Vahram ATANESSIAN

Mer oughiner, 29 décembre 2025

Le 23 décembre 1947, sur une décision du gouvernement soviétique signée par Joseph Staline, 100 000 kolkhoziens azerbaïdjanais et autres résidents de la R.S.S. d’Arménie devaient être réinstallés sur la base du volontariat dans la plaine de l’Araxe-Koura, en R.S.S. d’Azerbaïdjan. Le gouvernement de Moscou autorisait les autorités d’ Arménie soviétique à attribuer aux Arméniens venus d’Azerbaïdjan les bâtiments et les maisons abandonnés par les Azerbaïdjanais. 

La propagande de Bakou présente aujourd’hui ce fait comme une « preuve d’un nettoyage ethnique et d’un déplacement forcé » des Azerbaïdjanais d’Arménie (1). Cependant, comme indiqué précédemment, cette décision avait été prise par le gouvernement soviétique dirigé par Joseph Staline. D’ailleurs, même si les autorités de la R.S.S. d’Arménie avaient eu la volonté de déporter les Azerbaïdjanais, elles n’auraient sur le plan pratique rien pu faire en ce sens. Deuxièmement, comme à son habitude, l’Azerbaïdjan ne présente pas tous les faits concernant cette question. Le plus important est que ces gens ont été déplacés d’Arménie à la demande du dirigeant communiste azerbaïdjanais, Baghirov (2). 

Le gouvernement soviétique versait des indemnités prélevées sur le budget central aux personnes déplacées vers la plaine Araxe-Koura, en fonction de la taille des familles et de la valeur des biens immobiliers qu’elles laissaient derrière elles. Il prenait également en charge leurs frais de déplacement. Des chercheurs ont découvert très rapidement que Baghirov avait adressé une lettre à Staline demandant que cent mille Azerbaïdjanais d’Arménie soient transférés en Azerbaïdjan pour être employés à la culture du coton. 

La plaine de l’Araxe-Koura, mentionnée dans le texte de la décision du gouvernement soviétique, bien qu’elle fasse partie de l’Azerbaïdjan soviétique, était restée en grande partie inhabitée, y compris après la Seconde Guerre mondiale. On sait que les localités où ont été  installés les Azerbaïdjanais venus d’Arménie, ont constitué un nouveau district administratif portant le nom du dirigeant communiste Andreï Jdanov (3). Cette appellation a perduré jusqu’à la seconde moitié des années 1990. Aujourd’hui, cette zone est appelée le district de Beylagan. 

La propagande azerbaïdjanaise « omet » volontairement que durant les mêmes années des centaines de familles arméniennes originaires de dizaines de villages du Haut-Karabakh ont également été réinstallées dans la région de Jdanov, où elles ont fondé des colonies et vécu jusqu’en 1988. Historiquement, ces territoires n’ont jamais été habités par des Azerbaïdjanais. ils n’ont été annexés qu’à la suite de l’accord Baghirov-Staline. 

Les Azerbaïdjanais attestent d’eux-mêmes que des Arméniens y ont vécu dans le passé. D’ailleurs, ils nomment encore de nos jours le vieux canal reliant l’Araxe à la plaine « Gyavur arkh », le « Le canal de l’impie». Un petit rappel : les « Tatars du Caucase », aujourd’hui appelés « Azéris », appelaient les Arméniens « gyavur » (4).

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(1)  Cet épisode s’inscrit totalement dans le narratif de « l’Azerbaïdjan occidental » conçu par la propagande azerbaïdjanaise.
(2)  Mir Jafar Baghirov Abbas oglu (Mircəfər Abbas oğlu Bağırov), né le 17 septembre 1896 à Quba et mort le 7 mai 1956 à Bakou, dirigeant de la RSS d’Azerbaïdjan de 1932 à 1953.
(3)  Andreï Aleksandrovitch Jdanov (1896-1948), proche collaborateur de Staline, père de la doctrine qui porte son nom théorisant la « Guerre froide » vue de l’URSS.
(4)  Quolibet raciste, méprisant signifiant « impie », « incroyant », terme  très utilisé en Turquie pour désigner les non-musulmans.