Le 350e anniversaire de la naissance de l’Abbé Mekhitar de Sébaste
La direction du Matenadaran d’Erevan a marqué l’ouverture du 3e Congrès international des études arméniennes, qui s’est tenu du 22 au 24 juillet de cette année, en célébrant le 350e anniversaire de la naissance de l’Abbé Mekhitar de Sébaste. À cette occasion, une exposition consacrée à la Congrégation mekhitariste avait également été organisée au sein du Matenadaran, en reconnaissance de l’événement majeur que représente la contribution fondatrice et visionnaire de l’Abbé Mekhitar et de la congrégation qu’il a créée dans le domaine des études arméniennes.
Le Congrès des études arméniennes est une organisation nouvellement fondée, qui vise à rassembler les universitaires, intellectuels, religieux et acteurs culturels du monde entier œuvrant dans le domaine des études arméniennes. Le 3e colloque de cette organisation, en mettant en lumière la contribution de l’Abbé Mekhitar et sa figure légendaire, rend hommage à ce religieux exceptionnel, lumineux, assoiffé de science et révolutionnaire, qui se trouve au fondement même de l’éveil de la conscience culturelle et nationale arménienne, à la source première des études arméniennes.
Au XVIIe siècle, une période difficile et sombre de l’histoire du peuple arménien, dépourvue de centres d’enseignement et de recherche autonomes et vivants, et soumise à la domination politique ottomane et perse, le moine Mekhitar erra de monastère en monastère pour assouvir son désir avide de savoir. Bien que membre de l’Église apostolique arménienne, il embrassa le catholicisme par amour de l’instruction, afin de fonder une nouvelle congrégation qui allait par la suite porter le nom de Congrégation mekhitariste. Il fut persécuté par les siens — les religieux et les fidèles de l’Église apostolique. Contraint de s’éloigner de ses compatriotes pour mieux les servir, il établit une nouvelle école de savoir et de lumière qui, durant trois siècles, ne cessa de produire d’illustres savants, écrivains, dirigeants, ainsi que toute une classe instruite. Il forma des éducateurs et fonda des écoles mekhitaristes dans divers pays et régions, où des générations furent élevées et formées.
Heureusement, sur ce chemin de la lumière, l’Abbé Mekhitar ne resta pas seul : d’autres figures dévouées comme lui empruntèrent la même voie à Madras, à Moscou, ou encore en Transcaucasie. En Europe apparurent des arménologues européens… Plus tard, de nouvelles écoles furent fondées, comme le séminaire Guévorkian à Etchmiadzine, l’École centrale Getronagan de Constantinople, ou encore l’école Nersissian de Tiflis… Malgré tout cela, la contribution des Mekhitaristes demeure unique par son ampleur et son rayonnement géographique.
À partir des années 1980, les Mekhitaristes connurent de nombreuses difficultés : diminution des vocations religieuses, fermeture de l’école Mourad-Raphaëlian de Venise, puis fermeture de l’école Samuel-Mourad en France. Le monastère mère de Saint-Lazare à Venise se retrouva confronté à une crise économique sans précédent. Des initiatives sont aujourd’hui prises pour orienter l’activité de la congrégation vers une nouvelle dynamique, afin de valoriser l’héritage culturel accumulé par cette dernière au fil des siècles et de le mettre au service des études arméniennes.
En cette période de bouleversements politiques mondiaux troublants, où le peuple arménien traverse lui aussi de profondes crises identitaires, notamment à la suite de la défaite de la guerre du Haut-Karabakh (Artsakh), l’Abbé Mekhitar demeure un phare de science, d’espoir et de foi. Le 3e Congrès international des études arméniennes fut l’occasion de revaloriser l’héritage de l’Abbé. Il est réjouissant et encourageant que le ministère de l’Éducation, le Matenadaran, le Saint-Siège d’Etchmiadzine, les centres du patrimoine culturel arménien de la diaspora, la Fondation Calouste Gulbenkian, ainsi que les chaires d’études arméniennes, aient pris part à cet hommage. Nous formons le vœu que la Congrégation puisse relever le défi de sa survie à l’époque moderne, afin qu’elle poursuive sa mission éducative et religieuse.
J. Tch.■
