
Chers frères serviteurs,
frères et sœurs en Christ,
croyants et fidèles du monde entier,
- Face aux réalités extrêmement préoccupantes qui se sont récemment révélées au sein de l’Église apostolique arménienne et qui se sont muées en une crise profonde,
- Guidés par notre conscience, fidèles aux vœux que nous avons faits devant le Seigneur Tout-Puissant et notre mère l’Église,
Au nom du Conseil de coordination, et compte tenu de notre responsabilité face à l’histoire et aux générations futures, nous sommes dans l’obligation de soulever une fois de plus la question qui mine notre Église et notre vie publique depuis longtemps et au sujet de laquelle les hiérarques du Saint-Siège ont tenté d’étouffer tout débat.
Tant que la personne qui occupe le siège des apôtres et de saint Grégoire l’Illuminateur n’aura pas honnêtement, consciencieusement et se repentant publiquement, de manière claire et exhaustive, répondu aux accusations les plus graves portées publiquement contre elle depuis des années, notamment :
- de gouvernance arbitraire et partiale,
- d’atteintes à l’héritage national et pan-chrétien (affaire de l’aliénation de la sainte Lance et d’autres reliques),
- de violations de la sainte tradition et mépris de l’histoire.
- d’activités antiétatiques et antinationales,
- d’interventions illégales sur le territoire canonique des diocèses, en contournant les autorités diocésaines, contrairement aux canons n° 15 et 16 du Premier Concile œcuménique de Nicée : soit la nomination de nouveaux membres du clergé originaires d’autres diocèses, ou du Saint-Siège, par une « décision patriarcale » ou le renvoi et la révocation des membres du clergé en poste dans le diocèse dans les mêmes conditions (1),
- l’interdiction du droit apostolique et traditionnel en matière d’ordination des prêtres et des diacres faite aux évêques (2), ainsi que de l’ordination des chantres, et enfin la suspension inique d’un primat, ou d’un vicaire épiscopal,
- les pressions exercées sur les archimandrites, les prêtres, ainsi que sur les diacres, qui souhaitent se joindre à l’initiative de réforme de l’Église.
NOUS DÉCLARONS
- Que vie de l’Église est gravement perturbée et se déroule de manière non naturelle et contraire aux canons.
- Que le Conseil de coordination de la réforme de la Sainte Église apostolique arménienne considère cette situation comme illégitime et inacceptable.
- Que les accusations et les actions entreprises contre le primat du diocèse de Massyatsotn, son éminence l’évêque Kévork Saroyan, annoncées le 10 janvier de cette année par la personne qui occupe le siège de patriarche de tous les Arméniens sont injustes et illégales.
Nous condamnerons également toute forme de provocation, de corruption et de pression morale ou psychologique exercée à l’encontre de divers membres du clergé. Autant de moyens qui constituent des instruments illégaux de gouvernance.
Nous condamnerons également toute organisation de désinformation et de campagnes diffamatoires à l’encontre des membres du clergé qui nous ont rejoints (3), l’encouragement et la coordination délibérée de telles actions par le Catholicossat et la Chancellerie par l’intermédiaire de divers médias comme de particuliers. De telles actions de la part d’une personne occupant la haute fonction de patriarche, portent gravement et irrémédiablement atteinte à l’unité interne de l’Église et à la confiance des fidèles.
Au regard de ces réalités, nous déclarons que tant que les questions évoquées ci-dessus n’auront pas reçu de réponse appropriée et acceptable pour l’ensemble de l’épiscopat, sans manipulations aussi inutiles que vaines, mais uniquement fondée sur les canons de l’Église, toute décision prise par la personne qui occupe le trône patriarcal, sera considérée comme illégitime par les fidèles de l’Église apostolique arménienne ainsi que toute décision, toute directive, toute lettre patriarcale, exhortation verbale, instruction donnée ou ordre émis et signé, ainsi que tout conseil, commission ou réunion organisée sous sa présidence et par toute décision d’un groupe particulier.
Nous réaffirmons une fois de plus que notre position ne résulte pas de conflits personnels, ni d’un simple moment d’émotion, mais qu’elle est due à notre amour désintéressé et à notre devoir envers la Sainte Église apostolique arménienne, l’État d’Arménie et le peuple des croyants.
Assurément, l’histoire jugera le prix de chacun de nos silences et de chacune de nos paroles. C’est pourquoi nous choisissons de parler et d’agir avec sincérité, par amour pour le Christ Jésus, notre Seigneur Tout-puissant, pour le Saint-Siège d’Etchmiadzine et au nom de l’avenir spirituel du peuple arménien.
« Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus Christ! » 1 Thessaloniciens 5:23
Erevan, le 10 janvier 2026
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(1) Dans les temps anciens, les prêtres étaient choisis parmi les fidèles des paroisses et étaient ordonnés pour elles. Depuis plusieurs années, les nominations des simples prêtres paroissiaux sont validés en personne par le Catholicos, ce qui, du point de vue canonique, constitue un empiètement sur les droits de l’évêque diocésain. Cette pratique contrevient également aux usages de l’Église arménienne en diaspora où les statuts diocésains et paroissiaux demeurent largement inspirés par la Constitution nationale des Arméniens de 1863. C’est le cas pour les diocèses de la juridiction du Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie et du Patriarcat de Constantinople et partiellement d’Etchmiadzine. Cette « Constitution » est éminemment plus conforme aux traditions et usages de l’Église arménienne que celle du « Bologénié », le règlement imposé à l’Église arménienne par l’Empire russe en 1836 et qui marque encore sa vie en Arménie et dans l’espace post-soviétique. Ce sont donc là en réalité deux visions et deux conceptions de l’Église qui s’opposent. L’une pyramidale, de type « monarchique », et l’autre « synodale », démocratique.
(2) D’après les canons de l’Église, chaque évêque a le pouvoir d’appeler et d’ordonner au sacerdoce ou au diaconat les hommes de son choix pour les communautés de son diocèse. Ce droit qui leur échoit en tant que successeurs des apôtres a été abrogé par le catholicos Karékine II.
(3) Des médias d’Arménie, principalement ceux liés à l’opposition au gouvernement, affirment que les évêques et les membres du clergé membres du Conseil de réforme de l’EAA auraient adhéré à ce mouvement sous la pression des autorités qui détiendraient des dossiers compromettants [en russe, kompromat] les concernant.
