Existe-t-il une « touche arménienne » particulière dans la mosaïque complexe du Moyen-Orient ?
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 13 juin 2026
Théophile III, le patriarche grec orthodoxe de Jérusalem, pourrait jouer un rôle de médiateur dans le règlement du conflit russo-ukrainien. Selon le quotidien israélien Yedioth Ahronoth, il aurait été sollicité dans cette perspective par le président américain Donald Trump. Pour mémoire, le patriarche Théophile s’était rendu aux États-Unis le 5 juin. Sa rencontre avec Donald Trump avait alors duré une quarantaine de minutes. Citant le site officiel du Patriarcat orthodoxe de Jérusalem, le journal russe Nezavisimaya Gazeta rapporte que Théophile III a rencontré le président américain pour discuter concrètement des questions relatives à la présence chrétienne en Terre sainte et, plus largement, au Moyen-Orient.
Le journal russe a insisté sur le fait que le patriarche Théophile est une « vieille connaissance » du président russe. En effet, Vladimir Poutine a reçu Théophile III à Sotchi en 2013, puis au Kremlin en 2019. Ils s’étaient ensuite rencontrés à Jérusalem en 2020, en présence du Premier ministre israélien Netanyahu.
On ignore pour l’instant quand Théophile III se rendra à Moscou. La situation est d’autant plus complexe que, depuis le début de la guerre contre l’Ukraine, l’Église orthodoxe russe a rompu ses liens avec le Patriarcat de Constantinople, ce dernier ayant reconnu l’autocéphalie de l’Église ukrainienne [1].
Le patriarche orthodoxe de Jérusalem, bien que responsable d’une Église autocéphale, reconnaît néanmoins la primauté du Patriarcat de Constantinople. Mais Théophile III reconnaît également l’autocéphalie de l’Église orthodoxe ukrainienne. Ceci contrevient à l’ecclésiologie de l’Église orthodoxe russe, selon laquelle l’Ukraine serait son territoire canonique.
La question de savoir si le patriarche Théophile se rendra à Moscou reste posée. Il est à noter qu’à l’issue de cette rencontre, le président américain Donald Trump semble avoir décidé une fois pour toutes de mettre fin à la guerre contre l’Iran. Cette décision a suscité, on le sait, un vif mécontentement en Israël. Le problème, d’après ce que l’on a pu comprendre, est plus profond et toucherait également au statut de Jérusalem.
La question de la présence chrétienne en Terre sainte et au Moyen-Orient en général est également importante pour l’Arménie.
Le Patriarcat arménien de Jérusalem est une institution emblématique de la présence chrétienne en Terre sainte. À ce titre, on peut légitimement se demander dans quelle mesure il sert les intérêts de l’État arménien.
Gideon Saar, le ministre israélien des Affaires étrangères, a récemment félicité le Premier ministre Nikol Pachinian à l’occasion des dernières élections législatives. Au regard de cette situation, on est en droit de se demander s’il existe une « touche arménienne » originale dans la complexité de la mosaïque moyen-orientale…
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[1] L’histoire de l’Église d’Ukraine est complexe et elle ne saurait être résumée en quelques lignes. Rappelons simplement que depuis le XVIIe siècle, l’Église d’Ukraine était rattachée à l’Église russe. Le 15 décembre 2018, en grande partie à l’instigation du président ukrainien de l’époque, un concile national est convoqué. La majorité des orthodoxes ukrainiens décide de quitter la juridiction de Moscou. Le 5 janvier 2019, le patriarche œcuménique Bartholomée Ier de Constantinople a accordé par un décret (tomos) son indépendance canonique à l’Église orthodoxe d’Ukraine. Cette décision a entraîné une rupture entre Constantinople, dont le siège patriarcal bénéficie d’une primauté d’honneur dans le monde orthodoxe, et le Patriarcat de Moscou, qui est, numériquement parlant, la plus importante des Églises orthodoxes. Toutes ces Églises orthodoxes sont considérées comme « autocéphales », c’est-à-dire indépendantes. Autocéphale, en grec « αυτοκέφαλος », peut se traduire par « être sa propre tête », son « propre chef ».
