Turquie-Israël : rivalité ou coopération ?
Parallèlement à la guerre américano-israélienne contre l’Iran, un front de confrontation aiguë entre Israël et la Turquie est en train de se former, qui ne se manifeste pour l’instant que par des attaques contre le gouvernement d’Al-Charaa en Syrie, lequel bénéficie du soutien et de l’alliance militaire de la Turquie. Al-Charaa n’aurait pas pu renverser le régime de Bachar al-Assad, allié de l’Iran, sans l’aide de la Turquie.
Jadis pays amis, les relations turco-israéliennes se sont détériorées depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre, même si les échanges commerciaux entre les deux pays se poursuivent, la manifestation la plus significative en étant la vente de pétrole azerbaïdjanais à Israël, transitant par la Turquie.
Cependant, des responsables israéliens ont souvent exprimé l’opinion selon laquelle après l’Iran, la Turquie serait leur principal ennemi dans la région. Les tensions entre les deux pays ne cessent de croître. La reconnaissance du génocide arménien par le gouvernement israélien était l’un des moyens de riposter à l’accusation turque de génocide perpétré par Israël contre les Palestiniens. Toutefois, le parlement israélien a suspendu au dernier moment le projet de loi sur la reconnaissance du génocide des Arméniens.
Si l’hostilité entre l’Iran et le duo américano-israélien est indéniable, la situation est différente en ce qui concerne les relations entre la Turquie et les États-Unis et Israël. La Turquie est membre à part entière de l’OTAN et l’alliée des États-Unis. Elle dispose de la deuxième armée la plus importante de l’Alliance, et assure elle-même, depuis peu, la production de 70 % de son arsenal dans le domaine de l’industrie de défense. Néanmoins, le soutien américain penche en faveur d’Israël lorsque la question de la rivalité israélo-turque se pose. Israël a réussi à imposer aux États-Unis que le président Trump renonce, lors du sommet de l’OTAN à Ankara le 7 juillet, à réintégrer la Turquie dans le programme de production des avions de combat F-35.!
Bien que membre de l’OTAN, la Turquie ne s’est jamais contrainte à suivre les décisions stratégiques de l’Alliance. Elle n’a pas appliqué les sanctions contre la Russie, a acheté les systèmes antimissiles russes S-400, et s’est adressée à la Russie pour la construction d’une centrale nucléaire.
Derrière ces décisions souveraines, la Turquie nourrit également des réserves justifiées à l’égard des États-Unis et des alliés de l’OTAN, notamment en raison de la question kurde. Lors de la lutte contre l’État islamique, les États-Unis et l’Europe ont armé les Kurdes de Syrie et d’Irak, et ont soutenu leur autonomie, voire leur indépendance. La Turquie s’est battue contre les États-Unis sur ce dossier. Sous la pression turque, le gouvernement d’Al-Charaa a également contraint les milices kurdes armées à être intégrées dans l’armée syrienne.
Pour les États-Unis, Israël et la Turquie sont des piliers importants qui consolident leur présence au Moyen-Orient. Face aux revers de la guerre contre l’Iran, les États-Unis s’efforcent d’entraîner la Turquie et la Syrie dans le conflit contre l’Iran, et plus particulièrement dans la lutte contre le Hezbollah.
Après le sommet de l’OTAN à Ankara le 7 juillet, la reprise des attaques américaines contre l’Iran — faisant voler en éclats le mémorandum de cessez-le-feu de deux mois signé entre les deux pays — ainsi que les bombardements israéliens du Liban, laissent présager l’intention américaine de poursuivre la guerre en impliquant de nouveaux alliés. La question est de savoir dans quelle mesure la Turquie est prête à s’engager dans une guerre contre l’Iran, même si la « récompense » est sa réintégration dans le programme de production des F-35.
J. Tch. ■
