Questions d’ingérences politiques sous menace extérieure 

La démission imposée d’Édita Gzoyan, directrice du Musée-Institut du Génocide arménien (MIGA), à l’initiative du Premier ministre Pachinian, a suscité de légitimes condamnations. Elle soulève de sérieuses questions quant à la possibilité d’exercer une activité scientifique indépendante, et exige que soit clairement définie la limite de l’ingérence des responsables politiques. 

À la démission de Mme Gzoyan ont fait suite celles des membres du conseil d’administration du MIGA. Les 74 employés de l’Institut ont adressé au Premier ministre une lettre de protestation contre cette démission. Vingt-cinq universitaires des États-Unis et d’Europe ont condamné cette démission au nom des milieux académiques internationaux, déclarant que le départ forcé du Dr Gzoyan adresse un message sinistre aux chercheurs et historiens du monde entier, et nuit au travail des scientifiques.

Dans un premier temps, des rumeurs se répandirent selon lesquelles la directrice aurait exercé une surveillance insuffisante sur les travaux de rénovation de Tsitsernakaberd. Mais cette accusation fut mise de côté par la déclaration sans équivoque du Premier ministre, admettant que lui-même avait exhorté la directrice de présenter sa démission.

L’événement revêt une dimension purement politique, mais il convient également de noter, sur le plan structurel, que le directeur du mémorial du Génocide est nommé par le conseil des administrateurs, et non directement par le Premier ministre ou par le ministère arménien de l’Éducation, de la Science, de la Culture et des Sports. La question se pose donc de savoir pourquoi la directrice du MIGA s’est conformée à l’injonction du Premier ministre, et pourquoi les membres du conseil d’administration ont accepté cette démission.

La ministre arménienne de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et des Sports, Janna Andreassian, a déclaré aux journalistes qu’elle « apprécie hautement le travail scientifique de Gzoyan, qui peut continuer librement au sein du musée, mais que le domaine de la gestion implique des responsabilités précises, dans lesquelles des problèmes nécessitant des solutions ont été constatés. »

Pour comprendre dans quelle mesure la situation politique tendue dans la région aurait pu pousser le Premier ministre arménien à exiger la démission de la directrice du MIGA, on peut rappeler l’épisode de la visite du vice-président américain J.D. Vance au mémorial de Tsitsernakaberd, et la suppression du message relatant cette visite depuis son compte X — ce qui laisse supposer l’intensité de l’influence exercée sur le gouvernement arménien.

À ce jour, Mme Gzoyan n’a pas commenté sa démission. Il n’est pas clairement établi quelle est la responsabilité protocolaire de la directrice dans de telles circonstances, lorsque, lors de la visite d’une haute personnalité diplomatique étrangère au mémorial du Génocide, elle se substitue à un membre du gouvernement.

J. Tch.