Hommage et déni d’hommage
L’Association Sainte-Croix des Arméniens Catholiques de France a eu le courage d’organiser une soirée d’hommage dédiée au doyen des évêques du diocèse de l’Église apostolique arménienne de France. Naturellement, la première question qui vient à l’esprit du lecteur est de savoir pourquoi le conseil diocésain de l’Église apostolique arménienne, ou la paroisse de Paris, ou encore son primat, n’ont pas pris l’initiative d’une telle démarche — surtout si l’on considère que Mgr Norvan Zakarian a été le fondateur du diocèse de l’Église apostolique arménienne de France et son premier primat. Le fait est suffisamment scandaleux pour être relevé : pas un seul ecclésiastique du diocèse apostolique n’était présent à cette cérémonie.
Ce phénomène est un indicateur significatif de la crise que traverse l’Église apostolique arménienne. Pour comprendre la nature de la crise qui affecte les hauts dignitaires du Saint-Siège d’Etchmiadzine, il convient d’examiner de près le refus du diocèse arménien apostolique de France de rendre hommage à son ancien primat – lequel, bien que membre de la Confrérie du Saint-Siège, élevé au rang d’archevêque et ayant servi sous les catholicossats des Vénérables Vazgen 1er et Karékine 1er, ne bénéficie aujourd’hui d’aucune reconnaissance de la part du diocèse apostolique. Comment expliquer le déni de ses décennies de service ? C’est là un indicateur révélateur dont les racines remontent aux raisons qui ont poussé Mgr Norvan à démissionner de la primature du diocèse – et plus précisément au comportement irrespectueux du Catholicos Karékine II envers le primat de France, devant les membres du conseil diocésain. Ce comportement, resurgissant dans le débat public des décennies après sa démission, est d’ailleurs cité par le groupe des dix hauts ecclésiastiques réclamant la démission du Catholicos, en tant qu’exemple du traitement totalitaire qu’il inflige à l’égard des ecclésiastiques membres du Saint-Siège — recours à la contrainte et menaces, comportements qui vont à l’encontre de la doctrine de sollicitude paternelle et de l’amour chrétien.
Un comportement qui demeure en vigueur aujourd’hui, et qui interdit à la direction du diocèse arménien apostolique de France d’honorer l’un de ses dignes membres, ou même de participer à la cérémonie organisée en son honneur. Autrement comment expliquer ce refus ?
Et lorsque l’on considère, à l’occasion de cet hommage, le dévouement de Mgr Norvan à son activité ecclésiale, spirituelle, éducative et culturelle, le travail accompli tout au long de son ministère, et la sympathie populaire dont il jouit malgré sa mise à la retraite — sympathie qui ne fait qu’honorer l’Église apostolique arménienne —, il n’existe aucune raison valable pour que soit appliquée à son égard cette politique d’ostracisme.
Cette politique était d’ailleurs déjà manifeste lors du synode des évêques qui s’est tenu en Autriche le 19 février 2026, auquel Mgr Norvan Zakarian et quatre autres archevêques n’avaient pas été conviés.
J. Tch.■
