Un nouvel acteur dans l’arène de la politique étrangère de l’Arménie
Suite aux contestations des partis d’opposition concernant les résultats des élections, 637 bureaux de vote ont fait l’objet d’un recomptage des suffrages. À l’issue de celui-ci, l’alliance « Arménie forte » a gagné 508 voix, « Arménie prospère » 147 voix et « Contrat civil » 1 148 voix supplémentaires, tandis que d’autres partis ont enregistré de légères baisses. La Commission électorale centrale (CEC) a également invalidé les résultats de trois bureaux de vote, sans pour autant juger opportune l’organisation de nouvelles élections dans ces circonscriptions, au motif que leurs résultats ne refléteraient pas les intentions initiales des électeurs, qui seraient influencés par les résultats déjà connus à l’échelle nationale.
Ainsi, le parti « Arménie prospère » n’obtient aucun siège, n’ayant pas atteint le seuil de 4 % des voix requis pour son entrée au Parlement. C’est le parti au pouvoir, « Contrat civil », qui bénéficie de 3 mandats supplémentaires, lui permettant de détenir à lui seul les trois cinquièmes des sièges au Parlement — pourcentage nécessaire pour adopter certaines lois et assurer la nomination à certains postes importants, sans avoir recours aux votes d’appoint. Malgré la victoire prononcée du parti au pouvoir avec un écart important par rapport aux partis d’opposition, l’alliance « Arménie forte » a déposé un recours auprès de la Commission électorale centrale pour exiger l’annulation des résultats des élections législatives du 7 juin.
La plupart des missions d’observation internationales s’accordent sur le fait que le scrutin s’est globalement bien déroulé sur le plan technique et a offert un choix réel aux électeurs. Elles convergent également pour souligner l’ingérence étrangère comme principale ombre au tableau, ainsi qu’une campagne marquée par une forte polarisation et des arrestations de membres de l’opposition accusés de fraudes électorales.
D’un côté, le recours des partis contestant les résultats électoraux aux instances juridiques constitue une manifestation importante de maturité politique. De l’autre, la réaction de la Russie dans le processus post-électoral est particulièrement notable : refusant de reconnaître les résultats des élections, elle a poursuivi l’application de sanctions économiques sur les produits agricoles arméniens, a maintenu ses menaces d’augmenter les prix du pétrole, du gaz, et d’exclure l’Arménie de l’Union économique eurasiatique (UEEA). Face à ces menaces, le gouvernement réagit avec vigueur annonçant un certain nombre d’aides et d’avantages pour les opérateurs économiques, et recherche des marchés alternatifs en coopération avec l’Union européenne.
À en juger par les développements post-électoraux des élections législatives de 2026, la redéfinition des relations stratégiques avec la Russie constitue le principal enjeu de la politique étrangère de l’Arménie, qui a aussi de lourdes répercussions sur la politique intérieure, étant donné que les deux forces d’opposition parlementaires sont des alliées de la Russie. En définitive, derrière la « perte de l’Artsakh » et la défaite de 2020 se profile l’inaction et l’échec de l’alliance stratégique russo-arménienne. Le succès du projet de « Carrefour de la paix » poursuivi par le gouvernement et la signature d’un « Pacte de paix » sont conditionnés par l’intégration de nouveaux alliés dans les relations extérieures de l’Arménie, capables de contrebalancer l’influence dominatrice de la Russie.
Avec l’établissement d’un accord de cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, l’Iran consolide sa position sur la scène internationale. Aux côtés des trois pôles de poids lourds que sont la Russie, le couple Turquie-Azerbaïdjan et le duo UE-États-Unis, l’émergence de l’Iran en tant que pays frontalier de l’Arménie constitue un facteur renforçant la stratégie de diversification dans les relations extérieures arméniennes. Déjà dans la période d’après-guerre de 2020, les avertissements fermes de l’Iran, contrairement à la position compromettante de la Russie, avaient eu un effet dissuasif sur les incursions frontalières de l’Azerbaïdjan.
J. Tch.■
