Le quotidien des habitants des « domiks »

L’Arménie traverse l’un de ses hivers les plus rigoureux. Le froid et le blizzard règnent en maîtres aux quatre coins du pays.

Dans la région du Chirak, le mercure a chuté cette année jusqu’à -37°C, la température la plus basse enregistrée ces dernières années. Certes, il ne s’agit pas d’un record absolu pour la région — le thermomètre était descendu à -46°C à Amassia à l’époque soviétique —, mais ce froid a tout de même surpris. Si cet hiver s’est révélé être un véritable « cadeau » pour les amateurs de sports extrêmes venus à Achotsk, même eux ont été pris au dépourvu : alors qu’ils s’apprêtaient à pratiquer le kayak hivernal, ils ont trouvé la rivière entièrement gelée.

À Amassia également, d’abondantes chutes de neige ont été suivies d’un blizzard qui a bloqué non seulement les routes, mais aussi les portes des habitations. Gyumri n’a pas été épargnée par les précipitations, et les températures y ont plongé jusqu’à -27°C. Ce froid rend la vie particulièrement insupportable pour ceux qui vivent encore dans des « domiks » (logements temporaires).

Leur principale source de chauffage reste le bois, à condition toutefois de pouvoir s’en procurer. Madame Nariné vit dans un de ces abris de fortune depuis 37 ans et ignore combien de temps elle devra encore y rester, n’ayant pas perdu de logement lors du séisme. Avec son mari, ils économisent sur sa maigre retraite de 40 000 drams pour constituer leur stock de bois pour l’hiver.

« Le mètre cube coûte 28 000 drams, et il faut compter 32 000 drams pour le faire couper et fendre. Nous en avons acheté 4 mètres cubes, contraints d’en prendre peu faute de moyens. Nous économisons sur tout pour pouvoir régler la question du chauffage », a confié Madame Nariné à Satenik Kaghzvantsian, correspondante de Radio Azatutyun.

Malgré le froid intense, ils sont obligés de rationner le chauffage. « On ne peut pas chauffer en continu, voyons ! On éteint le poêle pendant quatre ou cinq heures pour réussir à passer l’hiver. Et l’hiver est long, il faut tenir six mois, jusqu’en mai. »

Trouver du bois de chauffage est également devenu difficile. Il se vend désormais au compte-gouttes, principalement par sacs, au prix de 1 000 à 1 500 drams l’unité. Un vendeur de combustible confirme que le nombre d’acheteurs a augmenté ces derniers jours. Les dépenses de ceux qui se chauffent au gaz ont, elles aussi, grimpé en flèche. « Il faut bien ne pas geler, n’est-ce pas ? », disent-ils.

Dans le Chirak, où le taux de pauvreté atteint 43 % et où près de 3 000 familles vivent encore dans des abris provisoires, l’hiver dure plus longtemps que dans les autres régions du pays.

Heureusement, une remontée sensible des températures est prévue pour les jours à venir, avec un réchauffement pouvant atteindre 15 à 20 degrés. ■