Jan 18, 2026

Réforme de l’Église : une exigence impérative

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Archevêque Hovnan DERDERIAN (1)

« Car le zèle de ta maison m’a dévoré » (Psaume 68,10).

De nombreux croyants expriment leur légitime inquiétude face aux événements scandaleux qui perturbent la vie interne de l’Église apostolique arménienne.

Tout d’abord, par souci de justice, il convient de souligner que j’ai à maintes reprises interpelé nos fidèles en inscrivant les questions qui se posent aujourd’hui dans un cadre spirituel et moral plus large. Cependant, sans chercher à esquiver les interrogations de nos chers fidèles, je souhaite préciser les raisons de mon engagement dans le processus de réforme, et pourquoi je le fais maintenant.

La discipline au sein de l’Église et la Réforme sont à l’ordre du jour de l’Église depuis le Ve siècle. Divers conciles ont été convoqués et des décisions ont été prises concernant la discipline et les canons, la bonne conduite, la gouvernance de l’Église, le ministère pastoral, l’éducation spirituelle et la mission de l’Église.

Cependant, le programme de réformes, qui s’inscrit dans cette continuité historique, a pris un nouvel élan l’an dernier, au moment opportun, comme un cri de désespoir face à des injustices sans précédent et à un grave déclin moral.

J’ai rejoint  ce mouvement parce que :

1. Ignorant l’avis du comité qu’il avait lui-même créé et les conclusions des expertises, Sa sainteté le Catholicos  a étouffé un incident indécent impliquant l’archevêque Arshak.

2. Nous avons appris avec tristesse comment Sa Sainteté a forcé le frère d’un héros, martyr de la « Guerre des 44 jours », l’ancien hiéromoine Aghan, à participer avec sa mère alors endeuillée par la perte de son fils à une manifestation de l’opposition organisée contre les autorités.

3. Sa Sainteté le Patriarche n’a d’aucune manière répondu à l’accusation publique selon laquelle il aurait enfreint le vœu du célibat et aurait eu un enfant.

4. Sa Sainteté est restée silencieuse lorsque le Service de la Sécurité Nationale a publié des preuves selon lesquelles son frère, l’archevêque Ezras, était un agent de l’étranger.

5. Le Saint-Siège, en la personne de Sa Sainteté le Patriarche, persiste dans sa gouvernance opaque et irresponsable, sans fournir aucun rapport, que ce soit concernant la restauration de la Cathédrale d’Etchmiadzine, l’aide aux Arméniens de l’Artsakh, l’aide au clergé nécessiteux ou d’autres programmes éducatifs et caritatifs.

6. En tant que président du comité de réforme statutaire établi par le Saint-Siège, j’ai  travaillé pendant des années avec les responsables des diocèses et les évêques et coordonné l’élaboration des statuts de l’Église [Constitution canonique]. Ces projets de réglementation sont restés à l’état de projet, l’Assemblée nationale-ecclésiastique n’ayant pas été convoquée pour les ratifier.

7. En l’absence de statuts, Sa Sainteté le Patriarche a privilégié un mode de gouvernement de l’Église dirigé par un seul homme, prenant des décisions arbitraires et créant des comités formels subordonnés à sa personne. De plus, Sa Sainteté le Patriarche viole le droit apostolique d’un évêque d’ordonner des prêtres, ce qui constitue un grave problème théologique et ecclésial.

8. Sa Sainteté le Patriarche a politisé l’Église, s’opposant au programme pour la paix adopté par l’État.

9. Comme beaucoup l’affirment, sur ordre de Sa Sainteté, le Saint-Siège mène en sous-main une campagne médiatique contre tous ceux qui le critiquent et en diffamant les autorités.

10. L’action à courte vue de ces dernières années a non seulement affaibli le Saint-Siège, mais a aussi discrédité l’Église apostolique arménienne. Elle s’est éloignée du peuple, le livrant ainsi aux sectes.

11. Enfin, les positions d’hostilité et la confrontation envers l’Etat du Saint-Siège, et à titre personnel de Sa Sainteté, sont pour moi inacceptables.

Ce sont là les principales raisons qui m’ont poussé à rejoindre le programme de réforme de l’Église apostolique arménienne, en tant que fils fidèle et pieux du Saint-Siège, par amour pour Etchmiadzine et au nom de la construction de notre État.

Nombreux sont ceux qui, encouragés par divers partis politiques, ciblent et accusent les partisans de la réforme de l’Église apostolique arménienne. On trouve sur cette « scène » des « radicaux » qui se sont soudainement convertis au christianisme et se déclarent « croyants », dont l’extrémisme n’est pas le fruit de l’amour et de la fidélité envers l’Église, mais d’un esprit haineux d’affrontement.

Aux adeptes des théories du complot, et en particulier à ceux qui  dénoncent un soutien politique [des autorités] à ce mouvement de réforme de l’Église, nous devons rappeler une fois de plus que cette idée n’émane pas des autorités politiques.

Dieu dit par la bouche du prophète : « Changez votre conduite et faites le bien, et je demeurerai avec vous. Ne vous fiez pas à ces paroles mensongères qui disent : ceci est le temple du Seigneur »  ( Jérémie 7:3-4).

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(1)  Ordonné prêtre en 1980 et évêque en 1990, Mgr. Derderian a été élu primat du diocèse de la Côte Est des États-Unis en 2003. Réélu sans discontinuer depuis cette date jusqu’à ce jour, il est l’un des plus anciens membres du Conseil Spirituel Suprême. A ce titre, il a été l’un des collaborateurs les plus proches du catholicos Karékine II, en particulier par ses fonctions de président de la commission d’Etchmiadzine pour la commémoration du 100e anniversaire du Génocide et de la mission pour la levée de fonds pour la restauration de la cathédrale d’Etchmiadzine. Après la défaite de 2020, il s’est impliqué dans l’aide aux victimes et en particulier aux réfugiés d’Artsakh. Il est à la tête de l’un des plus importants diocèses de la diaspora qui regroupe les états de Washington, du Montana, de l’Oregon, d’Idaho, du Wyoming, de California, du Nevada, d’Utah, du Colorado, d’Arizona, du Nouveau Mexique, de Hawaii, d’Alaska et du Mexique voisin. Mgr. Hovnan est l’auteur de plusieurs dizaines d’articles et ouvrages.

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