Profitant de mon passage à Erevan fin 2025, j’ai interviewé M. Patrick Aprile, véritable cheville ouvrière des formations aux premiers secours en zones frontalières pour l’API (Armenia Peace Initiative). Ce fonds de dotation a pour but d’aider et de promouvoir tous types d’action favorisant une paix durable et harmonieuse au Caucase du Sud, et particulièrement en Arménie. Créée en avril 2020 en France, l’API est une organisation apolitique et non partisane qui agit pour renforcer la sécurité humaine en Arménie.
Question – Qui est Patrick Aprile ?
Patrick Aprile – Ancien officier français et ancien représentant militaire à l’ambassade de France en Arménie.
Q – Qu’est-ce qui vous a motivé à entrer dans les projets de l’API ?
P. A. – Marié à une Arménienne, l’Arménie est devenue mon pays de cœur et je souhaitais apporter mon aide sur zone. L’API m’a tout de suite intéressé : association modeste mais avec de réels projets concrets, réaliste et utile à la population.
Q – Depuis le début de la campagne «formations aux premiers secours en zones frontalières», vous avez effectué des formations dans quelles régions d’Arménie et vous avez formé combien de participants ?

P. A. – Nous avons effectué une période de tests entre décembre 2023 et avril 2024 avant de nous lancer dans le projet de formations aux premiers secours dans la région du Tavush. En coordination avec les autorités arméniennes (Académie d’État de Gestion de Crises d’Erevan), nous avons travaillé pendant un an dans cette région en proposant nos formations dans plus de 30 villages frontaliers. Depuis septembre 2025, nous avons lancé une nouvelle étape dans la région de montagne du Guegharkounik. En 2 ans, nous avons formé et équipé (trousse de secours individuelle) plus de 1100 civils résidant dans les villages isolés à la frontière.
Q -– La récente campagne du Guegharkounik a commencé quand et quel résultat a-t-elle eu ? Combien de cours ? Combien d’endroits ? Combien de participants ? Leur âge moyen ? Répartition hommes-femmes ?
P. A. – La première formation dans le Guegharkounik s’est déroulée le 8 septembre 2025 avec la visite de Monsieur l’Ambassadeur de France en Arménie et du gouverneur de la région. Fin décembre 2025, notre bilan était de 441 civils formés et équipés, 25 formations effectuées dans 23 villages frontaliers et 53 collectivités locales (mairie, centre médical et école des villages) dotées de trousses de secours collectives. Nous avons une majorité de femmes dans les personnels formés (plus de 80 %). 38 professionnels de santé (infirmières et docteurs) ont suivi les formations ainsi que plus de 60 collégiens et collégiennes.

Q – En dehors des formations aux premiers secours, participez-vous aux sessions de formation en cybersécurité ?
P. A. – Les formations en cybersécurité sont dispensées par deux spécialistes français.
Q – À quel point est-il dangereux de vivre à la frontière ?
P. A. – Les villages frontaliers sont souvent modestes et éloignés des structures de santé comme les hôpitaux. Le centre médical du village est tenu par une infirmière seule. Les civils formés et équipés sont en mesure de venir renforcer cette infirmière avant l’arrivée des secours. Le protocole enseigné est d’origine militaire, mais il est aussi adapté aux situations dégradées (tremblements de terre, accidents de la route ou agricoles).
Q – Quels sont les principaux besoins de sécurité des populations frontalières ?
P. A. – En plus de cet enseignement aux gestes de premiers secours, nos formations apportent un soutien moral (les résidants se sentent soutenus) et aident à la résilience de cette population souvent modeste.
Q – Leurs conditions économiques leur permettent-elles de rester dans la zone frontalière ?
P. A. – Dans les villages frontaliers, il n’existe que très peu de possibilités d’emploi. La population est en grande majorité dépendante de l’agriculture. Les plus jeunes ont tendance à quitter le village natal pour trouver du travail ou suivre des études à Erevan ou à l’étranger.
Q – La mission des observateurs civils de l’Union européenne est-elle une garantie de sécurité ?
P. A. – Nous croisons souvent des patrouilles de cette mission européenne dans les régions reculées. Sa présence rassure.
Q – Existe-t-il une coopération avec le gouvernement et l’armée ?
P. A. – Nous avons signé une convention avec l’Académie d’État de Gestion de Crises d’Erevan. Nous travaillons en coordination avec le ministère des Affaires intérieures arménien.
Q – Votre action se limite-t-elle aux villages frontaliers ou a-t-elle une portée plus large ?
P. A. – La sélection des villages classés en priorité numéro 1 a été effectuée en coopération avec les autorités arméniennes.
Q – Quels sont vos besoins ? Qui vous apporte du soutien financier ou autre ?
P. A. – Nos actions de formations ne sont possibles qu’avec l’obtention de dons ou de subventions. L’étape de formation dans le Guegharkounik a été possible grâce à une subvention du ministère des Affaires étrangères français. Les fondations de France, Aznavour, Tufenkian, le Fonds Arménien de France, les associations Chene France et l’Œuvre d’Orient et des particuliers nous ont soutenus durant ces deux années pour former plus de 1100 civils. Pour 2026, nous avons besoin de dons ou de subventions pour lancer l’étape suivante : formations dans plus de 60 villages isolés dans la région sensible du Syunik.
Pour envoyez vos dons à l’API :
Entretien réalisé par
Schanth Vosgueritchian ■
