Existe-t-il un « radicalisme islamique » en Russie ?

Prières de rue à Moscou

Prières de rue à Moscou

Vahram ATANESSIAN

« 1in.am », Erevan, le 15 juin 2026

En mai dernier, plusieurs personnalités religieuses musulmanes de différentes régions de Russie se sont retrouvées dans le collimateur des forces de l’ordre. Selon les médias, les soupçons les plus sérieux concernent les activités de Nidal El Hikha. Ce dernier est accusé d’entretenir des liens criminels avec l’organisation des Frères musulmans. La procédure pénale a été jointe à celle visant Mohammed Heni, un ancien dirigeant de la « Communauté musulmane du Nord-Ouest » de la Russie. D’après les informations disponibles, ils seraient accusés d’avoir « soutenu une organisation terroriste ».

Le chef spirituel des musulmans de Mourmansk [nord-ouest de la Russie], Jakhongir Sadirov, le président de l’Association des communautés musulmanes de Petrozavodsk et directeur du Centre culturel des peuples du Daghestan en Carélie, Ruslan Tarkhanov, et la personnalité islamique publique Ahmed Tanjiev ont été arrêtés pour les mêmes soupçons. L’un des suspects dans cette affaire, Bardvil, est Palestinien. La presse russe a appris que son oncle qui avait été tué par l’armée israélienne dans la bande de Gaza en mars de l’année dernière, était qualifié de « terroriste ». « Nezavisimaya Gazeta » a émis un avis très prudent, indiquant qu’en Russie, « certains sont enclins à lier les détenus à l’Administration spirituelle des musulmans de Russie ». Selon la même source, le tribunal du district de Tushino à Moscou « examine la procédure administrative engagée contre D.V. Mukhetdinov ». Il s’agirait de Damir Mukhetdinov, vice-président de l’Administration spirituelle des musulmans de Russie. Ce dernier avait déjà fait l’objet d’une amende administrative pour « propagande extrémiste ».

La presse turque a qualifié les arrestations de religieux islamiques en Russie de « persécution contre les musulmans ». Les médias russes ont répliqué en annonçant que 350 000 musulmans s’étaient rassemblés dans les mosquées de Moscou pour l’Aïd al-Adha[1], et 300 000 à Saint-Pétersbourg[2]. Nezavisimaya Gazeta a relevé un fait particulièrement frappant : récemment, lors d’un discours prononcé au Forum économique de Saint-Pétersbourg, le ministre saoudien de l’Énergie, Abdelaziz al-Saoud, a qualifié la Russie de « pays orthodoxe », ce à quoi le président russe Vladimir Poutine a répondu qu’environ 15 % de la population du pays était musulmane et « n’avait pas d’autre patrie »[que la Russie].

On imagine aisément l’écho international que pourrait avoir la question d’une prétendue « persécution des musulmans » en Russie, et pourquoi le président Poutine a jugé nécessaire de publier le nombre approximatif de la population musulmane et d’assurer qu’elle « n’avait pas d’autre patrie ». Mais, comme on dit, l’homme propose, Dieu dispose.

Rappelons-nous qu’Ibrahim Kalin, le directeur des services de renseignement turcs, alors qu’il était encore le principal conseiller d’Erdogan, avait menacé de « faire imploser la Russie de l’intérieur »…

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  1. « Aïd el-Kebir » dans les pays du Maghreb, « Kurban Bayram” en Turquie, la fête du “sacrifice” qui marque la fin du pèlerinage annuel de la Mecque.

  2. V. Poutine avait alors salué par un message la communauté musulmane de Russie https://muslim.ru/en/articles/138/46428/