« La mémoire dans les veines » : Une poignante quête identitaire au cœur des commémorations
La rencontre de Sebahat et Alexandra à Istanbul

Dans le cadre des événements marquant le 111e anniversaire du Génocide des Arméniens, l’Espace Jean Vilar de la Ville d’Arcueil a accueilli, le mardi 21 avril, la projection du documentaire bouleversant d’Alexandra Routhiau-Mikaélian, « La mémoire dans les veines ». Loin du simple récit historique, cette œuvre plonge le spectateur dans une quête familiale intime, levant le voile sur une page souvent oubliée de l’histoire : le destin des Arméniennes et des Arméniens de Turquie.
Le poids du silence et la promesse d’une héritière
La genèse de ce projet repose sur un serment fondamental : la promesse faite par la réalisatrice à son grand-père de retrouver les traces de leur famille disparue en Anatolie. Au fil de cette investigation personnelle, le film s’élargit pour recueillir les récits longtemps étouffés de ces femmes arméniennes restées en Turquie, contraintes au silence et forcées de dissimuler leur véritable identité après le drame de 1915. À travers ces témoignages, le documentaire tisse une réflexion profonde sur l’exil, la résilience et le difficile chemin vers la réconciliation.
Un titre en forme d’évidence
« La mémoire dans les veines » porte un titre éminemment symbolique. Il illustre avec force cette vérité indicible : le passé, familial comme historique, coule dans notre sang. La mémoire se transmet de génération en génération, survivant à l’effacement, triomphant même des silences les plus lourds. Ainsi, l’histoire personnelle d’Alexandra Routhiau-Mikaélian transcende l’intime pour devenir le miroir d’une mémoire collective arménienne beaucoup plus vaste.
Au cœur du récit : l’histoire de Sima et le secret des « anneannem »
Le documentaire retrace le voyage d’Alexandra sur les traces de son arrière-grand-mère, Sima. Orpheline en 1915, Sima fut mariée de force à un Turc dans la région de Sivas à l’âge de 18 ans. De cette union est née une fille, Shahimé. En 1928, Sima parvient à fuir vers la France pour rejoindre son frère, mais se voit contrainte d’abandonner tragiquement son enfant devant une mosquée. Shahimé grandira alors dans une famille turque, ignorant tout de ses racines.
Cette quête remonte à novembre 2021, lorsque Garabed, le grand-père de la réalisatrice, lui confie l’histoire de cette sœur restée « là-bas ». Guidée par cette révélation, Alexandra s’est rendue à Istanbul pour retrouver sa cousine Sebahat et les descendants de Shahimé. Ce cheminement met en lumière le phénomène des « anneannem » (grands-mères) : ces dizaines de milliers d’Arméniennes « turquifiées » de force dont le secret n’a commencé à être révélé qu’au début des années 2000. Par cette démarche, la réalisatrice accomplit une véritable thérapie pour panser les plaies ouvertes depuis quatre générations.



avec son fils et son petit-fils, en Turquie.

le demi-frère de Shahimé,
et Özgür, le cousin turc d’Alexandra
Diffusion et actualités
Récemment, le film a été diffusé le 22 avril sur la chaîne KTO. Pour ceux qui auraient manqué ce rendez-vous, il reste disponible en replay sur le site de la chaîne.
Vers un nouveau projet : « Les grains éparpillés de la grenade »
Forte de ce succès critique et public, Alexandra Routhiau-Mikaélian prépare déjà un nouveau volet de son travail mémoriel intitulé « Les grains éparpillés de la grenade ». Ce futur documentaire retracera l’installation des Arméniens en France et en Europe, explorant le lien que chacun entretient avec l’arménité et, plus largement, avec l’humanité.
Accompagné d’une exposition de photographies et d’un recueil de poèmes, ce projet s’annonce comme l’expérience la plus universelle de l’auteure. Elle y met en images l’exil à travers des visages et des témoignages qui sont autant de promesses d’un voyage au cœur de l’âme humaine.
Soutenir le projet : Pour mener à bien cette nouvelle œuvre, une campagne de crowdfunding (défiscalisée) a été lancée sur la plateforme Proarti. Vous pourrez y découvrir la bande-annonce, des clichés exclusifs ainsi que l’un des poèmes du recueil :
Dates à retenir :
• 12 septembre : Avant-première du film « Les grains éparpillés de la grenade » au POC d’Alfortville.
• 21 au 30 septembre : Exposition au « 148 » d’Alfortville.
• Novembre : Projections dans la région de Lyon.
• Janvier 2027 : Projections à Marseille.
Alexandra Routhiau-Mikaélian
Journaliste, réalisatrice et autrice française d’origine arménienne, Alexandra Routhiau-Mikaélian place la transmission mémorielle et les récits engagés au cœur de sa démarche. Formée à la prestigieuse école La Fémis, elle évolue à la croisée de l’investigation et de la création audiovisuelle.
En 2020, elle a cofondé la société Gianni Productions avec sa mère, Monique Mikaélian, afin de défendre une ligne éditoriale centrée sur des œuvres à fort impact social et historique. Son travail incarne aujourd’hui un pont essentiel entre le devoir de mémoire, la quête identitaire et le documentaire de création.
Les photographies sont tirées d’un article profondément émouvant consacré à ce film, paru dans L’Humanité du 24 septembre 2025. Publié dans la rubrique «L’histoire de la semaine» sous la plume de Marie Pénin, ce texte s’intitule «Les racines retrouvées des enfants d’Arménie».
Schanth VOSGUERITCHIAN ■
