Les Kurdes de Géorgie se convertissent au christianisme, les Arméniens à l’orthodoxie chalcédonienne ?

cathédrale de Tiflis

Cathédrale de Tiflis

Vahram ATANESSIAN

« 1in.am », Erevan, le 26 juin 2026

Selon le recensement de 2024, le nombre de citoyens géorgiens d’origine arménienne s’élèverait à un peu plus de 169 000 personnes[1], mais 101 000 d’entre elles se seraient déclarées fidèles de l’Église apostolique arménienne. À quelles confessions appartiennent les 68 000 Arméniens restants ? Les statistiques officielles ne fournissent aucune donnée à ce sujet[2]. Par ailleurs, environ 140 000 citoyens géorgiens d’origine arménienne considèreraient l’arménien comme leur langue maternelle.

Le 21 juin, en la cathédrale de la Sainte-Trinité de Tbilissi, le patriarche-catholicos de toute la Géorgie, Chio III, a béni la communauté kurde yézidie[3] rattachée à l’Église orthodoxe de Géorgie. Ce même jour, il a rencontré le représentant des Kurdes et des Yézidis convertis au christianisme[4]. Ce dernier a récité une prière de Jean Chrysostome en kurmandji[5] en la cathédrale de la Sainte-Trinité.

Les Kurdes sont traditionnellement adeptes de l’islam sunnite et les Yézidis ont leur propre religion, mais le père Matta a annoncé que « le kurmandji deviendrait la deuxième langue officielle de l’Église orthodoxe, aux côtés du géorgien ancien[6] ». Cette information a été reprise par le journal « Nezavissimaïa Gazeta ». Ce média russe considère comme « atypique » cette « christianisation » des Kurdes et des Yézidis, alors que l’Église orthodoxe « n’autoriserait une liturgie arménienne qu’avec réticence, y compris pour les Arméniens orthodoxes locaux ». Il en ressort donc qu’une partie des citoyens géorgiens d’origine arménienne ne relèverait d’ores et déjà plus de l’Église apostolique arménienne, mais de l’Église orthodoxe. On peut aussi en conclure qu’ils n’auraient pas opté pour l’orthodoxie récemment. Si l’Église orthodoxe « convertit » les Kurdes au christianisme, on peut donc aussi imaginer que le prosélytisme de cette Église concerne également des Arméniens qui seraient devenus orthodoxes chalcédoniens.

L’Église orthodoxe a perdu les territoires canoniques de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud[7]. Dans ce contexte, la volonté d’étendre son influence sur les Arméniens chrétiens pourrait bien devenir une priorité pour le Patriarcat de Géorgie.


On le sait, les relations entre Églises sont parfois plus complexes que les relations entre États. Cela ne signifie pas pour autant que le Saint-Siège d’Etchmiadzine et le diocèse arménien de Géorgie doivent aujourd’hui se croiser les bras.

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  1. Contre 437 211 (8,1 % de la population totale) au recensement de 1989, 3 ans avant l’indépendance du pays.

  2. Le pays compterait 4 000 Arméniens catholiques vivant dans une trentaine de localités, en particulier dans la région du Djavakhk.

  3. Au recensement de 2024, le pays comptait 11 324 Yézidis. Les kurdes qui étaient au nombre de 1596 au recensement de 2014 semblent avoir tous quitté le pays. Ils n’apparaissent plus dans les statistiques géorgiennes en tant qu’ethnie distincte des Yézidis.

  4. Ce rassemblement a regroupé des Kurdes convertis également venus de Russie et d’autres pays de la région.


  5. Le Kurmandji est la langue des régions de peuplement kurde de Turquie et de Syrie. Il est aussi parlé dans le nord-ouest du Kurdistan irakien et dans le nord du Kurdistan iranien. Le Kurmandji est la langue des groupes de Kurdes installés hors du Kurdistan, en Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, à Ourmia et dans le Khorassan en Iran, au Turkménistan et au Liban.

  6. Le « vieux géorgien », ou « géorgien ancien »  (Enay kartuli)

  7. L’Ossétie du sud vient d’être annexée par la Russie sous couvert d’une « réunification » avec l’Ossétie du Nord (russe) et le statut de l’Abkhazie demeure incertain.