Le 13 janvier, sous la présidence de Sa Sainteté Karékine II, Patriarche Suprême et Catholicos de tous les Arméniens, s’est tenue au Saint-Siège d’Etchmiadzine une session du Conseil spirituel suprême. La réunion était présidée par l’archevêque Nathan Hovhannisian, président du Conseil monastique (1). La réunion s’est ouverte par la récitation du Notre Père, puis le Catholicos de tous les Arméniens a transmis sa bénédiction et ses vœux aux membres du Conseil spirituel suprême.
L’ordre du jour portait sur des questions administratives, canoniques et pastorales concernant la vie de l’Église.
Un rapport sur les relations entre l’Église et l’État et la situation actuelle a été présenté par le Dr Guévorg Danielian (2). Il y était souligné que les questions qui intéressent l’Église apostolique arménienne doivent être examinées au sein des instances compétentes, conformément à la procédure établie par l’Église, afin de proposer des solutions adaptées.
Il a été constaté que la thèse répandue des « tensions internes à l’Église » était artificielle et avait pour objectif de légitimer l’ingérence illégale des autorités dans les affaires internes de l’Église (3). Il a également été constaté que, depuis fin mai 2025, la campagne anti-Église lancée par les autorités a pris un caractère systématique, s’accompagnant d’actions anticonstitutionnelles, de poursuites pénales et de répressions contre le clergé (4).
Le Conseil spirituel suprême a exprimé sa reconnaissance aux fidèles qui ont manifesté leur soutien à l’Église arménienne, ainsi qu’aux organisations et aux individus qui, par des démarches légales, expriment leur position résolue en faveur des droits de l’Église.
Considérant comme infondée et inacceptable l’accusation d’implication de l’Église dans la politique, le Conseil spirituel suprême a rejeté les tentatives du pouvoir en place d’impliquer l’Église arménienne dans les processus politiques en élaborant des ordres du jour artificiels, ce qui crée de nouvelles divisions et antagonismes dans la vie nationale.
Le Conseil spirituel suprême a également exprimé sa préoccupation concernant la position clivante adoptée par les dix évêques (5), ainsi que les déclarations et accusations diffamatoires qu’ils ont formulées dans des discours publics contre le Saint-Siège et le Catholicos de tous les Arméniens. Les membres de la congrégation ont fermement condamné l’adhésion des évêques au « Programme de réforme de la Sainte Église apostolique arménienne », initié et ouvertement parrainé par le Premier ministre, ainsi que les pressions et menaces illégales exercées contre le clergé par les évêques des diocèses (6) avec la complicité des responsables des administrations locales, des forces de l’ordre et des forces de sécurité.
Le Conseil spirituel suprême a exhorté le clergé à ne pas céder aux contraintes illégales et, tout en restant fidèle à sa vocation, à ne se laisser guider que par les canons de l’Église arménienne.
Après avoir examiné les solutions possibles à la situation actuelle, il a été décidé d’organiser en février le synode des évêques et la retraite initialement prévus pour la fin de l’année 2025 et reportés (7).
La réunion s’est conclue par la prière au « Protecteur ».
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(1) Composé de 20 membres (17 religieux et trois laïcs), ce conseil est présidé par le catholicos et coprésidé par les deux patriarches de Jérusalem et de Constantinople. Lors de sa dernière session, 13 membres étaient présents. Trois d’entre eux, les archevêques Mikael Adjapahian, Bagrat Galstanian et Archak Khatchatrian, sont actuellement emprisonnés, et le catholicos a récemment modifié la composition du conseil en écartant trois des archevêques qui adhèrent au projet de réforme de l’Église. Étaient également absents l’archevêque Hovnan Derderian, primat du diocèse de la côte ouest des États-Unis, et l’archevêque Navassard Kdjoyan, primat du diocèse d’Erevan, tous deux membres du mouvement pour la rénovation de l’Église, ainsi que l’archevêque Khajak Barsamian, représentant du Saint-Siège d’Etchmiadzine auprès du Vatican. Si le patriarche Sahak II de Constantinople copréside régulièrement les séances du CSS, le patriarche Nurhan I de Jérusalem, quant à lui, brille par son absence depuis de nombreuses années.
(2) Ministre de la Justice de 2007 à 2010, durant les présidences de Robert Kotcharian et de Serge Sarkissian.
(3) Pour mémoire, c’est le catholicos Karékine II qui, le premier, a violé le principe de séparation de l’État et des organisations religieuses en réclamant à plusieurs reprises, en tant que « père » et non à titre privé, la démission du Premier ministre. Celui-ci avait effectivement démissionné et convoqué des élections législatives anticipées en 2021. Ces élections ont été remportées de manière indiscutable par son parti. Nikol Pachinian avait alors été nommé à nouveau Premier ministre. Les citoyens de la République d’Arménie avaient ainsi répondu par leur vote aux demandes répétées du catholicos.
(4) Deux des archevêques arrêtés sont accusés de tentative de renversement de l’ordre constitutionnel ; l’un d’entre eux a déjà été condamné à 3 ans d’emprisonnement, tandis que le procès de l’autre se poursuit.
(5) Il s’agit de ceux qui ont demandé le départ à la retraite du catholicos et lancé le mouvement de réforme de l’Église.
(6) L’évêque Guévorg Saroyan, l’un des 10 évêques appelant à la démission du catholicos et à la réforme de l’Église, avait été destitué de ses fonctions de primat du diocèse de Massyatsodn par le catholicos « pour avoir exercé des pressions sur des prêtres de son diocèse » afin de les obliger à le rejoindre au sein du mouvement des réformateurs. S’étant adressé à un tribunal civil, il a obtenu gain de cause et a été confirmé dans ses fonctions.
(7) La récente invitation adressée par le catholicos aux évêques indique que ce synode se réunira du 16 au 19 février dans la ville de St. Pölten, en Autriche. Cette décision du catholicos de délocaliser le synode vise sans doute à permettre une participation maximale des évêques de la diaspora, mais plus sûrement à permettre à l’archevêque Yezras — le primat du diocèse de Moscou et frère du catholicos, accusé d’être un agent de la Russie — d’être présent à la réunion. D’après des sources bien informées, le catholicos aurait également invité certaines « personnalités » laïques proches de lui, comme Berdj Sétrakian, ancien président mondial de l’UGAB.
