Photo du conseil paroissial de Lyon de 1992: Robert Donikian est à la droite de Mgr Norvan (à gauche sur la photo)

Il y a quarante jours, Robert-Roupen Donikian s’éteignait à Lyon, au seuil de son 96e anniversaire. Robert était pour tous ceux qui l’ont connu l’incarnation même de cet idéal de « l’Honnête homme » tel qu’on le définissait au XVIIe siècle en Europe, c’est-à-dire un être possédant une large culture générale, des qualités sociales propres à le rendre agréable à tous – courtoisie et humilité (1) – ainsi que des vertus morales comme la modération et la maîtrise de ses émotions (2). 

Ses parents, Sébouh et Chnorhig Donikian, deux survivants du Génocide de 1915 originaires de Yozgat, s’installent au terme d’un long périple à Mazagan, l’actuelle ville d’El Jadida, port de la côte atlantique du Maroc. C’est là que Robert-Roupen naît le 6 décembre 1929, bien loin de sa future région d’adoption. Après de brillantes études au lycée de sa ville natale, il s’installe à Lyon en 1948 pour des études de pharmacie qu’il poursuit jusqu’au Doctorat. C’est aussi dans cette ville de Lyon que Robert s’engage résolument dans la vie arménienne.

Dans les années 60, il milite activement au sein du Centre d’Études Arméniennes. En 1965, à l’occasion du cinquantenaire du Génocide, avec Jacques Nazarian et Vartkès Solakian, deux autres figures de cette organisation, il contribue à la rédaction de ce qui peut être considéré comme le premier ouvrage sur le Génocide paru en France avec pour titre « Deuil National Arménien ». Pour la première fois, un ouvrage synthétique richement documenté et accompagné d’une carte des déportations et des massacres réalisée à partir d’une carte du commandant Zadig Khanzatian était proposé aux lecteurs francophones. Ce livret a été, et demeure jusqu’à nos jours, une véritable référence pour tous ceux qui se sont intéressés à la « Question arménienne » et pour ses militants.

Quelques années plus tard, il poursuit et approfondit son engagement au sein des instances communautaires locales, en particulier de l’église Saint- Jacques.

Plusieurs fois élu membre de l’Union Nationale de l’Église Apostolique Arménienne de Lyon et des Environs [UNEAALE], l’organisation qui gérait à l’époque la paroisse lyonnaise, il préside son conseil de 1992 à 2000. Parallèlement, il soutient également de nombreuses actions menées au sein de la communauté, comme par exemple, l’Organisation Terre et Culture.

Travailleur infatigable, Robert Donikian collabora activement à l’œuvre scolaire entamée à Lyon dès 1988 sous l’impulsion de Mgr Norvan Zakarian (3). C’est durant sa présidence – deux mandats de 1992 à 2000 – qu’est construit l’élégant bâtiment de l’École Markarian-Papazian. Malgré l’immensité et la complexité de la tâche, R. Donikian s’attelle avec courage et opiniâtreté à cette mission. En 2011, alors qu’il aurait pu profiter d’une retraite bien méritée, il accepte la présidence de l’OGEA (Organisme de gestion de l’école arménienne) qu’il dirigea jusqu’en 2014. 

Sa vie professionnelle au sein de l’Institut Mérieux de Lyon mériterait un chapitre à lui seul tant son implication dans la vie de cette prestigieuse institution internationale a été grande. Mais, humble de caractère, Robert restait très discret sur cette belle carrière au service de la science. A l’occasion de ses obsèques, absent de Lyon pour des motifs professionnels, M. Alain Mérieux (4) avait adressé un message d’hommage et de condoléances à son épouse et à ses enfants.

En 1960, Robert s’était uni à Emma Arslandjian. De leur mariage étaient nés trois enfants : Jean-François, Philippe et Marc. Ils leur donneront neuf petits-enfants, et deux arrière-petits-enfants, qui seront pour eux une nouvelle source de bonheur.

Robert a été, et demeure, une figure exceptionnelle de cette génération née des survivants du Génocide. La dénonciation de ce grand crime était sans doute pour lui avant tout une affaire concernant la « Justice universelle » qui devait absolument être faite. 

Il y avait en lui, à la fois, l’héritier de cette histoire douloureuse et l’humaniste formé par l’Ecole française, nourri et habité par les idéaux de la République. 

Sa vie, son action, ont été l’illustration d’une intégration exemplaire dans laquelle l’Arménien et « l’Honnête homme à la française » se fondaient en se complétant harmonieusement.

Qu’il repose en paix au terme d’une vie d’engagement et de dévouement.

Puisse son exemple inspirer les nouvelles générations.

Sahak SUKIASYAN

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(1)  En français d’aujourd’hui, poli et humble.
(2)  En français d’aujourd’hui, cela veut dire qu’on ne le voyait jamais se mettre en colère.
(3)  L’école qui avait été fondée en 1988 durant la présidence de Richard Gazarian avec 9 élèves lors de la première rentrée ne possédait pas encore de bâtiment propre.
(4)  L’un des propriétaires de l’institut éponyme, longtemps aux commandes de l’entreprise.