L’Arménie au seuil de nouveaux défis

Editorial

Le Moyen-Orient est sous une pluie de bombes et de missiles, de l’Iran à Israël. L’attaque aventuriste du président américain Donald Trump contre l’Iran, menée à l’instigation d’Israël, a transformé la région en enfer, en dévastation, en misère, en pertes humaines inutiles. Beaucoup se demandent quel est le but ultime de cette guerre. Initiée par les États-Unis, elle sert des hommes portés par des croyances religieuses extrémistes, racistes et délirantes. Ni la victoire d’Israël ni celle de Donald Trump n’inspirent le moindre espoir. Cette stratégie aventuriste a mis en lumière l’incapacité des démocraties libérales européennes à défendre le droit international, la justice et la protection des droits humains. Nous sommes témoins, dans les relations internationales, de l’émergence d’individus puissants, dotés d’immenses capacités économiques et technologiques, qui menacent la souveraineté des États et ont entièrement bouleversé les règles classiques des jeux du pouvoir. Ces règles ont peut-être toujours comporté une part d’obscurité, mais celle-ci apparaît aujourd’hui plus clairement grâce aux réseaux sociaux, aux médias et aux nouveaux outils offerts par la technologie.

Dans la phase actuelle de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, le cercle des acteurs impliqués est bien plus large que lors des conflits précédents. Tous les pays du Moyen-Orient abritant des bases américaines sont concernés : les pays du Golfe et au-delà, la Turquie et Chypre. Des acteurs plus importants sont également impliqués : la Russie et la Chine.

Il est certain qu’à l’issue de la guerre, la région prendra un nouveau visage démographique et un nouvel équilibre des puissances militaires s’imposera — à moins que le conflit ne s’étende en intégrant de nouveaux acteurs, tels que les Kurdes et d’autres minorités, ainsi que de nouveaux États comme la Turquie, l’Europe et la Chine.

Le Moyen-Orient abritant les communautés les plus dynamiques de la diaspora arménienne, les guerres des dernières décennies leur avaient déjà porté de lourds coups. La situation actuelle continue de les épuiser, de les menacer et de les affaiblir, les poussant à émigrer vers l’Arménie ou vers l’Occident.

En ce qui concerne l’Arménie, bien que le pays partage une frontière avec l’Iran, il demeure pour l’instant à l’écart des combats et des explosions. Cependant, sur le plan économique, les échanges commerciaux avec l’Iran restent interrompus pour une durée indéterminée. La hausse des prix du pétrole, ainsi que la pénurie de certains produits, aura un impact sur l’inflation.

Au-delà des difficultés économiques, les conséquences d’une politique américaine maladroite concernant les relations avec l’Azerbaïdjan sont préoccupantes. Les États-Unis avaient été la seule puissance garante capable de réunir l’Azerbaïdjan et l’Arménie autour d’une même table pour parapher un accord de paix, tout en cherchant à concrétiser la voie tracée par Trump, qui devait devenir un moteur de prospérité économique pour la région. Face à la rupture de l’actuel équilibre des forces, il convient de recalculer le prix que l’Arménie devra payer pour préserver la paix et poursuivre sa stratégie de bon voisinage. En cas de victoire militaire américaine accompagnée de la chute du régime iranien, l’influence de l’Azerbaïdjan se renforcera. L’Iran constituait pour l’Arménie un contrepoids important, capable de freiner les appétits territoriaux de l’Azerbaïdjan. En revanche, en cas de victoire iranienne, l’affaiblissement des États-Unis renforcerait l’influence de la Russie, ce qui entraverait la poursuite par l’Arménie de sa stratégie en matière de politique étrangère, celle d’un équilibre multipolaire.

J. Tch.