Les relations russo-arméniennes restent tendues
Après la victoire aux législatives, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a effectué son premier déplacement à l’étranger en Iran, afin d’assister aux funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei. Il était pourtant prévu que la première destination soit la Russie — plus précisément Ekaterinbourg — pour participer au salon industriel international « Innoprom-2026 » et conduire des négociations avec le Premier ministre russe Michoustine.
Les rencontres arméno-russes au niveau étatique se tiennent en règle générale entre Pachinian et Poutine. Mais dans le cas présent, c’est le Premier ministre russe qui a remplacé le président. Poutine n’a toujours pas reconnu les résultats des élections législatives arméniennes et n’a pas félicité le Premier ministre arménien pour sa victoire.
Ces derniers temps, les relations russo-arméniennes s’étaient dégradées, notamment à l’occasion du sommet de la Communauté politique européenne tenu à Erevan en mai dernier, au cours duquel de nombreuses déclarations hostiles à la Russie ont été formulées dans la capitale arménienne, accompagnées d’initiatives visant à limiter l’influence russe en Arménie et dans la région. On peut citer, à cet égard, les propos acérés du président Macron sur le comportement perfide de la Russie envers l’Arménie, la visite du président ukrainien Zelensky, ainsi que l’aide accordée par l’UE à l’Arménie pour renforcer sa démocratie et faire face à la guerre hybride que lui mène la Russie. Poutine et de hauts responsables politiques russes ont rappelé, à plusieurs reprises, que l’Arménie ne peut pas adhérer à l’UE tout en demeurant membre de l’Union économique eurasiatique (UEE). Il est évident que les alliances stratégiques nouées par le gouvernement arménien avec l’Union européenne et ses États membres réduisent considérablement l’influence russe sur l’Arménie. En réaction, la partie russe a sévèrement riposté en imposant des restrictions sur l’importation de produits agricoles et de boissons arméniens, ce qui, à la veille des élections législatives, a sérieusement affecté l’opinion publique arménienne, semant la crainte de faillite et le mécontentement chez les agriculteurs et les producteurs de boissons.
Dans ce contexte, la visite de Pachinian en Russie revêtait une importance stratégique. Le Premier ministre arménien avait exprimé une position claire et ferme face aux sanctions russes imposées aux produits arméniens, arguant que s’il existe une union économique eurasiatique, pourquoi les accords interétatiques de l’UEE — qui définissent les règles des échanges commerciaux — ne sont-ils pas respectés ?
Du côté russe, Moscou s’attend à ce que ses droits et ses intérêts légitimes soient respectés. De son côté, Pachinian a souligné qu’avant comme après les élections, l’Arménie est déterminée à développer ses relations avec la Russie, déclarant :
« Nous sommes attachés à notre participation à l’UEE et à garantir le fonctionnement des mécanismes prévus par le traité de l’UEE conformément à ce qui y est stipulé. Je considère que cela découle des intérêts du développement futur de l’UEE. »
Les restrictions commerciales russes ont conduit à ce que, lors de la visite d’Ursula von der Leyen en Arménie, une aide spéciale soit accordée pour développer les échanges commerciaux et faciliter l’export des produits arméniens vers le marché européen, en les exonérant de droits de douane.
Conditionnés par les guerres – russo-ukrainienne et americano-iranienne – de nouveaux rapports de force géopolitiques se dessinent, jour après jour, dans le Caucase du Sud, et la région se trouve au seuil d’un processus visant à établir de nouveaux corridors internationaux est-ouest.
J. Tch.■
