Soirée d’hommage en l’honneur de Mgr Norvan Zakarian
Mgr Élie Yéghiayan remet la médaille « Saint Nersès Chenorhali » à Mgr Norvan Zakarian
Soirée d’hommage, à Paris, en l’honneur de Mgr Norvan Zakarian, figure emblématique de la diaspora arménienne en France
Le samedi 21 mars, la salle paroissiale de la Cathédrale arménienne catholique Sainte-Croix de Paris a prêté son écrin à une vibrante soirée organisée par l’Association Sainte-Croix des Arméniens Catholiques de France pour célébrer le primat fondateur du diocèse arménien de France. Dans une salle comble, Son Excellence Monseigneur Elie Yéghiayan, évêque de l’Éparchie Sainte-Croix, de nombreux responsables associatifs ainsi qu’un public enthousiaste s’étaient rassemblés pour honorer ce serviteur dévoué de l’Église apostolique arménienne.
Tous étaient venus saluer un homme de foi, de conviction, de courage et de persévérance. Un pasteur qui, avec une profonde humilité, a inlassablement servi sa communauté, partageant ses peines comme ses joies. N’hésitant jamais à nager à contre-courant, il a fait de la préservation de la culture, de la langue maternelle et de l’éducation des jeunes générations les piliers d’une arménité pleinement vécue en diaspora. Premier primat du diocèse de France de l’Église apostolique arménienne, il n’avait d’ailleurs pas hésité à présenter sa démission lorsque les injonctions du Catholicos se heurtaient à ses convictions profondes et à sa vision de la gouvernance communautaire.
Après le mot de bienvenue prononcé par Hagop Talatinian, l’assistance a découvert le documentaire de Nariné Zakharian-Fauve, intitulé Une vie au service de l’Église et de la communauté arménienne, accueilli par une véritable ovation. À travers une riche mosaïque de témoignages émanant de personnalités et d’intellectuels, le film dessine le portrait d’un homme dont l’engagement a laissé une empreinte indélébile, bien au-delà de sa propre communauté, dans le paysage religieux et œcuménique français.
Le documentaire retrace les jalons d’une vie, et notamment ces expériences rares qui reconfigurent durablement une existence. Pour Monseigneur Zakarian, ce fut la rencontre d’Assise. Représentant l’Église apostolique arménienne lors de ce grand rassemblement interreligieux, siégeant aux côtés du pape Benoît XVI, il prit la parole devant des délégués venus du monde entier. Pourtant, comme il le confie lui-même, c’est dans le silence que la révélation a jailli. La méditation partagée avec des croyants d’horizons si divers a forgé en lui une certitude inébranlable : la paix est possible au-delà des mots. Une paix qui ne naît pas des déclarations solennelles, mais du recueillement commun. Il en est ressorti animé d’une espérance nouvelle et d’une volonté farouche d’œuvrer à la réconciliation des peuples.
L’émotion est montée d’un cran lorsque le très apprécié chanteur Vicken Tarpinian a été invité sur scène. Il a offert une interprétation surprise et bouleversante de sa propre composition sur le poème L’Église arménienne (Yegueghetsin Haygagan) de Vahan Tékéyan, suivie du célèbre titre Trtchei mdkov doun.

L’intellectuel et journaliste Tigrane Yégavian a ensuite pris la parole pour livrer une magistrale lecture de l’héritage spirituel et humain du prélat. Dans un éloge retentissant, il a mis en lumière l’âme de bâtisseur, le charisme de visionnaire et la figure de guide spirituel de Monseigneur Zakarian. Il a salué l’ecclésiastique qui a su adapter l’Institution aux défis de l’exil, sanctuarisant l’identité arménienne grâce à la défense farouche de la langue et à l’élaboration d’une théologie de la diaspora tout à fait singulière.
Lui succédant au pupitre, Monseigneur Elie Yéghiayan a tenu à exprimer la fierté de la communauté catholique d’accueillir ce grand hommage dédié à l’archevêque émérite. En signe de profonde gratitude pour sa mission pastorale et sa contribution inestimable au dialogue œcuménique, il lui a solennellement remis la médaille « Saint Nersès Chenorhali ».

Enfin, sous les applaudissements nourris de l’assemblée, Monseigneur Norvan a pris la parole pour livrer le fond de son cœur. Après avoir remercié les organisateurs, la réalisatrice Nariné Zakharian-Fauve et l’ensemble de l’auditoire pour cette immense vague d’affection, il a confié avec tendresse n’être point habitué aux célébrations, rappelant une enfance où l’on ne fêtait jamais les anniversaires.
« Ce que j’ai accompli n’est qu’une modeste obole déposée dans notre trésor spirituel et culturel », a-t-il affirmé avec humilité. « Je n’aurais rien pu faire sans ceux qui m’ont soutenu, et c’est à eux que je dédie cet hommage. Tout ce qui a été réalisé l’a été par la grâce et l’aide de Dieu. Je suis heureux de compter aujourd’hui parmi nous Krikor Beledian, Sahak Sukiasyan, ainsi que Tigrane Yégavian, que j’ai moi-même tenu sur les fonts baptismaux en tant que parrain. »
Évoquant son combat fondamental pour l’éducation, l’archevêque a martelé son credo : « Je suis convaincu que la pérennité de notre identité en diaspora passe par la renaissance de la langue arménienne. Je n’ai jamais accepté que la victime achève le travail que le bourreau a laissé inachevé. Parallèlement aux massacres physiques, c’est une civilisation millénaire qui a été anéantie, et la mise à mort de notre langue en fait partie. Quel homme serais-je si je me résignais à cela ? Le salut de notre survie réside dans notre langue, dans son usage quotidien et sa revitalisation. Prétendre que seule l’âme compte et que la langue est secondaire est une erreur tragique ; l’une est indissociable de l’autre. Sans la langue parlée, notre terreau n’est qu’un lopin de terre tout juste bon à faire pousser des tomates. L’ensemble de nos dirigeants doit prendre la mesure de cette urgence absolue. Nous devons opposer un refus catégorique à ce désastre. »
Il a ensuite partagé un souvenir intime et poignant lié à la fondation de l’école d’Alfortville : « Lorsque le comité de réalisation a été formé en 2009-2010, je n’aurais jamais pu me lancer dans une entreprise d’une telle envergure sans l’assentiment divin. Lors d’une prière d’introspection, j’ai confié ce projet à Dieu. La réponse céleste fut positive, mais sur le terrain, les choses traînaient et les rumeurs commençaient à enfler. Je suis retourné à la prière, assailli par le doute : “Seigneur, tu attends de moi que j’annonce l’Évangile en tant qu’ecclésiastique, et me voici absorbé par une entreprise terrestre, la construction d’une école pour la langue arménienne. Fais-je fausse route ? Si tel est le cas, donne-moi la force de renoncer.”» Il a poursuivi, l’œil brillant : « Vous peinerez à le croire, tant les voies de la vie spirituelle sont impénétrables, mais la réponse a fusé de là-haut : “N’oublie pas que l’ennemi a voulu effacer ta langue de la surface de la terre. Voudrais-tu perdre à la fois ta langue et la doctrine salvatrice, qui est une doctrine de
vie ? Tu veux ressusciter ta langue mourante ? Tu as ma pleine bénédiction, ne te décourage pas. Va de l’avant, le succès couronnera cette œuvre.”
J’ai même eu l’impression d’entendre : “Si tu abandonnes, je te tirerai les oreilles !” Nous avons ensuite traversé une période encore plus sombre, jusqu’à ce que, providentiellement, Monsieur Kevork Arabian se présente à nous et dénoue tous les obstacles. Nous nous sommes jetés à corps perdu dans ce projet. Aujourd’hui, grâce à Dieu, le deuxième bâtiment est achevé. Il ne reste plus que la dernière étape, celle de l’école maternelle, pour laquelle, je l’espère, le Ciel nous prêtera de nouveau main-forte. »
En guise de conclusion, Monseigneur Norvan a lancé un appel solennel à l’assemblée : « N’attendez pas que le salut de notre langue vienne des autres. C’est le devoir de chaque Arménien. Puisse Dieu nous accorder Sa miséricorde et sauver notre langue arménienne occidentale en péril, afin que revive à jamais notre merveilleuse langue d’or. »
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