Le bilan des victimes et des arrestations ne cesse de s’alourdir
Les manifestations qui ont éclaté il y a une semaine en Iran se poursuivent sans relâche, tandis que le nombre de victimes et d’arrestations ne cesse de croître.
Ce 6 janvier, les médias contrôlés par l’État ainsi que des organisations internationales de défense des droits de l’homme faisaient état d’au moins 27 morts et de centaines de blessés suite aux affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Plusieurs centaines de protestataires ont également été interpellés.
À ce stade, les autorités iraniennes n’ont pas officiellement confirmé ces informations.
Le président Massoud Pezeshkian a déclaré reconnaître les « revendications légitimes » des Iraniens, tout en exhortant le gouvernement à prendre des mesures pour atténuer les difficultés économiques. Toutefois, les forces de sécurité ont promis d’adopter une ligne dure à l’encontre des manifestants et de ceux qui « exploitent » la situation pour semer le chaos.
Rappelons que ce mouvement de contestation a été déclenché par la chute brutale de la monnaie nationale, avant de prendre un tour politique. Selon les données du 6 janvier, la fronde s’était étendue à plus de 200 localités.
L’ayatollah Khamenei prévoirait de fuir à Moscou si les troubles en Iran s’intensifiaient
Les dirigeants iraniens seraient en « mode survie », alors qu’ils sont actuellement confrontés à un double défi interne et externe, à savoir un nouveau mouvement de contestation et la menace de frappes israéliennes et américaines, souligne le New York Times. Des défis qui ont été encore alourdis par l’attaque américaine samedi contre le Venezuela, allié de l’Iran, et la capture de son dirigeant, Nicolas Maduro.
Ces informations auraient émané d’une rencontre en privé jeudi dernier entre le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, et les dirigeants de médias affiliés au gouvernement. Au cours de cette réunion, M. Araghchi a qualifié cette double crise de « combat pour la survie du pouvoir » de la République islamique, selon deux sources citées par le NYT.
Les manifestations qui secouent l’Iran depuis plus d’une semaine, initialement lié à l’hyperinflation et à des considérations économiques, prennent peu à peu une tournure politique. Les manifestants ont réclamé ces derniers jours la fin du régime religieux, scandant notamment « Mort à Khamenei » et « Liberté, liberté ». Bien qu’elles n’aient pas atteint l’ampleur des deux grandes révoltes précédentes – le mouvement « Femme, vie, liberté » de 2022 et celui de 2019 déclenché par la hausse des prix du carburant – ces manifestations ont ébranlé les hauts responsables et suscité des réactions rapides de la part des États-Unis et d’Israël. Le pouvoir semble dans une impasse sur les deux fronts, sans stratégie claire pour inverser l’effondrement économique qui alimente les protestations, ni signe que les dirigeants iraniens soient prêts à faire des concessions sur leur programme nucléaire suffisantes pour apaiser Israël et les États-Unis et écarter le risque d’une nouvelle série de frappes, observe le média américain.
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, prévoirait même de fuir à Moscou si les troubles en Iran s’intensifiaient, et si les forces de sécurité échouaient à réprimer les manifestations ou feraient défection, selon un rapport de renseignement partagé cette fois par le quotidien britannique The Times. Lors des mouvements de contestation précédents, de grande ampleur, aucune mention d’une fuite de l’ayatollah Khamenei n’avait été évoquée.
Le guide suprême, 86 ans, envisagerait de quitter Téhéran « avec un cercle restreint d’une vingtaine de proches et membres de sa famille, dont son fils et héritier désigné, Mojtaba », selon une source des renseignements au Times. Le plan de repli comprend la mobilisation d’actifs, de propriétés à l’étranger et de liquidités pour faciliter leur passage en sécurité, selon la source. Khamenei détient un vaste réseau de biens via Setad, l’une des organisations les plus puissantes d’Iran, estimé à 95 milliards de dollars en 2013 par l’agence Reuters, comprenant propriétés et entreprises sous son contrôle.
Le président américain Donald Trump avait à nouveau menacé dimanche d’intervenir contre le régime iranien s’il tuait des « manifestants pacifiques ». Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar et plusieurs responsables gouvernementaux avaient également exprimé ces derniers jours leur soutien aux manifestants. ■
