À l’occasion de l’inauguration de la nouvelle ambassade d’Arménie
Le 28 avril, dans le 16e arrondissement de Paris, a eu lieu l’inauguration de la nouvelle ambassade d’Arménie en France, en présence des ministres des Affaires étrangères français et arménien, Jean-Noël Barrot et Ararat Mirzoyan. Il est réjouissant de constater que la République d’Arménie, 35 ans après son indépendance, a pu acquérir ce nouveau bâtiment diplomatique avec ses propres ressources financières et en assurer les travaux d’aménagement par ses propres moyens.
Depuis l’indépendance, l’ambassade d’Arménie en France a accompli un travail diplomatique considérable pour développer les relations franco-arméniennes, qui devraient aboutir, dans le cadre de la visite du président Macron en Arménie le 5 mai, à la signature d’une alliance stratégique entre les deux pays.
Les relations franco-arméniennes ont également des répercussions positives sur les relations diplomatiques entre l’Europe et l’Arménie, renforçant ainsi la sécurité, les structures démocratiques et le développement économique de l’Arménie dans la région instable du Caucase du Sud.
Autant les relations diplomatiques franco-arméniennes se développent favorablement, autant les relations entre l’Arménie et la diaspora arménienne de France traversent des moments difficiles. Compte tenu de la diversité et du manque d’organisation de la diaspora, on ne peut naturellement pas s’attendre à ce qu’elle soutienne positivement l’État et le gouvernement arméniens. La diaspora a par ailleurs du mal à se soutenir elle-même. Il serait néanmoins souhaitable que ses organes représentatifs communautaires, tels que le CCAF et l’Église apostolique arménienne, adoptent à l’égard de la République d’Arménie une position de neutralité bienveillante, en respectant les décisions gouvernementales des dirigeants portés au pouvoir par un choix démocratique.
Malheureusement, la réalité est tout autre. L’inauguration de la nouvelle ambassade d’Arménie a fourni au CCAF l’occasion de publier un communiqué exprimant sa désapprobation de ne pas avoir été officiellement invité à la cérémonie d’inauguration.
Compte tenu des relations intolérantes et humiliantes entretenues ces dernières années par les coprésidents du CCAF envers le Premier ministre arménien et son Commissaire à la diaspora — notamment la suppression de l’invitation du Commissaire au dîner annuel du CCAF, ou encore le jet d’œufs et d’autres objets sur le convoi du Premier ministre par des membres du « Nor Serount » de la FRA —, il n’est pas surprenant que le ministère arménien des Affaires étrangères n’ait pas invité les coprésidents à cette cérémonie. Cela est en effet regrettable, mais compréhensible.
Le même communiqué mentionne également le cas du primat de l’Église apostolique arménienne, qui, lui aussi, n’aurait pas été invité. Il serait préférable que l’Église exprime elle-même son mécontentement, d’autant que lorsque le diocèse apostolique arménien de France organise des manifestations politiques en France contre la politique du gouvernement arménien, il ne juge nullement nécessaire de recourir à l’intercession des coprésidents du CCAF.
Le communiqué du CCAF révèle également une confusion troublante quant à la nature représentative de l’ambassade d’Arménie. Il écrit : « L’ambassade représente l’État arménien et, au-delà, le peuple arménien dans sa totalité et sa diversité. » Formulation étrange de la part d’une organisation qui prétend représenter les Arméniens de France, alors que d’un côté elle déclare que l’ambassade représente le peuple arménien dans sa totalité, et que de l’autre elle refuse l’accès à son dîner annuel aux représentants de l’État arménien, le véritable maître de ladite ambassade. En tout état de cause, il convient de préciser que l’ambassade ne représente que la République d’Arménie et les citoyens arméniens et n’a aucune compétence légale pour représenter les citoyens arméniens de France.
Il serait bien entendu souhaitable que le CCAF, en tant qu’organisation communautaire des Arméniens de France, définisse une feuille de route pour ses relations avec l’Arménie, afin de développer des rapports sains avec le gouvernement et l’État arméniens, sans être soumis aux directives imposées par d’autres centres de décision.
J. Tch.■
