L’Arménie sous les assauts des acteurs internationaux
L’Arménie est soumise à l’influence de deux puissants courants géopolitiques antagonistes à l’approche des élections du 7 juin. D’un côté, la Russie, dont la direction politique publie quasi quotidiennement des déclarations pour avertir le gouvernement arménien, et surtout l’électorat, que la perspective d’adhésion à l’Union européenne est inacceptable et incompatible avec la coopération au sein de la CEI, de l’UEEA et de l’OTSC. L’une des formulations les plus frappantes est celle du vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Galouzine : « L’Arménie ne peut pas être à la fois dans l’Union économique eurasiatique et dans l’Union européenne — comme on dit, danser à deux noces à la fois sera impossible pour l’Arménie. »
Au-delà des déclarations, les faits suivent : au poste frontière russo-géorgien de Lars, l’accumulation de camions arméniens ne cesse de croître, tout comme l’incertitude des transporteurs. Un chauffeur transportant 19 tonnes de poivrons témoigne de son inquiétude : les légumes ne peuvent pas tenir longtemps dans ces conditions. Des chauffeurs transportant des fruits et légumes arméniens se sont par ailleurs vu avertir par les Russes : « Vous devez rentrer en Arménie. »
De l’autre côté, l’Union européenne et les États-Unis multiplient les offres pour séduire l’Arménie et développer avec elle des relations stratégiques et économiques. La dernière manifestation en date a été la visite surprise et très brève du secrétaire d’État américain Marco Rubio à Erevan, le mardi 27 mai, où, en l’espace d’une heure à l’aéroport de Zvartnots, il a paraphé avec le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan l’accord-cadre de coopération stratégique relatif au projet TRIPP (« La voie de Trump pour la paix et la prospérité internationales »), et signé également la Charte de partenariat stratégique global entre l’Arménie et les États-Unis, ainsi qu’un mémorandum-cadre sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement dans le secteur de l’extraction et du traitement des minerais critiques et des terres rares.
À noter également la création de la rédaction arménienne de RFI, entrée en activité le 25 mai. Composée de huit journalistes, elle fonctionnera en mode entièrement numérique et ciblera principalement la jeunesse. Son objectif principal est de couvrir les élections législatives et de contrer la propagande russe. La rédaction affirme : « L’un des thèmes majeurs de cette campagne électorale est la possibilité d’un rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne, à laquelle la Russie s’oppose catégoriquement.»
Face à la menace d’une utilisation de leviers économiques par la Russie, la mise en service d’une ligne ferroviaire commerciale avec la Turquie et l’Azerbaïdjan ouvre à l’Arménie de nouvelles perspectives d’intégration et de développement économique régional, et renforce sa souveraineté en réduisant sa dépendance au marché russe.
Sachant que le réseau ferroviaire arménien est sous gestion russe, ce point constitue un autre motif de désaccord majeur entre Erevan et Moscou. L’Arménie accuse la partie russe de ne pas effectuer les travaux d’infrastructure nécessaires, et presse le pas — envisageant même de confier la gestion du réseau à un autre pays. Comme le souligne le secrétaire du Conseil de sécurité national, Armen Grigorian : « La question de la cession en concession du chemin de fer arménien à un autre pays reste à l’ordre du jour. »
Dans ce tableau, la seule inconnue qui demeure est celle des relations arméno-iraniennes, qui ne se clarifieront qu’à l’issue du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
J. Tch. ■
