Tentative d’assassinat contre Nikol Pachinian

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Menace réelle ou hybride ?

Une vidéo diffusée sur Internet suscite de vifs débats en Arménie. On y voit cinq individus cagoulés, armés de fusils d’assaut, proférer des menaces et des insultes à l’encontre du Premier ministre Nikol Pachinian. Ils déclarent que ce dernier a « livré l’Artsakh » et devra répondre de ses actes.

Fait marquant : ils s’expriment dans le dialecte de l’Artsakh et lancent : « Nikol, on va te liquider », sous-entendant par là une menace d’élimination physique. En outre, les hommes cagoulés appellent les citoyens arméniens à ne pas voter en faveur de M. Pachinian lors des prochaines élections, ce qui laisse supposer que les résultats des élections législatives revêtent une importance particulière pour les auteurs de la vidéo.

Procédure pénale pour préparation d’assassinat 

Le Comité d’enquête a d’ores et déjà ouvert une procédure pénale. L’institution a indiqué avoir reçu un signalement de la police du ministère de l’Intérieur concernant la diffusion en direct, par des individus non identifiés, d’une vidéo contenant une menace réelle d’assassinat à l’encontre du Premier ministre, en raison de ses opinions et de ses activités politiques. Selon le communiqué, ces actes sont assortis de motivations relevant du hooliganisme, ainsi que de la haine et de l’intolérance. Une enquête préliminaire est en cours afin d’identifier les auteurs.

La réaction de Pachinian et ses accusations 

Le Premier ministre Nikol Pachinian a pointé du doigt les anciens présidents Serge Sarkissian et Robert Kotcharian, ainsi que les candidats Samuel Karapetian et Gaguik Tsaroukian, soulignant que la rhétorique des individus cagoulés est identique à celle de l’opposition.

Dans une vidéo intitulée « Message aux morveux cagoulés » publiée sur sa page Facebook, M. Pachinian a menacé d’« anéantir », de « mettre à genoux » et de « faire ramper » ses adversaires politiques. Il a demandé où étaient ces prétendus « durs à cuire » lors de la guerre de 44 jours en 2020, se disant convaincu qu’une fois les masques tombés, il s’avérera qu’ils ont fui le front. M. Pachinian a assuré que les forces de l’ordre les traqueront un par un et, « en leur faisant manger l’asphalte », les jetteront en prison.

La riposte de l’opposition : « Une mise en scène de Pachinian » 

L’opposition, pour sa part, soupçonne les cercles du pouvoir d’être à l’origine de cette vidéo. Les partis « Arménie prospère » et « Ailes de l’unité », en lice pour les législatives, ont fermement condamné tout appel à la violence. L’ancien Défenseur des droits de l’homme, Arman Tatoyan, a estimé qu’il pourrait s’agir d’une provocation orchestrée par le pouvoir afin de justifier la politique de ciblage des Artsakhiotes. Ishkhan Saghatelian, représentant de l’Alliance « Arménie », a affirmé que la vidéo avait été « mise en scène » par Pachinian lui-même dans le but de semer la peur et de justifier les arrestations arbitraires.

L’évaluation des experts 

Les experts arméniens estiment que la diffusion de cette vidéo vise à semer la panique et à attiser la haine envers les Artsakhiotes. Beaucoup n’excluent pas qu’elle ait été tournée hors d’Arménie, notamment en Russie. L’analyste politique Hovsep Khurshudian a appelé à la vigilance face aux tentatives des « marionnettes du Kremlin » de diviser les Arméniens. Le politologue Areg Kotchinian a souligné que cela ressemble fortement à une opération « sous fausse bannière » (false flag) visant à créer un sentiment d’insécurité, appelant la population à ne pas céder aux provocations.