Pas de russophobie d’État en Arménie

A.1088542.jpg.webp

Il y a quelques jours, visiblement courroucé par le sommet européen et la visite d’Etat du président Macron en Arménie, Dimitri Medvedev, ancien Président et Premier ministre russe, actuellement Vice-président du conseil de sécurité de la Fédération de Russie, avait en particulier vivement réagi sur sa chaîne « Télégram » à la rencontre entre le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Avec le subtilité qui le caractérise, surtout lorsqu’il n’est pas à jeun, il les avait alors qualifié de « russophobes décérébrés ». Le politologue Vahram Atanessian réagit indirectement à son propos dans cette tribune que nous publions.

L’Arménie, et plus particulièrement le peuple arménien, n’ont jamais été, et ne sont pas russophobes. Personne n’est opposé à des relations amicales et à une coopération mutuellement avantageuse avec la Russie. La question est simplement de savoir pourquoi, entre 1994 et 2018, la Russie n’a pas contribué à :

– renforcer l’armée arménienne,

– développer l’économie,

– parvenir à un règlement pacifique et négocié du conflit du Haut-Karabakh.

Ceux qui prétendent le contraire se voilent la face. Il suffit de rappeler que Moscou a répondu avec cynisme à la légitime perplexité des autorités arméniennes face à la vente d’armes à l’Azerbaïdjan pour des milliards de dollars en affirmant que : « c’était tout simplement les affaires».

Les ventes d’armes sont généralement considérées comme le principal indicateur de confiance dans les relations entre États. Les États-Unis vendent, ou fournissent, par exemple, des avions de chasse F-35 à Israël, mais pas à la Turquie. Concernant le Haut-Karabakh, aux termes de la Déclaration de Bakou de 2021, la Russie et l’Azerbaïdjan se sont engagés à ne pas soutenir les « mouvements séparatistes illégaux » chez l’autre. De ce fait, la Russie reconnaissait le Haut-Karabakh comme une « formation séparatiste illégale » sur le territoire azerbaïdjanais[1].

Bien évidemment, la France et les États-Unis reconnaissaient également le Haut-Karabakh comme partie intégrante de l’Azerbaïdjan, mais ils n’étaient pas, à la différence de la Russie, des alliés « stratégiques » de l’Arménie. Il convient donc de mettre fin à cette propagande infantille autour de la prétendue « fraternité séculaire arméno-russe» et de plutôt s’attacher à établir des relations interétatiques pragmatiques et mutuellement avantageuses entre l’Arménie et la Russie.

Il suffit de menacer sans cesse l’Arménie et ses citoyens du slogan « La Russie nous punira ».

En réalité, la Russie n’est pas aussi « barbare » que le prétend l’opposition arménienne, et celle-ci lui cause donc bien plus de tort que n’importe quel « russophobe décérébré ».

_______

  1. Ce qui n’est pas le cas pour l’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, deux régions sécessionnistes de Géorgie, soutenues par Moscou et dont les « présidents » étaient invités le 9 mai à Moscou par Vladimir Poutine.