Zareh Sinanian : « Nous ne parvenons pas à établir le contact avec nos compatriotes en Iran »

Alors que la République islamique traverse une crise majeure déclenchée fin décembre 2025 par l’effondrement du rial et l’hyperinflation, le pouvoir tente d’afficher une image de fermeté et de maîtrise. Ce 12 janvier, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a officiellement déclaré que la situation était désormais « totalement sous contrôle », tentant ainsi de clore le chapitre des troubles qui secouent le pays.

Deuil national et mobilisation 

Pour reprendre la main face à une contestation devenue ouvertement politique, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national. Le narratif officiel ne reconnaît pas de victimes parmi les manifestants, mais honore la mémoire des personnes tombées dans ce qui est qualifié de « lutte nationale contre les États-Unis et Israël ». Le président Massoud Pezeshkian avait d’ailleurs appelé à une grande marche nationale ce 12 janvier, à laquelle il avait prévu de participer. Si Téhéran garde le silence sur le nombre de civils tués, les autorités admettent toutefois la perte d’au moins 38 membres des forces de l’ordre.

Une réalité de terrain sanglante et confuse 

Malgré les assurances de M. Araghchi, les rapports remontant du terrain — bien que filtrés par une coupure quasi-totale d’Internet depuis plusieurs jours — décrivent une réalité bien plus chaotique. Dans la soirée du dimanche 11 janvier, des manifestations se sont poursuivies à Téhéran, Machhad, Tabriz et Qom. Les slogans économiques ont laissé place à des appels au changement de régime (« Mort à Khamenei »), tandis que des drapeaux de l’époque impériale étaient brandis. Le bilan humain s’avère dramatique : selon l’agence Associated Press et des militants, au moins 544 personnes auraient trouvé la mort. Les hôpitaux seraient saturés de blessés, touchés principalement à la tête et au cou, témoignant de la violence de la répression. 

Parallèlement, Reza Pahlavi, le fils du Chah, a exhorté la population à la grève générale, ciblant les secteurs vitaux des transports et de l’énergie.

Escalade verbale avec Washington 

La crise interne se double d’une tension géopolitique aiguë. Le président américain Donald Trump a affirmé que l’Iran « aspirait à la liberté » et s’est dit « prêt à aider », menaçant de riposter militairement si Téhéran ouvrait le feu. Selon le Wall Street Journal, des options de frappes contre des structures militaires iraniennes seraient même à l’étude à Washington.

Face à ces menaces, le Guide suprême Ali Khamenei a qualifié les manifestants de « mercenaires étrangers » et conseillé aux États-Unis de se concentrer sur leurs propres problèmes. Le Corps des Gardiens de la révolution a, quant à lui, tracé une « ligne rouge », qualifiant les contestataires de terroristes et promettant une réaction sévère pour garantir la survie du système.

Zareh Sinanian : « Nous ne parvenons pas à établir le contact avec nos compatriotes en Iran »

Le Haut-Commissaire aux affaires de la diaspora, Zareh Sinanian, a déclaré qu’il était impossible d’entrer en contact avec la communauté arménienne d’Iran, une situation qu’il juge préoccupante.

Il a tenu ces propos lors d’une conférence de presse organisée le 12 janvier dans la salle de presse d’« Armenpress », consacrée au bilan des activités de son bureau en 2025 et aux projets pour 2026.

Évoquant les mesures prises par l’Arménie pour soutenir les Arméniens résidant en Iran, dans un contexte marqué par une vive tension et des manifestations d’ampleur ces derniers jours, M. Sinanian a souligné les difficultés rencontrées pour établir la communication.

« Nous n’avons aucune information en provenance d’Iran depuis vendredi, date à laquelle les manifestations se sont intensifiées. À l’heure actuelle, nous ne parvenons toujours pas à joindre nos compatriotes, ce qui nous préoccupe grandement. Nous poursuivrons nos efforts pour rétablir le contact avec les Arméniens d’Iran », a affirmé M. Sinanian.

Il a également rappelé la situation qui prévalait en Iran en juin 2025, lors de la guerre de douze jours avec Israël, soulignant qu’à cette époque, les informations parvenaient via les dispositifs mis en place au poste frontière de Meghri, entre l’Arménie et l’Iran.

« À cette époque, nous obtenions des nouvelles des Arméniens d’Iran grâce à nos compatriotes qui traversaient la frontière. Il faudra probablement procéder de la même manière dès aujourd’hui, car ce blackout informationnel est très inquiétant », a-t-il noté.

Le Haut-Commissaire a ajouté qu’il ne disposait pas, pour l’heure, d’informations suffisantes pour organiser une évacuation des Arméniens. « Dès que nous disposerons des renseignements nécessaires concernant nos compatriotes en Iran, nous entreprendrons bien entendu cette démarche », a assuré le Haut-Commissaire.

Répondant à la question de savoir s’il était possible de dépêcher un groupe d’experts en Iran, M. Sinanian a indiqué que cela n’était pas réaliste pour le moment.

« Dans les conditions actuelles, l’envoi d’un groupe professionnel ou de toute autre nature n’est pas envisageable, car la situation nous est encore obscure ; nous ne pouvons pas savoir où nous les envoyons. Nous devons d’abord comprendre, ou du moins avoir une idée approximative de ce qui se passe, en particulier dans les villes à forte densité de population arménienne, afin de déterminer nos actions futures », a-t-il souligné.

Sinanian aux Arméniens de Syrie : « La situation est bien meilleure en Arménie ; si vous en avez la possibilité, venez »

Le Haut-Commissaire aux affaires de la diaspora a également évoqué les développements en Syrie, et plus particulièrement à Alep, notant qu’hélas, la situation sur place revêt un caractère chronique et que la population s’y est désormais habituée.

« C’est avec tristesse que je le dis, bien évidemment. Notre position est que la situation est bien meilleure en Arménie. Si vous en avez la possibilité, venez en Arménie, car l’avenir en Syrie demeure très incertain », a déclaré M. Sinanian en s’adressant aux Arméniens de Syrie. ■