La campagne électorale s’intensifie dans un climat électrique

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Comme on pouvait s’y attendre, à l’approche des élections législatives du 7 juin en Arménie, la campagne électorale se déroule dans une atmosphère pour le moins houleuse. Sans surprise, le Premier ministre Nikol Pachinian oscille entre des bains de foule marqués par un enthousiasme chaleureux et de vives altercations avec certains citoyens. Le moindre de ces incidents est immédiatement érigé en « affaire » d’État par les candidats de l’opposition et la presse qui leur est acquise. Ainsi, lorsqu’un artisan fait savoir que la visite du chef du gouvernement dans son atelier est indésirable, la vidéo de la scène inonde instantanément les réseaux sociaux.

Autre exemple marquant : lors d’un déplacement de campagne dans le district d’Arabkir à Erevan, une femme a interpellé Nikol Pachinian en ces termes : « Vous avez volé ma patrie, anéanti toute une génération de jeunes, vous avez volé mon frère, ma joie. Vous avez tenté de nous mettre à genoux, mais nous n’avons pas plié… ».

Le climat s’est encore alourdi lorsque le Premier ministre a lancé cet avertissement retentissant : « Si vous êtes Rob [allusion à l’ancien président Robert Kotcharian, ndlr], je mettrai Rob à genoux, Rob ira en prison, je le détruirai. Celui de Kalouga [référence à l’homme d’affaires Samuel Karapetian, dont la fortune s’est bâtie dans cette région russe, ndlr] aussi, je le mettrai à genoux et je le détruirai, tout comme Serge [Sarkissian] et Gago [Gaguik Tsaroukian]. C’est Rob qui faisait tirer sur les citoyens arméniens, pas moi ! ».

Ces esclandres sont systématiquement suivis de rumeurs faisant état de « représailles » arbitraires infligées par le pouvoir : mises sous surveillance, arrestations ou, à tout le moins, licenciements. Dans le cas d’Arabkir, le journal Hraparak a révélé que la citoyenne en question était une employée de 20 ans de la polyclinique n°16 d’Erevan. Selon leurs informations, le directeur de l’établissement l’aurait appelée pour exiger sa démission, ce qu’elle aurait refusé. S’il est difficile de vérifier la part de vérité dans ces affirmations, il est manifeste qu’un climat préélectoral profondément délétère s’est installé dans le pays.

Si le camp de l’opposition fait l’objet de nombreuses allégations entraînant perquisitions et arrestations pour achat de votes et promesses frauduleuses, il dénonce en retour les pressions régulièrement exercées par l’appareil d’État. Les directions d’écoles sont notamment pointées du doigt pour contraindre leur personnel à assister aux rassemblements du « Contrat civil », le parti au pouvoir.

Tatoyan accuse Pachinian de propager un discours de haine

L’ancien Défenseur des droits de l’homme (Ombudsman) Arman Tatoyan a accusé le Premier ministre de se livrer à un discours de haine. Selon lui, le fait de « prendre pour cible les dissidents et les réfugiés de l’Artsakh » durant cette campagne démontre que les « cœurs » [symbole souvent utilisé par Pachinian] brandis par le chef du gouvernement sont factices.

« Dans les faits, ce pouvoir n’a rien à voir avec l’Europe. Les problèmes qui existaient par le passé sont toujours présents, mais sous une forme encore plus pervertie », a fustigé l’ancien Ombudsman.

Désormais engagé dans la course électorale, M. Tatoyan estime que la rhétorique de M. Pachinian a glissé de la promesse de paix vers la haine, ce dernier ayant pris conscience qu’il ne bénéficiait plus de la cote de popularité et du soutien massif qui étaient les siens lors des scrutins précédents.

Le bloc « Les ailes de l’Unité », dirigé par Arman Tatoyan, faisait étape à Etchmiadzine le 19 mai. Ses membres ont arpenté les rues de la ville pour échanger avec les habitants et leur présenter leur programme. L’un des badauds n’a d’ailleurs pas manqué de déplorer l’incapacité de l’opposition à faire front commun.

Tsaroukian riposte : « Il insulte parce qu’il n’a pas de programme, il trompe le peuple depuis 8 ans »

Lors d’une rencontre avec les électeurs à Sisian le 18 mai, le chef de file du parti Arménie Prospère (BHK), Gagik Tsaroukian, a répondu aux menaces et aux invectives lancées par Nikol Pachinian à l’encontre des leaders de l’opposition.

« Je réagirai comme je l’ai fait il y a deux jours, lorsque j’ai refusé de m’abaisser à son niveau et de perdre mon rang. S’il recourt à l’insulte, c’est avant tout parce qu’il n’a rien à dire, il est sans programme. Il ment au peuple depuis huit ans, depuis le premier jour. Moi aussi, il m’a trompé, et ce jusqu’à aujourd’hui. S’il avait un projet, il le présenterait sereinement à la population », a asséné le dirigeant du BHK.

M. Tsaroukian a par ailleurs confié être régulièrement interpellé par des partisans du Contrat Civil lors de ses déplacements : « Ils viennent me voir, et si leurs critiques sont pertinentes, je les accepte, il n’y a aucune honte à cela. Je ne me mets pas à hurler ou à perdre mes nerfs. C’est avec cette même attitude [agressive] qu’il a négocié tant avec nos alliés qu’avec nos ennemis, ce qui nous a conduits à la situation dramatique d’aujourd’hui : nous avons subi des pertes humaines, cédé des territoires, et nous continuons sur cette pente. Hier encore, il a annoncé que nous devions céder trois nouvelles régions, et la saignée va se poursuivre. Ce n’est pas cela, la paix. La paix advient lorsqu’il y a un document, une signature et des garanties fermes nous permettant de fermer définitivement la porte à la guerre. »

Et de conclure : « Il nous incombe désormais de tout faire, aux côtés de notre peuple, pour l’envoyer à la retraite après le 7 juin. Dans le cas contraire, laisser perdurer cette situation condamnera l’Arménie au même sort tragique qu’a connu l’Artsakh. »