Le scénario du pire

Editorial

Le 7 avril, le président Trump a fait une déclaration incendiaire au sujet de l’Iran : « Toute une civilisation sera anéantie ce soir. » Ces mots ouvrent la voie à l’embrasement du Proche et du Moyen-Orient, sont susceptibles de déclencher une guerre atomique et de plonger le monde dans l’abîme. Au Congrès américain, les parlementaires démocrates ont appelé à enclencher la procédure de destitution de Donald Trump, le déclarant mentalement inapte à diriger le pays.

Entre-temps, la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran est entrée dans son 40e jour — alors que l’offensive ne devait initialement durer que deux à trois semaines. Le président Trump n’a fixé aucun objectif clair à ce conflit et présente, jour après jour, de nouveaux délais et de nouvelles exigences.

L’Iran résiste et inflige de douloureux coups aux intérêts israéliens et américains : directement contre leurs forces navales et leurs bases militaires dans les pays du Golfe, et indirectement contre les intérêts des entreprises américaines dans les États alliés de Washington. Enfin, Téhéran contrôle le détroit d’Ormuz, position géopolitique extrêmement sensible dans le golfe Persique. Le pays a mis à exécution la menace qu’il avait maintes fois brandie, ce qui n’a pas tardé à faire flamber le prix des carburants sur le marché pétrolier international.

Le président américain s’est engagé sur la sombre voie de l’anéantissement de l’Iran. Après avoir frappé les installations nucléaires, il prend désormais pour cible les infrastructures civiles iraniennes et détruit la richesse économique du pays — ce qui, étant formellement interdit par le droit international, relève du crime de guerre. Une stratégie inhumaine et diabolique qui rend le quotidien du peuple iranien insupportable.

Le pire scénario serait la chute du régime iranien, qui plongerait la région dans un chaos dont aucun pays ni aucun peuple ne sortirait indemne. Les seuls gagnants seraient Benyamin Netanyahou et les forces au pouvoir en Israël.

Dans ces conditions infernales, l’Arménie continue de surmonter les séquelles de la guerre de 2020, afin de retrouver sa stabilité et sa prospérité. Elle se prépare aux élections du 7 juin, cherche à consolider le processus de paix, à développer son économie et à mener une politique étrangère équilibrée dans le but de s’affranchir de sa dépendance totale envers la Russie — et ce, malgré les guerres qui font rage au Moyen-Orient et en Europe de l’Est.

Les conflits qui se déroulent aux abords du Caucase auront de lourdes répercussions sur la situation politique intérieure arménienne si l’équilibre actuel des forces venait à être fortement ébranlé en faveur de l’une ou l’autre des parties, l’Iran ou les États-Unis. Une victoire de l’Iran signifierait un recul de l’influence américaine, ce qui remettrait en question la construction de la voie dite trumpienne. En cas de défaite de l’Iran, la déstabilisation de ce pays rendrait la frontière arménienne plus vulnérable et renforcerait l’influence de l’axe russo-azéro-turc.

L’instabilité de l’Iran aurait des conséquences économiques alarmantes, car c’est par ce pays que l’Arménie entretient ses relations commerciales avec l’Inde, la Chine et d’autres pays du Sud. La flambée des prix du pétrole brut et des produits pétroliers a déjà un impact pesant. Par ailleurs, un afflux de réfugiés en provenance d’Iran pourrait également se déclencher.

Le mois prochain, en mai, le sommet de la Communauté politique européenne doit se tenir à Erevan. Si la guerre se poursuit et que les conditions de sécurité ne le permettent pas, cette réunion pourrait être annulée. En tout état de cause, cette guerre changera définitivement le visage du monde tel que nous le connaissions.

J. Tch.