Une conférence à Paris, une autre à Los Angeles

Editorial

Deux conférences aux orientations opposées, toutes deux organisées par la FRA (Fédération Révolutionnaire Arménienne / Dachnaktsoutioun) : la première à Los Angeles du 13 au 15 mars, la seconde à Paris les 11 et 12 avril. Toutes deux visent à mobiliser la diaspora, mais poursuivent des objectifs différents, séparés de 180 degrés. Bien qu’opposées, les deux conférences étaient fermées au public — et même, dans le cas de Paris, à la presse indépendante.

L’objectif de celle de Los Angeles avait été clairement précisé dans le communiqué d’ouverture : « À la mi-mars, la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) tiendra à Los Angeles une conférence consacrée à l’agenda de la diaspora. Il s’agit d’une conférence interne de travail destinée aux membres de la région ouest-américaine du FRA, afin d’examiner en profondeur la situation actuelle de la diaspora et les orientations de son avenir. Des spécialistes compétents et des militants communautaires expérimentés seront également invités afin d’enrichir la profondeur et le contenu des débats. » L’idée de tenir une « conférence interne de travail » destinée aux membres du parti est une démarche respectable et appréciable.

Quant au discours de la conférence de Paris, il demeurait fidèle aux formulations politiques de l’opposition parlementaire radicale arménienne « Hayastan », avec pour objectif de fixer dans la diaspora la ligne politique radical défini en Arménie. Elle visait à enrôler la diaspora dans la ronde électorale arménienne. Le communiqué diffusé à cette occasion indiquait : « Depuis 2018, le renoncement des autorités de la République d’Arménie aux intérêts nationaux arméniens — le dossier du génocide arménien et celui de l’Artsakh (dont la conséquence est le dépeuplement forcé de l’Artsakh) —, ainsi que les menaces contre l’identité arménienne et les attaques contre les institutions nationales, ont créé une situation de crise sans précédent pour l’ensemble du monde arménien. » Le discours est le même, toujours dans les mêmes eaux : slogans sur les « attaques contre l’identité arménienne et contre les institutions nationales ». Or la diaspora n’est pas une : il existe des diasporas, des identités — de quelles identités parle-t-on au juste ? Les institutions communautaires diffèrent d’un pays à l’autre — celles de Turquie, du Liban et de France ne sont pas les mêmes. Et ce sans même aborder les orientations politiques du parti des trente dernières années, une stratégie centrée sur l’Arménie qui a complètement ignoré la diaspora. En un mot, il s’agit tout simplement d’un appel à la mobilisation de la diaspora en faveur de l’Alliance « Hayastan ». Le communiqué de la conférence de Paris est sans ambiguïté à ce sujet : « L’objectif de la conférence à venir est de débattre collectivement de la situation, de mobiliser la diaspora en formant une position unifiée et ciblée… » Aucune piste de réflexion pour un renouveau de la diaspora, aucune remise en question du passé, aucune autocritique, aucune analyse sérieuse de la situation — alors même que la conjoncture géopolitique a changé : le Moyen-Orient est en état de délabrement, feux et explosions de toutes parts, et les Arméniens de la région y sont en détresse. Ignorant cette réalité, on réclame la solidarité de la diaspora pour remporter des élections en Arménie, sans un seul regard porté sur les besoins de la diaspora arménienne du Moyen-Orient.

Depuis l’indépendance, la communauté arménienne de France a enregistré une forte croissance démographique, mais ses institutions sont restées pratiquement les mêmes en nombre, sans qu’aucune amélioration qualitative soit observée. Les capacités de la diaspora — humaines et matérielles — étaient dirigées vers l’Arménie. Il est certes bienvenu de tenir aujourd’hui une conférence au sein de la diaspora, mais pour les organisateurs parisiens, l’objectif premier n’est pas de renforcer celle-ci : c’est de faire campagne électorale partisane.

J. Tch.