes était le renversement du régime islamique, la destruction des usines d’enrichissement nucléaire et l’arrêt de la production de missiles à longue portée, Washington a été contraint de revoir ses exigences à la baisse après quatre mois de belligérance. L’Amérique se concentre désormais sur le rétablissement de la zone de libre-échange dans le détroit d’Ormuz. Une exigence à laquelle l’Iran s’oppose catégoriquement : Téhéran considère ce passage comme un levier bien plus puissant que l’arme nucléaire pour se libérer, une bonne fois pour toutes, des frappes récurrentes de l’axe américano-israélien, ainsi que du blocus et des sanctions économiques imposés par les États-Unis.
Pendant de longues années, les pays du Golfe ont tiré profit de la libre navigation dans le détroit d’Ormuz, amassant des richesses astronomiques. Cependant, depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre et dans le sillage de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, ces États se retrouvent pris dans un véritable étau à trois branches. En fin de compte, ce sont eux les grands perdants de cette crise : non seulement ils subissent les tirs de missiles iraniens, mais ils se retrouvent également dans l’incapacité d’exporter leur production pétrolière en raison du blocus du détroit imposé par Téhéran.
Sur le grand échiquier du commerce mondial, le détroit d’Ormuz revêt une importance stratégique capitale : 20 à 30 % du marché international du pétrole y transite, sans compter les engrais agricoles et autres marchandises connexes. En contrôlant ce passage, les Iraniens s’arrogent la mainmise sur l’un des leviers les plus vitaux de l’économie mondiale, un verrou que la première puissance du globe n’est toujours pas parvenue à faire sauter pour restaurer les conditions antérieures.
Au stade actuel, le défi majeur des États-Unis consiste donc à « libérer » le détroit d’Ormuz des mains iraniennes. Pour Téhéran, en revanche, la pérennité de ce contrôle est intrinsèquement liée à sa capacité à expulser les forces militaires américaines de la région. C’est la raison pour laquelle l’Iran pilonne aujourd’hui sans relâche l’ensemble des bases et des navires de guerre américains présents dans la zone. Il s’agit d’un bras de fer dont l’issue dictera indéniablement l’avenir des relations politiques et du commerce à l’échelle internationale.
Le dénouement de cette confrontation américano-iranienne aura également des répercussions directes sur l’Arménie et ses voisins immédiats — l’Iran, la Turquie et l’Azerbaïdjan —, ainsi que, bien entendu, sur la nature de leurs relations avec les États-Unis. Une défaite de l’Iran constituerait un facteur de déstabilisation majeur pour la frontière sud de l’Arménie et ne ferait que consolider l’influence de l’Azerbaïdjan.
J. Tch.■
