L’absence remarquée de l’ambassadeur d’Arménie au dîner du CCAF
La principale nouveauté du dîner annuel 2026 du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) fut l’absence de l’ambassadeur d’Arménie. Pour la première fois depuis la pérennisation de cet événement, le représentant de la République d’Arménie était absent, et précisément au moment où le CCAF tente d’envoyer des signaux positifs à la communauté arméno-française en élargissant et améliorant sa représentativité, en introduisant l’élection au suffrage direct de représentants des Particuliers qui seront intégrés à l’administration du Bureau national du CCAF, obtenant 25 à 33% de ses sièges. Cependant, la modification statutaire visant l’ouverture à la communauté ne s’est apparemment pas accompagnée simultanément d’une ouverture vers l’État arménien. Et pourtant l’attente est grande de voir définir une ligne politique claire vis-à-vis de l’État et du gouvernement arméniens. Les deux coprésidents continuent d’agir en ignorant les mécontentements communautaires à l’intérieur et à l’extérieur du CCAF, la question de la représentativité de la communauté, qui exige d’éviter certaines prises de position politiques extrêmes, de faire preuve de réserve et de diplomatie envers la politique des autorités arméniennes, de ne pas adopter de positions partisanes ou arbitraires. Aussi opposées que soient les positions politiques, une structure pancommunautaire comme le CCAF doit préserver le dialogue, les ponts de coopération, car la diaspora à tous les niveaux a besoin du soutien de l’Arménie, tout comme l’Arménie a besoin de la diaspora.
La détérioration des relations CCAF-autorités arméniennes est directement préjudiciable avant tout au CCAF, car elle ouvre la porte à une division interne au sein de la communauté arméno-française. La situation n’est déjà pas brillante, puisque plus de 40% des organisations membres du CCAF semblent avoir renoncé à leur adhésion. Quant à l’Arménie, malgré l’hostilité des dirigeants du CCAF, elle entretient de bonnes relations avec les dirigeants politiques français de tout bord. Naturellement, la diaspora arménienne pourrait avoir un rôle plus influent et positif dans le renforcement du dialogue entre l’Arménie et la France. Et la réalité montre que le mécontentement au sein de la communauté arméno-française vis-à-vis de l’attitude des coprésidents est palpable. À l’occasion des élections, des appels
« à ne pas participer » au vote des représentants individuels ont été lancés sur les réseaux sociaux, des articles critiques sont parus sur l’inaction et les défaillances du CCAF. L’absence de l’ambassadeur d’Arménie est un signal d’alarme qu’il faut corriger très rapidement. Elle souligne une détérioration des relations.
Une semaine s’est déjà écoulée depuis le dîner du CCAF et il n’y a toujours eu aucune réaction, aucun communiqué officiel concernant l’absence de l’ambassadeur Arman Khatchatrian. Cette indifférence est peut-être le signal le plus alarmant. Hormis la réaction d’un ou deux intellectuels concernant ce phénomène, il règne un silence de pierre. Au contraire, le site du CCAF affiche une image déplacée d’autosatisfaction et de fierté. Si les autorités arméniennes ont opté pour cette démarche, c’est qu’elles veulent envoyer un signal signifiant que certaines lignes rouges ont été franchies. Et il est nécessaire de débattre publiquement de toutes ces questions qui ont rendu la rupture irréversible.
Les élections de l’Assemblée des Particuliers auront lieu les 6-8 février, il est souhaitable que les candidats abordent également cette question et expriment clairement leur position. Bien que la liste de François Devedjian et Aurélie Deyirmendjian ait déclaré pendant la campagne qu’ils respectent l’État arménien et les décisions du gouvernement élu par la libre volonté du peuple, ainsi que le fait de ne pas s’y immiscer. Cependant, dans ce cas, l’absence au dîner annuel du CCAF marque qu’une nouvelle ligne de rupture entre l’Arménie et la communauté arméno-française a été franchie, dont il est nécessaire de donner une évaluation politique.
J. Tch.■
