Les Tchékistes désigneront le successeur de Poutine
Vahram ATANESSIAN
« 1in.am », Erevan, le 30 juin 2026
« Rossiyskaya Gazeta », le journal officiel du gouvernement russe, vient de publier un entretien avec Nikolaï Patrouchev, conseiller du président russe et conseiller de la construction navale. À cette occasion, Konstantin Remtchoukov, rédacteur en chef de « Nezavisimaya Gazeta », a publié un article de fond qui donne une idée assez précise des orientations actuelles de l’élite russe. Il suffit de dire que Remtchoukov qualifie Patrouchev de « représentant le plus influent de l’aile conservatrice » et cite abondamment les passages de son entretien consacrés à la Seconde Guerre mondiale et à l’Europe de l’Est durant la Guerre froide. À ce titre, Patrouchev a accusé les Français et les Britanniques, ainsi que l’ensemble des Européens, de « collaboration » avec le fascisme, et a qualifié les événements de Hongrie en 1956 et de Tchécoslovaquie en 1968 de « résurgence du national-socialisme », justifiant ainsi la répression brutale des soulèvements anticommunistes par les troupes soviétiques.
Deux points d’une importance capitale se dégagent de l’article de Remtchoukov. Contrairement à Patrouchev, il cite l’allocution radiodiffusée de Staline du 3 juillet 1941, dans laquelle ce dernier louait les mouvements antifascistes des peuples européens et considérait la guerre contre l’Allemagne comme un « objectif commun », celui de libérer l’Europe de la dictature hitlérienne. Le sous-entendu est clair. Remtchoukov souligne que même Staline ne s’était pas permis d’accuser les Européens de « collaboration », alors que Patrouchev, lui, l’a fait quatre-vingt-cinq ans plus tard.
La seconde observation, plus intéressante encore, concerne l’attentat terroriste d’octobre 2002 à Doubrovka, près de Moscou[1]. À ce sujet, Patrouchev a déclaré que le Service fédéral de sécurité [FSB]« était au summum de son efficacité, tandis que le ministère des Situations d’urgence se trouvait en état de sidération ». Selon les chiffres officiels, 130 citoyens avaient trouvé la mort lors de l’opération de libération des otages de la salle de spectacle. À l’époque, le ministère des Situations d’urgence était dirigé par Sergueï Choïgou, qui occupe actuellement le poste de secrétaire du Conseil de sécurité de Russie.
En d’autres termes, Patrouchev laisse entendre qu’il ne serait pas risqué de confier l’avenir de la Russie aux « Tchékistes », alors que cela le serait avec d’autres. « C’est pourquoi il convient d’aborder la vision du monde de Patrouchev avec responsabilité et en tenant compte des principes fondamentaux, afin que l’avenir, objet de tant de pronostics, ne nous prenne pas au dépourvu », résumait le rédacteur en chef de la « Nezavisimaya Gazeta ».
On peut en conclure que la question de l’avenir du pays, ou plutôt de l’avenir du pouvoir, fait l’objet de sérieuses discussions au Kremlin. Le cercle des « décideurs » demeure certes très restreint, limité aux figures passées et présentes du pouvoir, mais ce sont en fait les « Tchékistes » qui continuent de faire la pluie et le beau temps en Russie.
Il est fort probable que ce seront eux qui auront également à « désigner » le successeur de Poutine.
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Du 23 au 26 octobre 2002, au théâtre Doubrovka de Moscou, une cinquantaine de terroristes tchétchènes avaient retenu en otage 912 spectateurs lors d’un spectacle. Ils réclamaient le départ des troupes russes de Tchétchénie et la fin de la Seconde Guerre de Tchétchénie. ↑
